MASSACRE DE LA PRINCESSE DE LAMBALLE
beth encourageait Gléry, comme Hue, à l'avertir, toujours la première de la famille royale, des nouvelles qui lui étaient confiées. Elle trembla aussitôt pour ses obères détenues de la Force, et s'efforça de cacber son effroi à la Reine pendant le reste de la journée. Après une nuit passée sans sommeil, elle se hâta de la rejoindre et ne la quitta pas. De lointaines clameurs se faisaient entendre, et les municipaux interdirent aux prisonniers la promenade du jardin. Le temps était d'une beauté éblouissante, et rarement on vit un soleil aussi radieux éclairer un drame plu s sombre (4). Gomme de coutume, le dîner des prisonniers eut lieu dans la chambre de la Reine. Cléry alla ensuite prendre son repas chez les Tison. Il était à peine assis, que la femme Tison, placée en face de la croisée, jeta un cri terrible, auquel répondit du dehors un immense éclat de rire. Une tête de femme, pâle et sanglante, venait d'apparaître aux carreaux. Les assassins, qui la portaient au bout d'une pique, croyaient avoir reconnu la voix de la Reine dans le cri de la femme Tison, et accueillaient l'expression de son horreur par celle d'une joie féroce. Cléry remonta. Il avait reconnu la tête de Mae de Lamballe, et prévint à voix basse Madame Elisabeth. Elle essaya de faire bonne contenance ; mais le visage décomposé de Gléry frappa la Reine, qui le questionnait anxieusement, quand un commissaire de service entra : « Les ennemis sont à » Verdun, cria cet homme affolé, en s'adressant au » Roi. Nous périrons tous. Mais vous, vous périrez le » premier î » Le municipal Daujon survint alors,
(1) Peltier. Dernier tableau de Paris, II.