‹ Madame GuyonChapitre 60 sur 156 · CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE

tout ce quoa lui fait l'aire, elle souffre tout ce qu'on lui fait souffrir. Eisa paix est inaltérable; le torrent n'a plus ni mouvement, ni pente : il a trouvé son terme et son repos.

Les vertus ont cessé d'être des vertus ; elles sont devenues comme naturelles k Tâme, qui les pratique sans distinction, sans application, sans effort, non plus en sa manière, mais en la manière de Dieu. Pour elle, la fidélité consiste, non pas k ne rien faire, comme ce qui est mort, mais k ne rien faire que par le principe vivifiant qui ranime, k se laisser posséder, conduire, mouvoir, sans résistance et sans réflexion.

Aussi bien que les vertus, les choses les plus merveilleuses et les plus divines deviennent naturelles k Tâme parvenue k ce sublime état. Elle les fait sans y penser; elle a comme un pouvoir souverain sur les corps, sur les âmes, et jusque sur les démons. Dieu agissant en elle et par elle.

c Lorsqu'il faut qu'une telle âme écrive ou parle, elle est étonnée que tout coule de ce fond divin, sans qu'elle eût jamais pensé k posséder ces choses. Elle se trouve comme une science profonde, sans mémoire ni ressouvenir, comme un trésor inestimable que l'on ne remarque que lorsqu'on est obligé de le manifester ; et c'est la manifestation pour soi. » Esl^elle entrée dans l'état apostolique, est-elle appelée k instruire, k prêcher, elle le fait avec une facilité merveilleuse et sans préparer ses discours.

Comme elle n'est point propriétaire, comme œ n'est pas elle qui agit, l'âme n'est point vaine de toutes ces choses. Elle ne saurait s'enorgueillir, elle ne saurait non plus s'humilier; car elle est au-dessous de Ihumilité,

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dans i état d'anéantissement ou Dieu l'a mise. Pour s'humilier, il faut être quelque chose; le néant ne saurait s'abaisser.

L'âme humaine a-t-elle donc perdu sa nature? Non, et Dieu pourrait, s'il le voulait, la rejeter de son sein. A-t-elle perdu sa liberté? Au contraire; car si elle n'est plus libre, c'est par excès de liberté. Elle a perdu librement toute liberté créée ; mais en même temps elle entrait en participation de la liberté incréée que rien ne peut limiter, ni rétrécir : elle est libre de la liberté de Dieu.

Mais peut-elle déchoir de ce sublime état? Absolument, oui ; en fait, cela n'arrive guère. L'âme, en effet, participant k la pureté essentielle de Dieu, est maintenue dans l'ignorance du mal, et comme dans l'impuissance de le commettre. Cela résulte encore de la perte de sa volonté en Dieu. Comme elle ne veut que ce que Dieu veut, et que Dieu ne peut vouloir le péché, elle ne peut non plus le vouloir. La partie supérieure et la partie inférieure de l'âme àont alors comme deux étrangères qui ne se connaissent pas ; le calme et la paix sont en haut, la souffrance en "bas, sans confusion, ni mélange. « Je crois, dit M™* Guyon, que si une telle âme était conduite en enfer, elle en souffrirait les cruelles souffrances dans un contentement achevé (1). »

Ainsi, en principe, l'état des parfaits n'est pas inamissible; en fait, il est permanent. Et cette permanence ne ressemble pas k une uniformité monotone : qc Si la mer était sans fond, une personne qui y serait tombée

(1) Les Torrents, 2* partie, chap. 2.

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