‹ Madame GuyonChapitre 18 sur 156 · CHAPITRE III. - LA VIE MYSTIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. - LA VIE MYSTIQUE

cher de la terre : rindifférence de sa mère, les déceptions d'un premier amour, surtout les déplorables conséquences d'une dé ces unions malheureuses que Ton attribue à la raison, mais où la raison a moins de part que la vanité et la cupidité des familles. Quand le cœur est h ce point méconnu, il est rare qu'il ne Unisse pas par se venger. Fière et profondément vertueuse, M"® Guyon sera fidèle à ses devoirs. Faite pour beaucoup aimer, et ne trouvant rien à aimer autour d'elle, c'est k Dieu qu'elle donnera son amour.

Jusqu'k l'âge de dix-huit ans, elle ne manifesta rien d'extraordinaire dans sa piété : elle faisait oraison, visitait les pauvres, et répandait des aumônes. C'est alors que lui furent révélés les secrets de la vie mystique. Louis XIV, qui tenait Fouquet enfermé, avait cru devoir frapper aussi sa famille ; Marie de Maupeou, mère du surintendant, et la duchesse de Béthune Charost, sa fille, furent exilées. Elles obtinrent, dans la suite, la permission de se rapprocher de la capitale, et vinrent se fixer k Montargis, dans un corps de logis que M. de La Motte leur avait offert. M'"^' Guyon se trouva ainsi en rapport avec la duchesse de Béthune. Une étroite amitié unit bientôt ces deux femmes; elle ne se démentit jamais. Elles avaient le même dégoût du monde, la même piété, la même vertu ; mais la duchesse était plus avancée en dévotion que sa jeune amie. Ces prières, ces visites des pauvres, ces aumônes, qu'était-ce autre chose que les actes d'une vie active et multipliée? QueUe différence avec là simplicité d'oraison et cet état calme, passif et doux, où elle était elle-même parvenue! M*"* Guyon.

écoutait ces choses sans les comprendre, et les rapportait k son confesseur, qui n'y comprenait rien non plus.

A ce moment revint de Clochinchine le cousin de M"*"* Guyon. M'"* de Charost eut une grande joie de le voir. Dès le premier entretien, ils se comprirent, « car ils avaient le même langage intérieur. » Ce langage était également connu de la prieure des Bénédictines, Geneviève Granger. « La vertu de cet excellent parent me charmait, dit M°^ Guyon, et j'admirais son oraison continuelle, sans pouvoir la comprendre.... J'étais surprise de ce qu'il me disait qu'il ne pensait k rien dans l'oraison. Il faisait tout ce qu'il pouvait pour m'attacher fortement k vous, ô mon Dieu, et m'assurait que s'il était assez heureux pour endurer le martyre, ainsi qu'il l'endura en effet, il l'offrirait pour m'obtenir un grand don d'oraison. Nous disions ensemble l'office de la Sainte-Vierge; souvent il s'arrêtait tout court, parce que la violence de l'attrait lui fermait la bouche ; et alors il cessait ces prières vocales. Je ne savais pas encore ce que c'était que cela (1). »

Elle ne tarda pas k le savoir. A peine le missionnaire avait-il quitté la ville, qu'il y vint un religieuxjde l'ordre de Saint-François. Il ne manqua pas de visiter M. de La Motte qui, charmé de ses paroles et de ses vertus, voulut le faire connaître k sa fille. M'"'' Guyon hésita beaucoup ; en raison de l'idée qu'elle avait des moines, elle s'était fait une règle de n'en point voir. Cédant cependant aux instances de son père, où elle crut voir un

(1) Vie de M»* Guyon, écrite par elle-même, l** partie,<diap.'Vin.

Page 1