SCENE V
VOLTAlKE, sans l'entendre.
Un livre est une lettre écrite aux amis inconnus qu'on a dans le monde.
DUBOIS
Il ne m'entend pas !
VOLTAIRE, à lui-même.
Mais lutter contre de tels misérables ! donner dans mes vers un avenir a leur calomnie, ou se laisser déchirer sans répondre !... non, non.
Ain : T'en souviens-tu?
L'aigle parfois laisse un lâche adversaire
Jusques à lui s'élever en rampant;
Mais il s'éveille!... et sa terrible serre
A dans les airs emporté le serpent.
Vils ennemis, je veux que mes ouvrages
Traînent vos noms à la postérité :
Oui, tremblez tous!., pour punir vos outrages ,
Je vous condamne à l'immortalité.
DUBOIS, le cahier à la main.
Diable ! voilà qui est ronflant! ce que c'est que d'avoir du génie!... mais je crois que ça se gagne.
VOLTAUIE.
Eh bien! que faites-vous ici'?
di/bois.
Moi, monsieur !... je pensais.
VOLTAIHE.
Vous pensiez!... voilà qui est fort.
DUBOIS
Oui, je pensais à ces vers...
VOLTAIRE
Ah ! c'est juste, donnez, je ne le.s ai pas relus. DUBOIS, lui remettant un manuscrit.
Comme c'est écrit!
VOLTAIRE, après avoir parcouru le papier.
C'est bon. (A lui-même.) La réponse d'Emilie ne vient pas... Décidément la femme de chambre avait raison, et je ferai bien de ne pas m'exposer à »n de ces orages si pénibles à supporter. Eloignons-nous, et revenons plus tard; payons d'un peu de complaisance les soins dont elle m'entoure et le bonheur quelle m'a donné. Et que sais-je? peut-être...
Ain d'Aristippc.
Quand je l'attends, la moderne Uranie Poursuit des yeux quelque astre voyageur; Bien loin de moi l'emporte son génie ; Pardonnons-lui, moi qui connais son cœur; Mon tour viendra, car je connais son cœur. Sur les chagrins dont m'abreuve la haine Sa bonté verse un baume adoucissant; Et dans les cieux lorsque Newton l'entraîne. C'est pour moi qu'elle redescend.
Oui, point d'impnrlunilé; j'attendrai le moment favorable pour la voir. .Vllons travailler, cela me distraira
CCOOOOOOCÛOOCOOOSOOOOOO&OfOOCOCOSOOOQOOOOOÙCOCOOSOOS
se KM': V.
DUBOIS, puis M-^e DU CH.U ELET ei SAIM-
LAMBERT, qui doivent entrer par le fond.
DUBOIS, seul un instant.
Il esl bien heureux de m'avoir. M. de Voltaire I sans moi, ^I. Fréron grognerait bien plus qu'il ne fait : le patron n'est pas fort sur l'orthogrnphe, il met des a au lieu de mettre des o; il veut écrire comme on parle... heureusement, j'arrange tout ça... Ah ! voici M"« la marquise avec M. Saint- Lambert ; ne les troublons pas, sortons.
(Il sort p.ir la porle de gauche.) jjme Djj CHATELET , continuant une conversation commencée.
Oui, monsieur, il e.<t des femmes qui mettent à être estimables tout le prix que d'autres mettent à être admirées; qui sont convaincues que l'amour promet plus de bonhcnr qu'il n'en donne, et que la vertu au contraire en procure toujours plus quelle n'en promet.
SAINT-LAMBERT
Voilà, madame, des idées bien sévères, et qui ne sont guère en usage dans le temps ou nous vivons.
M™« DU CHATELET
Malheureusement, car l'amour lui-même y gagnerait. Si la vertu ne triomphe pas toujours de la sensibilité d'une femme , elle l'empêche au moins de céder avec celte légèreté qui l'expose au mépris ; elle lui donne le premier bonheur de l'amour, l'estime de celui qu'elle aime.
SAINT-LAMBEUT.
Je ne m'étonne plus qu'avec une pareille façon de penser vous soyez l'objet du culte qui vous entoure. Votre cœur est comme votre esprit ; on ne peut lui trouver ni défauts, ni faiblesses.
M™*' DU CUATELl-T.
Delà flatterie, monsieur de Saint-Lambert!... non, je n en veux point. De l'amitié, de la confiance , voilà tout entre nous ; je ne veux pas autre chose.
SAIXT-I.AMBERT.
Ou trouve souvent ce qu'on ne cherche pas.
CCOUOOOObOOOOOOCOOSOOOOOOOOOOwOSSwOdSO&OSCOSOOOOOOSO