SCÈNE XIV
Les Mêmes. MONGISGAR, DE GOBERVILLE, MADAME DE GOBERVTLLE, OCTAVE, MOULINOT, HECTOR, HERMANCE, Danseurs et Danseuses.
Les invités entrent en valsant. — Octave avec Madame de Goberville et Montgiscar avec une dame mûre. — La valse s'arrête, les dames sont reconduites à leur place.
MONTGISCAR, à part tout en finissant sa valse. J'ai invité une tante... à droite... puisque mon ûls dort *.
octave, à Montgiscar.
Bravo! bravo! (changeant de ton.) Ah! ça, messieurs, qu'est-ce qui conduira le cotillon?
Ce n'est pas moi.
madame de goberville.
Oh ! le cotillon... c'est bien usé... Hier au bal de la baronne du Tillac on l'a remplacé par une idée charmante.
CHAMBRELAN
Quoi donc?
MADAME DE GOBERVILLE.
On a joué aux enchères.
'Octave, Mme de Goberville, Montgiscar, Chambrelan.
MONTGISCAR.
Qu'est-ce que c'est que ça ?
MADAME DE GOBERVILLE .
Chaque dame a fourni un lot... que les messieurs ont poussé au profit des pauvres.
TOUS
C'est charmant! c'est charmant!
MONTGISCAR.
Eh bien ! faisons comme chez la baronne.
TOUS
Oui! oui!
Vite! une table. (ll va chercher ane petite table.} MONGîSCAR, à un domestique.
Et un marteau. (Oa lui donne un marteau à casser do sucre.) Comme aux coramissaires-priseurs. (a Madame de Gobertille.) Vous allez commencer.
MADAME DE GOBERVILLE.
Oh! non... pas moi. (a part.) Le lever de rideau... merci ! (Elle redescend à droite.)
MONTGISCAR, à Jeanne.
Alors ma nièce... votre lot?
JEANNE, hésitant.
Mais je ne sais quoi mettre... je vous jure.
CHAMBRELAN, à sa fille.
Ton bouquet:
DE CLERCY vexé.
Par exemple !
CHAMBRELAN
C'est un lingot ! (octave a placé devant Jeanne une table, Montgiscar se lient debout près de cette table comme les crienrs de l'hôiel des ventes, les autres personnages sont groupés en demi-cercle) *.
* Ernest, Moulinot, un Invité, Hector, Goberville, un Invité, Montgiscar, Jeanne, Chambrelan, de Clercy, Octave, Mme de Goberville, Invités, les autres Invités au fond.
JEANNE à la table prenant le marteau.
Messieurs, mon bouquet ! (Monigiscar le prena.)
TOUS
Bravo I bravo !
MONTGISCAR à la manière des cri3iirs.
Nous mettons en vente un bouquet de lilas blanc, porté par Madame... ça n'a pas de prix.
DE CLECY à part.
Le bouquet de ma femme !... Je ne le laisserai adjuger à personne !
ERNEST bas a Moulinot pendant que Montgiscar montre le bouquet.
Père Moulinot, rendez-moi un service.
MOULINOT bas.
A vos ordres, M. Ernest.
ERNEST bas.
Poussez ce bouquet jusquà ce qu'on vous l'adjuge.
MOULINOT étonné
Hein?
ERNEST bas.
C'est pour mon compte... gardez-moi le secret.
MONTGISCAR, revenant à la table.
Combien disons-nous ? Commençons comme vous voudrez.
MOULINOT
Il y a marchand à six francs.
TOUS riant.
Oh!
Douze 1
DE CLRCV.
Cent francs !
OCTAVE
Cent vingt ! (Madame Goberville le pince) Aie 1
MONTGISCAR,
Cent vingt ! pas d'erreur, c'est de mon côté.
CHAMBRELAN qui est remonté et s'est caché dans la foule. Un! '
MONGISCAR-
On a dit un ... Cent vin^t et un !
Deux cents !
Cinquante !
