‹ Madame Frontin, ou, Les deux duègnesChapitre 3 sur 10 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

URSULE, MADAME FRONTIN, en toilette élégante.

Mad. FRONTIN.

Air : Je suis heureux en tout, Mademoiselle,

We»t-ce pas vjiis qu'on nomme dame Ursule , l'ouss.T .i, le scrupule jus'jirau ridicule , 6 il s'agit d';:niour ?

Je roulais voir celte femme insensible, Arj^us inflexible, Duègne incorruplible, Yrai pbéuixdu jour.

■UFxSULE.

Mais vous vous nioi(tiez, je croi...

Mad. FRONTIN.

Moi ?

URSULE

C'est trop dhonucur pour mon nom.

j\îad. FRO'TIX.

Non.

URSULE

Vous me flattez sur ce point.

Mati. FRONTIN.

Point.

URSULE Vous ne pensez pas ainsi ?

Mad. FROjîTiN.

Si.

E^'SEMBLE

Mac]. FRONTTN. UCSULE.

Vous voilà donc, etc. Hé bien , c'est moi qu'on nomme Jame Ursule, Poussant le scrupule Jiisquati 1 ifîicule , Sii s'i^^lt «l'amour.

Vous avez vucetit» fcnnne insensible , Ai'iiis iiiflfx Lie, Dii.jinp ii:C()irupiib!e, \eiil:in; liiiit et jour. Mu. FfiOMIN.

M. Diiclo"; est- il ici?

URSULE

JS'r.: , Ma '^^nl' , i! est p'!? c'hz son notaire.

Mdfî FROivTiN , à pari.

F; iiso" c '.lîtit de uuii''.'".

URSULE

M-î- il revicr.dr rp soir '^ .pt heures.

IVIaii. FRor.TiN. h part.

\\ n'y a ^t; 'le 'emps â pciire. (^11 al. ; L'a/T.nre pour hqnelle je viea^^csl p-M riaul très unpoilanie. . Mis je puis m'ouvrira V0U5 , vo!(S êi-s iiii secot.d ininiême... votre exîiê'iie probiie...

URSULE, a part.

Mon extrême... (/7««f.) Madnaie, veaii'ez donc vous asseoir.

Elle h(i offre un siège.

Mad. FRO^TI^■.

Votre irrc'procliable conduite.

URSULE , à part.

?Ion ine'.... {IlaïU.) Votre sclia!! , s'iî vous plaît, Madame. {E.lti le prend avec prccauliot>.)(!cs\ \xn cac!;cniiie.'...

Mld. FRO^'TIW.

Vous c!cs moins servante que maîtresse.

URSULE

Que maîtresse! Votre cîiape.ui; il f.iil une chrileur....

Elle hii ùie et le porte dans le chalet. Mad. FRONTiN, à part.

Si ellesavait qu'ell'' se ddiine tant de peine pour M"*. FrODiin, son égale. {Haut à Ursule qui refient. ) Venez à côté de moi , Uii.uie.

URSULE , se reculant.

Madame!...

Air : Disposez, Monsieur Sans-Gêne.

Mad. FRONTIN.

Asseyez-vous tlonc , ma bonne.

URSULE

Non, c'est trop de liberté...

, Mad. FRONTIN.

Je n'ai point de fierté, Asseyez-vous , je vous l'ordonne.

URSULE

\ raimeiit vous êtes trop bonne.

Nos rangs Smit si difi'.'rents, Tant de bonté m'étonne ; Mais je me rends.

Pilr-d. FRONTIN.

SLa fortune souvent Nous ôte ce (ju'cile n^iis donne 5 Vous servrz niaiDlenant, Bientôt moi, j'en puis faire autant.

S ^ (^ part.)

^ ! Je sais bien qu'il faudra ce soir en faire autant.

r^ \ URSULE.

J2i 1 Quel air 1 liarinant^

b^ j^ A sa place une antre personne ,

Assurément, Pour moi n'en ferait pas autant, Non , non , pour moi n'en ferait pas autant.

Mad. FRONTIN.

J'ai une cunfiJcnce à vous faire.

URSULE

Faites , Madame , faites, et conijUcz sur ma discrétion.

M.id. FRONTIN, souriant.

J'y compte.

URSULE

Je n'aurai pas grand mcVitc ; les fcaimcs à mon âge soni discrètes par uccLSbilc.

Air : T^uud. de Voltaire chez Ninon.

Jadis on nous parlait d'amour,

De nos attraits et de nos grâces ,

Et nous parlions à notre tour

Aux galants qui suivaient nos traces.

Avec le tenij^s tout chans;e bien.

Nous n'avons plus l'art de séduire... '

Et comme nii ne nous dit plus rien,

Nous n'avons pas j;raiid' chose à dire.

Mad. FRONTIN.

En ce cas , ëcoutez-moi , ma chère Ursule.

URSULE

J'écoute.

Mad. FRONTIN.

Vous avez ici une jeune personne, noaiCQe'e Emilie?

