Mémoire de M. de Warttu
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subir à Vevey en y revenant ruinée, déconsidérée, apostate.
Comme l'a dit Jean-Jacques, elle a eu tout le temps de pleurer son étourderie. Ah! si, à cet instant suprême, elle avait eu la vision des trente-six années d'intrigues, de honte et de misère qu'elle allait vivre, madame de Warens aurait certainement bravé les rigueurs du consistoire et les railleries de ses compatriotes. Malheureusement pour elle, heureusement poulies lettres françaises, elle n'aperçut pas cette sombre destinée. Rousseau la rencontra à Annecy; sa grâce, son charme, le captivèrent pour toujours. Elle fut la mère qu'il n'avait jamais connue et qu'il trouva belle, bonne, spirituelle; telle qu'il l'avait rêvée. Après les premières années de Ghambéry, saines et calmes, après l'amour et les refus, Rousseau devint l'éloquent et le passionné. Michelet l'a dit, son génie naquit de madame de Warens.
Cinq jours après l'abjuration, la nouvelle convertie, se hâtant d'en escompter le profit, écrit au roi :
Sire, Je prie Votre Majesté d'agréer que je lui témoi-
Il MADAME DE WÀBEH5
gne les senti mens de la plus vive reconnaissance dont mon cœur est pénétré pour tant de marque de bonté qu'elle me donne depuis qu'elle a bien voulu me prendre sous sa protection et qui sont augmentée par la pantion roiale qu'elle m'a si généreusement accordée pour ma supsistance. Je prans la liberté d'informer Votre Majesté que je vien de faire mon abjuration devant la relique de saint François de Sale et entre les mains de son digne successeur; j'ai soueté et choisy le jour de la Nativité de la Sainte Vierge a laquelle je say que Votre Majesté a une particulière dévotion affin d'y participer et unir mes vœux pour honoré In mère de Dieu. Les faveurs dont madame la Princesse ' m'a honoré & sette aucasion sont aucy le fait de votre puissante protection et je ressen les marque de ce que la renommée fait éclater à chaque instant des vertus chrétienes et des calités héroïques de Votre Majesté; j'ose l'assurer quoyque je soit la plus petite de ses sujettes, que je puis du moins mégaler & toute autre du côté de la parfaite fidélité et de la soumition, de même que des ardentes prières que j'adresse tous les jours au Seigneur pour la conservation de votre sacrée personne et selle de toute la maison Hoiale ajant Ihonneur detre avec (obéissance la plus soumise et le plus profond respect, Sîre, de Votre Majesté, la très humble et très obeyssante servante et sujette,
Françoise- LouisK de Warbns, née de La Tour \
1. La princesse Louîse-EIéonore de Hease RlieïnfeU, sœur de la princesse de Piémont.