CHAPITRE IX
(nss-nsi)
Winuinried homme de confiance de madame de Wsxens.
— lia obtiennent le privilège de la recherche et de la vente en Savoie des charbons fossiles. — Association pour cet objet avec Reveyron et Perrin ; — avec tes Bèrard et M. de la Corbière. — Envoi d'un secours par Rousseau.
— Essais de vente à M. l'erricbon du reste des actions de la grande Compagnie; manœuvres suspectes. — M. Pcr richon paje la dette de madame de Warens au marquis de la Roche et réclame en justice son remboursement. — Le procès. — Attaques et répliques. — Lettre de l'abbé Léonard à Rousseau. — Exploitation des mines d'Aracbes.
— Lettre de M. Bérard à M. Valin. — Intrigue galante de Courtilles avec mademoiselle Chaperon. — Récit qu'il en adresse à madame de Warens. — Réponse de la baronne.
— Intervention de M. Tiollier. — La famille Bergonxr. — Courtilles épouse mademoiselle Bergonzv. — Le vieux petit homme travaillant de chimie. — Lettre de madame de Warens. — Billet fort dur qu'elle envoie à Rousseau. — Grande détresse; demande de secours à la cour de Turin.
— La baronne et Courtilles tiennent sur les fonts baptismaux la (111b du notaire Cagnon. — Cash révoque la procuration qu'il avait donnée à madame de Warens. — Défection de Perrin. — Illusions sur le filon de la Colombien. — Achat de terrains miniers A Bourdeau près du lac du BourgeL. — M. de la Croix, grand ingénieur en mécanique.
Wintzinried êlait toujours l'homme de confiance de madame de Warens : le 21 no-
MADAME DE WAREHS ET J.-J. ROUSSBAU. 215
vembre 1751 elle lui avait donné sa procuration pour traiter les affaires des mines de Maurienne et de la fabrique royale; le 19 juin 1752, ils sont de nouveau parrain et marraine d'un enfant de Jean-Claude Gharbonnel et se font représenter au baptême par le domestique et la femme de chambre de la maison. A cette époque même, soit qu'elle se vit bientôt évincée de la grande compagnie par M. Perrichon et ses associés, soit que son génie des affaires la poussât à tout embrasser, madame de Warens s'adjoint Courlilles, et ils adressent ensemble une supplique à Charles-Emmanuel III afin d'obtenir le privilège exclusif pour toute la Savoie de rechercher les charbons fossiles avec faculté d'exporter ce qui dépasserait les besoins de l'État. Ils expliquent, à l'appui de leur demande, que la guerre avec les Espagnols, divers incendies, ainsi que la consommation faite parles hauts- fourneaux avaient appauvri les forêts et qu'à Chambéry , notamment , l'on était à la veille de manquer de bois '.
1. Perrero, toc. cit. Les recherches de M. Perrero et les nôtres n'ont pu établir que madame de Warens ait eu pour associée dans ses concessions de mines de houille, à Araches notamment, mademoiselle da Bellegarde des Marches. Nous croyons donc que Grillet [Dict. histor. de la Savoir,
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37tt MADAME DE WARBKS
Le 1" août, et sans attendre la concession, la baronne et Courtilles formèrent une Société avec Prudent Reveyron et Charles Perrin pour faire opérer des fouilles dans toutes les mines de charbon de pierre de la Savoie et en extraire le combustible. Chaque associé devait fournir cent livres par trimestre; les profits et les pertes se partageraient par quart. L'acte est t. passé au Reclus dans la fabrique royale, où habite madame de Warens ». La baronne jouissait encore à la cour de Turin, d'un véritable crédit, car le roi ordonna au Conseil des mines d'examiner la demande le plus promptement possible . Dans sa séance du 17 octobre 1752 le Conseil opina pour la concession, mais en refusant le privilège exclusif. Il accorda seulement à la Compagnie la faculté de faire des fouilleB et de travailler seule les mines de charbon fossile qu'elle découvrirait
Aucuns), s'est trompé en partant d'une telle I Tous les auteurs qui, après Grillet, se sont occupés des entreprises de madame de Warens ont répété que mademoiselle de Bellegardc fut son associée. La Revue britannique l'appelle même mademoiselle de Bellegarde dts Retins. confondant un faubourg de Chambéry avec la paroisse ou le château dei Marche* appartenant a la famille de Belle garde. Cette famille, A celle époque, se composait de quatre Sis et d'une fille, Lucie, mariée depuis longtemps, à François Joseph da La Tour, marquis de Cordon (Archive» du tenaC).