Trois cents I
MOULINOT, UN INMTÉ.
DE CLECY.
MONTGISCAR.
Trois cents ! Voyons, messieurs !
HECTOR
Cinquante !
Trois cent cinquante !
CHAMBRELAN à droite, se cachant.
Un !
MONTGISCAR.
On a dit un, trois cent cinqnanle et un !
MOULINOT intimidé.
Diable !
ERNEST bas.
Allons donc... Cinq cents !
MOULINOT
Cinq cents !
CHAMBRELAN (qui est revenu à sa place d'un air radieux.) Quel succès !
MONTGISCAR à part, regardant Moulinot.
Il ne pourra jamais payer... Pourvu que ça ne lui reste pas... (haut) Cinq cents... personne ne dit mot !
MADAME EST TIlOP BELLE 71
JEANNE souriant.
Bien vu, bien entendu... Je vais adjuger.
MONTGISCAR.
Une fois... deux fois... sans regret...
DE CLERCY avec force.
Mille francs !
Mille francs, messieurs 1
CHAMBRELAN à de Clercy.
Etes-vous fou ?
DE CLERCY bas et regardant Moulinot.
Je ne me laisserai pas battre par ce monsieur î
CHAMBRELAN bas à de Clercy.
Vous, le mari ! Un mari ne pousse pas !
MONTGISCAR.
Mille francs !... allons, messieurs, ça vaut mieux que ga...
OCTAVE timidement.
Si on le détaillait (Madame le Goberville le pince) Aie ! MONTGISCAR.
Mille francs, messieurs.
CHAMBRELAN même jeu que plus haut.
Uni
MONTGISCAR.
On a dit un ! mille un ! On demande à voir ? Qui est ce qui demande à voir ? (ii remonte).
ERNEST bas à Moulinot, Quinze cents !
MOULINOT stupéfait, bas à Ernest.
Voyons... vous me compromettez !
ERNEST bas.
Non... allez donc !
MCNTGISCAR revenant à la table.
Mille un francs ! messieurs, mille un !
iZ MADAME EST TROP BELLE
MOULINOr avec effort.
Quinze cents !
TOUS
Ah !
DE CLERCY à part.
J'y renonce... mais j'aurai une conversation avec ce gros banquier !
MONTGISGAR.
Quinze cents !... personne ne dit mot ?
JEANNE
C'est bien vu... bien entendu... une fois, deux fois... je vais adjuger... non... rien? (Frappant avec le marteau.) Adjugé!
HECTOR
Passez à monsieur. (Oû passe le bouquet à Moulinot.) TOUS.
Bravo ! bravo !
MOULINOT à part, regardant le bouquet.
Je n'en donnerais pas trente sous.
MONTGISGAR à part.
Avec dix-huit cents francs d'appointements... alors il me vole ! (Jeanne quitte la table, on la félicite.) CHÂMBRELAN bas à Jeanne.
Marche dans ton triomphe ! ma fille, marche dans ton triomphe !
DE CLERCY près de Moulinot et a voix basse. Nous nous reverrons, monsieur.
MOULINOT étonné.
Hein ! quoi ? (De Clercy s'éloigne de lui). MONGISCAR.
YoyonSj mesdames, à qui le tour?
HERMANCE
Oh ! non !... ce n'est pas amusant ! (Elle remonte avec les autres dames.)
CHAMBRELAN (à Jeanne.)
Elles ont peur !... Elles fuient la lutte !
JUSTIN aunoaçant au fond.
Le souper est servi,
MONGISCAR.
La main aux dames. (lout le monJe remonte^ Moutgi,car s'approciie de Mouiinot.) Ah ! VOUS achetez des bouquets de quinze cents francs, monsieur !... Vus appointements ne sont pas à la hauteur de vos passions... Vous pouvez souper comme tout le monde ! ... Mais nous Ciiuserons demain !
(il sort à la suiie àa ses invilés. Moulinol le regarde d'un air slupéfait. Le rideau baisse.
* Moiitgiscar, Mouliuot.