‹ Madame Frontin, ou, Les deux duègnesChapitre 5 sur 10 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MADAME FRONTIN, URSULE, auec un paquet.

URSULE

Ail ! je suis tout essoufflée... Savfz-vous que voire chaise de poste était presijue au bout de l'avenue.

IVIdd. VROTST\TS , à parf.

J,e l'avais fait exprès. ( Haut. ) Je suis de'solée.

URSULE, monirant le paquet.

La duègne est là.

Mad. FRO^Tm.

Allons, vite que je la repiésenie... J'en meurs d'envie.

URSULE

Volontiers, je mechirge de la toilette.

Madame Fronlin ôte une espèce de redingote du matin qiCellt avait sur elle. Ursule prend une robe de duègne.

URSULE

Air : Le Briquet jrappe.

Par la robe je commence.

Elle la lui met.

Tous me ressemblez déjà.

Mad. FRONTm.

Que faut-il après cela ?

URSULE

Le bonnet de circouslance.

Elle la coiffe.

Vous me surprenez vraiment ,

Je suis dans l'enclianlemeiit

D'un pareil déj^inscmeiit.

Les milaines , les mancbeltes j

Le tablier à caireau ,

Et puis prenez ce trousseau ; .

Ab! j'oubliais les lunettes.

Elles se regardent toutes deux ai>ec des lunettes sur le nez..

Il ne vous manque plus riea.

Mad. FRONTIN.

Tout cela me va-l-il bien ?

URSULE

Oui ,tout cela vous va très bien.

Sera-t-il surpris , M. voire neveu , quand sur le point d'exe'cuicr son abominable projet, il se trouvera face à face avec sa tanic?

Mad. FRONTm.

Il >if sera pas seul surpris.

URSULE , riant.

Auparavant, j'aurais craint rcnlèvcmcnt; mais à pre'scnt je voudrais y ctie, oui, je le voudrais.

Mad. FRONTiN , riant aussi.

Et moi aussi.

URSULE

Mais permettez, Madame, ce n'est pas assez de l'habit.,, il fiut les manières, les usages... lîe notre profession... SoufTrtz que pour rendre le déguisement plus vraiscmbi.jble, je commence par vous initier dans tous les mystères.

Mad. FRONTIN.

Bien volontiers.

URSULE

Fragment du Duo de Marianne.

Voyons , pour votre nouveau rôle Il vous fiuit prendre des leçons.

Mad. FROKTiN, à part.

Vraiment le tour est assez diôle.

[Haut.) Allons, Madauie, commençons. ,

URSULE

Pour leur imposer davantage.

Composez mieux votre mainuen.

Mad. FRONTIN.

L'air à-la- fois noble et sauvage , Ah ! je comprends , tout ira bien.

URSULE

Mais comment marchez- vous , ma chcrCj C'est un point très important.

Mad. FRONTIN.

Voyez , voyez, Oh ! je ne suis pas si légère, Ma bonne , que vous le croyez.

URSULE

Voyons , voyons.

Mad. FRONTIN.

Marchons, n^.archons. (hisA

UR5ULE.

Nous approchons.

Mettez les deux bras sur vos hanches, Pour bien jouer la gravité.

Mad. FRONTIN.

La gravité.

UUbULE.

Surtout pour plus de vérité,

Allons, faites aller vos manches.

Mad. FROIfTIN.

Tous voyez , pour vous sRii^f^iire, Qu'ici je fais plus d'un eflbi't.

URSULE

Ab ! quel accord.

Mdd. FRONTIIT. Soyons d'accord.

ENSEMBLE

Toujours d'accord.

URSULE

A merveille.

Mad. FRONTIN.

Je sais donc vous plaire ?

URSULE

Assurément ( bis) vous avez le don de me plaire.

Mad. FRONTIIV.

Madame , j'en suis toute fière.

URSULE

Oui , oui , mais Le point nécessaire Est dètrc toujours aux aguets.

Mad. FI\ONTIN.

Il faut surtout que l'on nous craigne. ( bis. )

URSULE

M.-idnme, vous avez raison.

Du haut en bas de la maison , Il f^iut que sans cesse une bonne duègne , Imito cfs femmes, argus vigilants, Qui p;irlent, qiii grojjdent , qui trottent, qui veillent A tous tes instants.

Mad. FRONTIW.

Employons bien le temps.

ENSEMBLE

Et certes , vous avez raison , Du haut en lias de la maison , Il faut que sans cesse ime bonne duègne , Imite ces femmes , argus vigilants , Qui pailent, qui grondent , qui trottent , qui veillent A tous les instants.

Sachons eu'.ployer le temps.

Mad. FRONTIN.

La leçon est Lien donnée, bien apprise; voyons maintenant si l'on sera dupe de mon de'guisenieiif... Commençons par l'e'prouver sur la jeune Emilie j faites-la venir , ou conduisez-moi près d'elle.

URSULE

Oh! non, non.

Pourquoi ?

Je ne puis.

Je vous en prie.

Impossible.

He Lien !... je voudrais

Vous voudriez...

Mad.

Mad. FRONTIN.

Mad.

URSULE

Mad. FRONTIN.

Voie ce que dirait la vieille jaidinicrc.

URSULE , revjrognee.

La vieille jardinière. ( A part.) Gomment sait-elle ?...

Mad; FRONTiN.

Elle pourrait aussi nous être utile dans nos projets.

URSULE

Vous crovez... (^y^flr/.) Eciaircissons mes dou'es. (Flaui.)J(i vais vous IVnvoyer.

Mad. FROKTiN , à part.

Bon , elle est encore ici.

URSULE , à part.

Si je suis dupe , je ne le serai pas pour long-temps.

Elle sort.

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