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et sous les conditions et indications qu'elle recevrait du chevalier Nicolas de Robilant, inspecteur général des mines. C'est dans ce sens que, le 3 octobre, furent rédigées les patentes de concession. De Courtilles était allé à Turin et avait enlevé l'affaire.
Le 18 décembre, les quatre associés conviennent devant le notaire Reveyron, père de l'un d'eux, qu'ils constitueront un fonds de quarante mille livres placé dans une caisse dont ce notaire aura la clé et sur lequel rien ne pourra être pris qu'en vertu d'un mandat signé par deux associés. Le notaire déclare que son fils Prudent a déjà versé son quart; de Courtilles verse deux cents livres et compense le surplus avec ses avances et les frais de son voyage à Turin. L'avocat Perrin promet de déposer en janvier son quart ainsi que celui de madame de Warens qui lui en payera l'intérêt au cinq pour cent.
Si madame de Warens était douée de l'esprit d'initiative et d'intrigue nécessaire pour provoquer les entreprises, d'autres qualités lui manquaient pour les faire prospérer. Le 22 mai 17S3, Prudent Reveyron se désiste de sa participation, et le 28 juin, madame de
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Warens et Courtilles, se portant forts pour Perrin, remplacent Reveyron par les père et fils Bérard, originaires de Pont-en-Royans (Dauphiné), banquiers à Genève. Le lendemain, ils acceptent encore pour associé le sieur François de la Corbière, ancien citoyen de Genève (Actes du notaire Cagnon, à leurs dates au Tabellion).
Si madame de Warens se faisait des illusions sur ses entreprises, Rousseau ne les partageait pas. A l'occasion des fêtes de Noël et du renouvellement de l'année, elle lui avait écrit à Paris, où il commençait à être célèbre, et lui avait insinué qu'un secours serait le bienvenu. Jean-Jacques lui répond le 13 février 1753 :
Vous trouverez ci -joint, ma chère maman, une lettre de deux cent quarante livres. Mon cœur s'afflige également de la petitesse de la somme et du besoin que voue en avez : tachez de pourvoir aux besoins les plus pressants; cela est plus aise où vous êtes qu'ici, où toutes choses, et surtout le pain sont d'une cherté horrible. Je ne veux pas, ma bonne maman, entrer dans le détail des choses dont vous me parlez, parce que ce n'est pas le temps de me rappeler quel a toujours été mon sentiment sur vos entreprises... au milieu de vos infortunes, votre raison et votre vertu sont des biens qu'on ne peut vous ôler... votre fils s'avance & grands pas vers sa dernière demeure.
Il lui annonce la prochaine représentation du Devin et l'envoi qu'il lui fait de nouveaux ouvrages par l'intermédiaire des abbés Léonard et Giloz '. Cette lettre s'était croisée avec une missive plus pressante de madame de Warens; aussi, le 28 février, Rousseau lui écrit-il pour qu'elle le tranquillise sur la réception de sa lettre de change *.
Le secours envoyé par Rousseau, considérable pour sa bourse, puisqu'il « continuait à vivre de son métier de copiste », ne put apporter à madame de Warens qu'une aide momentanée. Elle songea à faire de l'argent en vendant à M. Perrichon ce qui lui restait de ses parts de la grande Compagnie. Dans ce but, elle donna, le 30 juin 1753, à Alexandre Bérard, une procuration par laquelle elle l'autorisa à traiter avec le seigneur lyonnais pour dix mille écus comptant et un gâteau d'argent de trente marcs, soit en tout pour trente et une mille livres1!