SCENE VII
GEORGETTE, CHAPONNIER.
CHAPOJtNIER, è part..
Eh quoi! animal, tu as pu, tu as osé soupçonner ta femme!... elle, l'ange du foyer!... elle qui dort vertueusement en rêvant de toi... Oui, quelque chose me dit qu’elle rêve de moi...
GEORGETTE, i part, l’obserrant.
Qu’est-ce qu’il a à marmotter tout seul? (s’approchant.) Si monsieur veut que je l’aide à passer sa robe de chambre...
CHAPONNIER.
Un instant, (a part.) Et je doutais de sa fidélilé... quand moi, cette nuit môme, je songeais... car enfin, sans l’arrivée du Russe... Âh! je veux lui demander pardon!...
' GEORGETTE, le suivant.
Monsieur?
CHAPONNIER, sans l’écouter.
Oui, pardon... A genoux!... dans la poussière!., ça me soulagera!
' Il SC dirige vers la chambre de sa femme.
* Chaponnier, Georgette, Jojeph.
GKORGKTTE, lui hurrant le passage
Monsieur, où allea-vous?
CHAPONNIER.
J’entre chez madame.
GEORGRTTE, suppliante,
N’cnjrcz pas, monsieur... elle a la mij^raine...
CHAPON NIE R, s'nrrètnnt.
CVsl juste!.. Diable!., j’aurais pourtant bien voulu me rouler dans la poussière... ça m’aurait fait du bien... allons, dounez-moi ma robe de chambre...
GEORGETTE
Voilà, monsieur.
. Elle lui aide à la passer.
CHAPONNIER.
Bien, maintenant aidez-moi à transporter la table près du feu.
GEORGETTE
Oui, monsieur, oui...
CHAPONNIER, portant la table avec Georgetta.
Et puis VOUS irez vous coucher.
GEORGETTE
Oh! je n’ai pas sommeil, moi, monsieur, (a part.) M’en ' allt’r!... ah ! non pas!
Iis placent la table derant le canapé.
CHAPONNIER.
Ça ne fait rien.'., je n’ài plus besoin de vous... je me servirai moi-même.
Il s’asseoit et se dispose à manger.
GEORGETTE,. i part*.
Quel prètexle trouver? (Haut). Tiens!... vous allez- mangci du homard?...
CHAPONNIER.
Oui; pourquoi cette question?
' GEORGETTE
Ah! c’est que...
CHAPONNIER.
Est-ce qu’il n’est pas frais?
GEORGETTE^ l6 flflirsnt*
Oh! si monsieur, irès-frais.
CHAPONNIER.
Parbleu, une maison de confiance.
GEORGETTE, remettant le homard sur la table.
Très-frais... mais...
Mais quoi?
CHAPONNIER.
• Georgette, Chaponnier.
■ SCtNE VU
G EOHGETTE.
Je pensais à M. Blézimard...
CHAPONNIKR.
A Blézimard... notre voisin?
GEORGETTE
Vous savez qu’il a été trés-mala<re.
CHAPONNIER.
Oui, il a eu la grippe... une forte grippe.
, GEORGETTE
Mieux que ça, monsieur, une alla [ue d’apoplexie.
' CHAPONNIER, étonné.
Bah! Blézimard?
A la suite d’une indigestion.
CHAPONNIER.
D’üne indigestion?
GEORGETTE
La semaine dernière, il soupe avant de se coucher... il mange du homard... Ah! monsieur, une heure après il était au plus mal.
CHAPONNIER, inquiet. , ^
Ah! bah! vrai?
GEORGETTE
Il a failli en mourir.
CHAPONNIER.
C’était si grave que ça?
GEORGETTE
Il est, je crois, de l’âge de monsieur.
CHAPONNIER.
Blézimard?.. oh! parexemple, Blézimard.. .a au moins... tandis que moi, je n’aique...(Changeantdeton.) Oui, oui, à peu près. GEORGETTE.
Et un peu replet... comme monsieur...
CHAPONNIER.
Un peu replet .. c’est-à-dire, il est... oui, un peu replet.
Un tempérament sanguin.
CHAPONNIER.
Vigoureux! sanguin... c’est vrai! Diable! je ferais peutêtre mieux...
GEORGETTE
De ne pas toucher au homard.
CHAPONNIER, repoussant le plat.
Vous avez raison! vous avez raison! pas de homard!..