CHAPITRE VII. — LE QUIÉTISME
Innocent XI renvoya d'Ëstrées aux inquisiteurs. Le cardinal se présenta avec des extraits du livre de Molinos. Il fallait, disait-il, qu'il les expliquât ; car sous Tambiguité des termes, se cachaient des mystères que Molinos lui avait découverts. Les inquisiteurs étonnés lui demandèrent comment il avait pu être si longtemps rintime ami d'un si méchant homme. Il répondit que ce n'avait été de sa part qu'une pieuse supercherie, pour mieux pénétrer la pensée intime du nouveau contemplatif. Et, afin de couper court k toute discussion, il ajouta qu'il n*avait fait en cela que se conformer aux règles et aux usages du Saint-Office (1).
Les inquisiteurs comprirent qu'avec un tel homme il fallait se taire et agir. Molinos fut mis en prison le 18 juillet 1685. On saisit se& papiers, sa correspondance. L'Inquisition ramassa chez lui, dit-on, au moins vingt mille lettres, et en saisit à la poste pour plus de vingt écus. Mabillon et le P. Germain, qui se trouvaient alors à Rome, nous font connaître l'état de l'opinion, après l'arrestation de Molinos. « Michel Molinos a été arrêté, disent-ils, par ordre de l'Inquisition de Rome, étant soupçonné d'enseigner des erreurs de morale. Sur quoi les opinions sont partagées : les uns jugeant de lui d'une manière, les autres d'une autre (2). » Pasquin dit son
dam, 1688. Cf. Mémoires de LegendrCj p. 76 ; Mémoires de Dangeau, 1. 1, p. 967 ; discours prononcé au Parlement par Tavocat général Talon, le 23 janvier 1688.
(1) Extrait d'une lettre écrite de Rome.
(S) ÂHis aliter atque aliter de eo opinantihus. Inferunt conjectores Molinum non oh libri vulgati doctrinam, sed ob scriptas ad diverses epistolas, aut certe ob pravas ipsius sententiœ interprétationes à suis asseclis factas, in carcerem fuisse conjectum, ex quo
i38 MADAME GUYON.
mot. Un homme venait d'être mis aux galères pour ses discours ; un autre avait été pendu pour ses écrits ; Molinos était en prison, accusé de quiétisme. <r Separliamo, dit Pasquin, in galère; se scrivemmOy impkcati; se stiamo in quiète, cU SanVOffido; e che bisogna faref Si nous parlons, les galères ; si nous écrivons, le *gibet ; restons-nous en repos, le Saint-OlBce. Eh ! que 4aire (1)? )j^
Les tribunaux romains procèdent avec une sage len~ teur. On mit près de deux ans k examiner le petit livre et les papiers de Molinos. Puis, au commencement de Tannée 1687, Tlnquisition fit inopinément arrêter plus de deux cents personnes. Parmi elles se trouvaient le comte Vespiniani, sa femme, don Paolo Rocchi, confesseur du prince Borgia, le neveu et le secrétaire du cardinal Petrucci. Petrucci, lui-même, fut obHgé de se cacher. Le cardinal Carafla et le cardinal Giceri eurent les ^êmes inquiétudes. Le neveu du Pape, don Livio, duc de Ceri, pensa qu'il était prudent de quitter la ville et se retira à Civita-Vecchia, dans une maison de plaisance, qu'il possédait au bord de la mer. C'était une consternation générale a Rome et dans toute l'Italie ; chacun tremblait pour soi; pas une voix ne s'éleva en faveur de Molinos. Ce prêtre qui, depuis plus de vingt ans, vivait k Rome avec la réputation d'un saint, passa tout k coup pour le plus méchant homme du siècle.
non facile se extricahiU Muséum italicum à /. Mabillon et M. Ger^ main, Lutetiœ Parisiorum, 1687, 1. 1, p. 73.
(1) Voyage de Suisse, d'Italie, etc., fait es années 1685 et 1686, par M. Burnet, Rotterdam, 1687, p. 129.