‹ Madame GuyonChapitre 72 sur 156 · CHAPITRE VIL - LE QUIÉTISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL - LE QUIÉTISME

c'est la contemplation, ou l'oraison de quiétude. La contemplation est essentiellement un regard direct et amoureux de Tâme ; elle est incompatible avec toute réflexion, tout raisonnement, toute pensée. Aussi, les images exposées k la vénération des fidèles font-elles un grand tort aux contemplatifs ; elles attirent l'attention et empêchent Tâme de s'élever directement k Dieu (art. 15). L'objet propre de la contemplation, c'est la nature divine. Les mystères de la Trinité, de rincarnation, de la vie et de la mort du Sauveur, loin de servir k l'oraison de quiétude, ne peuvent que l'empêcher (art. 4).

III. L'état passif. — S'il est une vérité que la contemplation imprime fortement dans l'âme, c'est celle-ci : Dieu est tout; Thomme, rien. L'homme doit donc s'anéantir devant Dieu, faire abandon de soi k Dieu. Cet abandon conduit k l'état passif. L'état passif est le véritable état de perfection chrétienne. Il consiste dans l'anéantissement des facultés, dans le renoncement k toute opération propre, dans une disposition permanente k se tenir devant Dieu « comme un corps sans âme » (art. 2). « Dieu veut agir en nous sans nous d (art. 4).

IV. U indifférence. — r Une des conséquences de l'état passif est ce que Molinos appelle « la céleste et sainte indifiérence. » L'âme ne doit penser ni k la récompense, ni k la punition, ni au paradis, ni k l'enfer, ni k la mort, ni k l'éternité (art.7). Car le désir, la crainte, l'espérance, sont des actes, et l'âme doit éviter d'en produire. Par la même raison, elle se gardera de rien demander k Dieu. Demander, c'est renverser l'ordre, c'est vouloir que la volonté de Dieu se conforme k la nôtre (art. 18).

Hâ MADAME aUYON.

V. LHmpeccabilité. — Mais Tâme livrée à l'oraison de quiétude rencontre la sécurité, en même temps que Tindifférence. Jusque-lk, la doctrine de Molinos ne diffère pas sensiblement de celle de Falconi. Mais cette doctrine renfermait d abominables conséquences; Molinos les en a iait sortir. Son quiétisme, plus savant, sans doute, est aussi brutal que celui des Bégards. Dépouillée de i^es facultés, de son libre arbitre, Tâme ne s'appartient plus, et par conséquent ne peut plus pécher : « elle ne peut faire aucun péché, ni mortel, ni véniel » (art. 5). Dieu règne sans interruption et sans partage dans la partie supérieure de Tâme; si le démon agit sur les sens, il ne faut pas s'en occuper. « Si la nature s'émeut, laissons-la s'émouvoir : ce n'est que la nature » (art. 17). Dieu permet ces cl)oses pour nous humilier. Autrefois il faisait des saints par le ministère des tyrans; il les fait aujourd'hui par le ministère des démons (art. 43). Quand ces choses arrivent, il ne faut pas s'en inquiéter, mais chasser les scrupules et les craintes, et surtout il faut bien se garder de s'en confesser (art. 47) (1).

C'est ainsi quelquefois qu'un indolent mystique, Au milieu des péchés tranquille fanatique, Du plus parfait amour pense avoir Theureux don Et croit posséder Dieu dans les bras du démon (2).

(1) Art. 41. Deus permittit et vult ad nos humiliandos... quod in animabus quibusdam perfectis, dœmon violentiam inférât eorum corporibus, eosque actus camales committere facial^ etiatn in vigilià, movendo physicè illis manua et alia membra.

Art. 42. Potest dari caaus quo hvjusmodi violenliœ ad actus camales contingant, eodem tempore, ex parte duarum personantm^ scilicet maris et fceminœ, et ex parte lUriusque sequatur actus.

Art. 47. Cum hujusmodi violentiœ occurrunt^ sinere oportet ut satanas operetur, etc.

(2) BoiLEi^u, épit. XII.

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