CHAPITRE VIII. - PREHIÈRE CAPTIVITÉ
Le langage et la poésie de l'abbé de Marolles sont dignes de Féloquence qu'il a prétendu célébrer.
M"* Guyon avait renoué les relations qu'elle avait eues a«iire(oîs k Paris. Elle allait répandant ses idées et ses aspirations mystiques, mais sans sortir du cercle étroit de lintimité. Quelquefois ceux qu'elle appelait ses enfants se rendaient séparément auprès d'elle, k la campagne, chez la duchesse de Charost. C'est Ik surtout, loin des regards profanes, qu'elle ouvrait son cœur, pour embraser ces âmes pieuses de Tamour dont elle était consumée.
Mais on ne tarda pas k répandre une seconde fois dans Paris les bruits calomnieux que l'on avait déjk fait courir, au temps où M"** Guyon était en Savoie. Ses relations avec le P. La Combe, le voyage en croupe, le carrosse renversé et le reste, tout reparut et se propagea avec rapidité dans la ville. Quel était le but de cette persécution nouvelle ? Quels en furent les auteurs, les instruments, les moyens? Tout se tait, tout se cache; il n'y a que la victime qui ose paraître et parler : « Notre-Seigneur, dit-elle, voulut que je visse tout au long la menée de cette affaire. Il n'a pas permis que rien m'ait échappé, non pour en vouloir an mal k personne, puisque je n^en ai jamais senti le moindre fid contre mes persécuteurs, mais afin que rien ne me soit caché, et qu'en soirfTrant pour son amom* j'en fisse le fidèle récit (1). » Écoutons avec respect cette voix qui ne put être étottSëe ; recueillons son témoignage; nous en discuterons la valeur.
(1) Vie de Af""« Guyon, 2« partie, chap. ii.
M'"*' Guy on n hésite point k dire que la cause du mal, du moins a l'origine, ce fut le P. de La Motte, son frère. Elle n'avait pas, quand elle se défit de ses biens, fait pour lui ce qu'il avait espéré. Restait une pension viagère; le P. La Motte tâcha d'en avoir sa part, et pour mieux réussir auprès de la rentière, il voulut être son directeur. Elle ne voulut pas. La Motte, dans cette résistance, crut voir la main du P. La Combe; il résolut de s'en venger. C'était facile : il était directeur de l'archevêque, il était confesseur de l'ofïicial, il était provincial des Barnabites ; et les Barnabites n'aimaient pas le P. La Combe, à cause de sa réputation d'orateur. C'est un grand tort, entre gens qui ont des prétentions k l'éloquence, que de prêcher mieux que ses confrères, et surtout mieux que son provincial. Aux moyens dont il disposait, le P. La Motte joignit les époux Gauthier : la femme était une dévote hypocrite, et le mari, un faussaire.
La femme Gauthier se mit k fréquenter le confessionnal du P. La Combe, puis s'en alla le décrier de confesseur en confesseur, disant des choses épouvantables. En même temps on fabriquait des libelles; on y reproduisait les vieilles calomnies, on en imaginait de nouvelles, on mêlait à tout cela des propositions extraites de Molinos, que l'on donnait comme étant les sentiments du P. La Combe. Ces libelles furent répandus a profusion dans Paris. Mais auparavant le P. de La Motte était allé, avec douleur, les communiquer k l'ofBcial, et l'oflicial les avait remis k l'archevêque, en lui faisant remarquer le zèle et la piété du bon Père, qui était venu, le premier, dénoncer son confrère, dans l'intérêt de l'Église de Dieu.