URSULE, inquiète.

Oui, oui. Madame.

Mid. FROrïTIN.

Elle est adorée d'un jeune officier de dragon qu'elle aime.

URSULE, plus inquiète.

Mais oui... oui, Madame.

Mtid. FRONTIÎf.

Vous paraissez inquiète?

URSULE , se levant.

C'est qâe, Madame, tout ce qui rej^arJe cette jeune personne...

Mad. FROJVTiN , se levant avec enlève.

Je le vois , vous me croyez capable de me prêlGr à une intrigue d'amour , M^^^, Ursule.

URSULE

Madame...

M.ld. FRONTIN.

Vous rac prenez pour une autre. .. Je suis la tante de ce jeune Dermon qui prétend aujourd'liui enlever la jeune Emiiie,j'ai en vue pour lui un autre mariage, et je viens m'opposer à ses coupables desseins.

URSULE

Ah! pardon, Madame, pardon.

Mad. FRONTm.

Pour ne vous laisser aucun doute, tenez, lisez cette lettre que j'ai surprise dans l'appartement de mou neveu. URSULE, la prenant Elle est d'Emilie.

Ma J. FRONTiN , G -part , regardant le pas>ilîon. Épions le moujcnl. (^llaut. ) Li>rz donc.

rRsuLE, lisant.

AL !... mon Dieu!... je connais ccl.i cr.Tvnnrc... slylc d'usage... « Victitnc de l.i Iviiniiiela plus odi'usc , e'e consiui à se leiircr » dès aujourd'hui chez les ji.irtnîs d' M. Dcrmoii. » Mari, fronïin.

Ce n'est pas cLez moi loujonr.s.

Elle frappe doucement et sans élre vue à la persienne en face du public.

XJBSXJLE, lisant.

Elle demande de qu;'i!c mauicie ou fera cet enlèvement qui doit avoir lie;! ce soir.

INIad. FfiONTiN, à pari ^ écoulant à la persienne. Éaiilie m'a-l-tlie eraendue?...

URSULE , lisant. %

Air : p^aud. des Filles à marier.

Dieu! quelle perfidie !

tt quels aHreiix projctj , Knlevei- EiiiJie 1 A'ci'Ioiis-là Je Ijîen près.

Pendant ces quatre vers , on voit passer une main au travers d'un barreau de la persienne.

1)e plus la lettre aunonce Que iiolre Ijelic aura Adjourd'hui l.i réponse.

Mad. FROTSTiN i^li S sant une lettre à travers la persienne.

La voilà ! la voilà I ( !\fois. )

tJU'iULE^ se relournant effrayée.

la voilà!

l^Iad. .FUOTIN.

Oui , la voilà celle lellie coupable... Maintenant , clicrc Ursule, «ppieuez le dessein qui m'amène.

Al» I Madame, que je vous remcrciel... Voyons le dessein.

Mad. FKONTIN.

Vous êtes seule ici... Il serait a craindre que vous no fussiez pu en état de résister à nii jeune fou que l'iimour rendra plus au Licieux. encore, et comme le danger redouble... doublons nos icssourccb... Vous êtes duègne, je veux l'clrc aussi.

URSULE

Comment ! deux duègnes ?

Mild. FRONTIN.

Oui, j'attends ici avec vou-. le coupable, et il est confondu.

URSULE , se décidant un peu.

Vraiment vous voudriez, IMadnniP ..

Mad. FRONTIN.

Vous aider à remporter une victoire qui nous interesse toutes les deux.

URSULE

Et vous prendriez...

Mad. FRONTIN".

Des habits cotome les vôtres.

URSULE

Je ne vous offrirai pas des miens, car notre taille est un peu différente.

]\Tad. FRONTIN.

Oui, il y a Tineléc;ère nuance, nuvsi ,)i-je pre'vu celte difficulté... J'ai dans ma voilure tout ce qui m'c>t nécessaire

URSULE

Dans votre voiture...

Mad. FRONTIN.

Faisons voir à ces jeunes écervelés qu'on est aussi fin , aussi rusé qu'eux.

URSULE

Oh ! le joli projet I.. . Je vais jusqu'à votre voilure.

Mad. FRONTIN.

Que de peine je vous donne. (^ part.) C'est pousser la complaisance un peu loin.

URSULE

Air : T^aud. des deux Valentins.

Dans l'instant , {^bis.)

Ce proiet cliarniant, Suivant notre désir, Va donc s'accomplir.

INous rirons ( his, )

Lorsqae nous aurons

Pris Les mêmes habits.

Mad, Frontin, a

URSULE

Soyons à rafTiit , Pour le nii;me but , I*Ious travaillons ensemble.

Mad. FRONTIN.

Donnons-nous lamaio, Puisciue le desiin Aujourtl''l)ui nous rassemble.

ENSEMBLE

Dans l'inst.mt, {bis.)

Ce projet, etc:

Ursule sort par la petite porte.

Page 1