‹ Madame est trop belle; comédie en trois actesChapitre 45 sur 46 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

DE CLERCY, puis ERNEST.

DE CLERCY

Eh bien ! il ne manquait plus que ça, c'est le bouquet !... en voilà un qui veut se brûler la cervelle sous mes fenêtres... oh! les jolies femmes!... et cet imbécile... un

ami... un camarade... un gamin! je l'entends... (îi. remonte et SG tient près de la porte du fond.)

ERNEST, entrant vivement «ans voir do Clercy. Ah!... merci, madame!...

DE CLERCY, le prenant à bras le corps *. A nous deux !

ERNEST

Toi?

DE CLERCY.

Pas d'enfantillage I tes armes ! il me faut tes armes?...

ERNEST, se débattant.

Non... Laisse-moi!

DE CLERCY.

Je les veux ! (ll lui arrache un revolver de sa poche.) ERNEST.

Rends moi ce revolver !

DE CLERCY, l'écartant de lui.

Malheureux! tu n'as donc pas pensé à ton père.,, à les amis... à tafaTnilie... au scandale... et tu voulais... (Regardant le revolver et à pirt.) Tiens!... il n'est pas chargé.

ERNEST

Oui, je suis fou ! criminel... raison de plus pour en finir.

DE CLERCY, avec calme.

Au fait... tu as peut-être raison... je ne peux pas l'oflVir ma femme... d'un autre côté lu ne peux pas y renoncer.

ERNEST

Oh!

Non... je ne te le demande pas (lui tendant le revolver.) Il n'y a donc que ce moyen d'en sortir.

ERNEST

Donne.

* Ernest, de Clercy.

DE CLERCY examinant l'arme.

Attends !... je crois que tu as oublié les cartouches.

ERNEST décontenancé.

Ah ! vraiment !... le trouble.

DE CLERCY.

C'est bien naturel... dans ces moments là on ne pense pas à tout.., on veut se tuer... on oublie les cartouches... C'est bien naturel.

ERNEST, tendant la main.

J'en ai chez moi.

DE CLERCY.

Ne te dérange donc pas... j'en ai aussi là... dans mon

tiroir, (il s'assied devant la table et ouvre le tiroir.) Je t'en mets quatre... en veux-tu six ?... Je t'en mets six.

ERNEST à part.

Sapristi 1

DE CLERCY lui tendant le revolver après l'avoir chargé. Tiens!... va !... je ne regarderai pas... je suis trop sensible.

ERNEST regardant le revolver sans le prendre. Hum ! (il va s'asseoir sur nn fauteuil à gauche.) DE CLERCY se levant,

Mais alors tu es un farceur ! c'était un truc... dis le donc.

ÊRNEST

Ah ! peux-tu croire.

DE CLERCY.

Il n'est pas neuf... Il a déjà servi au théâtre... Etre aimé ou mourir !

ERNEST se levant.

Je te jure... que je ne connais pas la pièce.

DE CLERCY.

Sais-tu que ce n'est pas honnête ce que tu as fait là... chercher à séduire la femme d'un ami... presque d'un

frère .. Je pourrais t'en demander compte... mais je me trouve assez vengé.

ERNEST

Comment ?

DE CLERCY.

Sans doute, après avoir écrit... ton billet de faire part... reparaître dans le monde gros et gras... ces dames ne l'apeileront plus que : le monsieur qui ne se tue pas.

C'est vrai... Je vais être couvert de ridicule.

DE CLERCY.

C'est bien ainsi que je l'entends.

ERNEST

Gomment me tirer de là... voyons... je t'en prie donne moi un conseil.

DE CLERCY.

Tue toi !

ERNEST

Je vois bien que tu m'en veux,

DE CLERDY.

Il n'y a peut être pas de quoi ?

ERNEST

Eh bien ! j'ai eu tort,., je le reconnais... j'ai eu un moment d'égarement, de folie... mais toi, tu ne t'es pas gêné avec moi... tu m'as soufflé la petite...

DE CLERCY.

Quelle différence 1 tu me parles d'une monnaie qui était dans la circulation.

ERNEST

Ah 1 très-joli 1

DE CLERCY.

Oui. ..Tu me flattes pour me désarmer.

Voyons, tu ne peux pas me laisser dans cette position

grotesque... pour l'honneur de la famille, arrangeons quelque chose, qui sauvegarde mon amour propre.

DE CLERCY.

J'ai peut-élre un moyen.

ERNEST

Ah ! parle !

DE CLERCY.

Oui... mais à deux conditions.

ERNEST

Lesquelles ?

DE CLERCY.

La première, (avoue que je suis un bon enfant...) La première, c'est que tu seras marié avant trois mois.

ERNEST

Ah ! tu es cruel.

DE CLERCY.

Avec une jolie femme !... ça t'occupera... et c'est une garantie pour l'avenir .. la seconde... tu diras à ma femme textuellement ces paroles : Aimez votre mari, madame, c'est le plus noble et le plus généreux des hommes.

ERNEST

Ah ! non !... je peux pas dire ça...

Alors... tue toi !...

ERNEST

Allons, soit I... (De Clercy lai tend le revolver.) Je le dirai. DE CLERCY.

Ah! très-bien... maintenant faisons notre mise en scène.

ERNEST

Comment ?

DE CLERCY.

Tu vas voir. Ébouriue-toi... du désordre dans les cheveux, défais U cravate, déboulonne ton giltM. T.\ ne pour-

MADAME EST TROP BELLE lOU

rais pasêlre un peu pâle... ça ne fait rien... lu y es?.... pousse un cri... je tire,., (ll tire un coup de revolver.) ERKEST, tombant sur le canapé.

Ah!

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