‹ Madame GuyonChapitre 95 sur 156 · CIIAPITKE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CIIAPITKE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ

ses, et même plus, si je voulais. > Ce fait est attesté par Fabbé Phelippeaux.

« Elle eut ordre, ajoute-t-il (1), de ne communiquer avec qui que ce soit au dehors, ni par lettres, ni autrement (2). Dans la maison, elle ne pouvait parler qu'avec la mère Picart, supérieure du monastère, d*un esprit ferme et d'un âge avancé, et avec M. Bobé, chanoine de Meaux, que M. de Meaux lui donna pour confesseur. » Hfmo Guyon eût désiré se confesser k Bossuet lui-même : « Vous verriez par là tout mon cœur, » lui écrivait-elle. Bossuet ne crut pas pouvoir répondre k ses désirs.

Les conférences d'issy, en effet, n'avaient pas fourni tout ce que Ton avait espéré. La foi, les mœurs de ^^roc Guyon restaient sans atteinte ; et ses amis, tout en condamnant, avec elle, les inexactitudes involontaires échappées a sa plume, dans la composition du Moyen courty pouvaient continuer k la considérer comme une sainte. Ce n'est pas' ce que l'on avait voulu. Aussi l'intention de M™^ de Maintenon et de Bossuet, en donnant k M"** Guyon un asile k Meaux, était-elle de faire une nouvelle et suprême tentative.

Bossuet , après la clôture des conférences , revint dans son diocèse, pour y célébrer les fêtes de Pâques. Il apporta k M"**' Guyon les trente-quatre articles d'Issy.

(1) Relation, p. 150.

(2) Cette sévérité ne tarda guère à s*adoacir. « L'on ne doit avoir nulle peine des lettres que j*ay écrites; car il (Bossuet) me dit la semaine sainte, en présence de la Mère et de deux religieuses, que je n^avais qu*à écrire autant que je voudrais et à qui je voudrais. > (Lettres inédites de M»* Guyon au duc de Chevreuse, avril 1665. Mss. de' Saint* Sulpice.)

A la première lecture, elle s'indigna; il lui sembla qu'on voulait la laire souscrire aux vérités les plus fondamentales du christianisme, pour donner ensuite k entendre qu'elle en avait douté (1). Après quelques explications, elle signa. Bossuet revint au couvent le jour de la fête de l'Annonciation, qui se trouvait, cette année-lk, remise après Pâques. M"*® Guyon, presque toujours malade, était au lit , et quelques religieuses chantaient un motet, pour la distraire. Bossuel les fit sortir. Alors eut lieu une scène épouvantable, k laquelle on voudrait ne pas croire, et qu'il faut pourtant raconter.

^ Elles étaient h peine sorties de ma chambre, (|u'il vint vers mon lit et me dit qu'il voulait que je lui signasse tout k l'heure que je ne croyais pas au Verbe incarné. Plusieurs religieuses, qui étaient dans l'antichambre, près de ma porte, l'entendirent bien. Je tombai de mon haut h une pareille proposition. Je lui dis que je ne savais point signer de faussetés. 11 me répondit qu'il m'en priait, et que si je faisais cela, il rétablirait ma réputation, qu'on tâchait de déchirer, et qu'il dirait de moi tous les biens du monde. Je lui répondis que c'était îi Dieu k prendre soin de ma réputation, s'il l'avait agréable, et k moi k soutenir ma foi, au péril de ma vie. Voyant qu'il ne gagnait rien, il se retira (2). »

Il revint quelques jours après, avec une profession de foi que M™° Guyon devait transcrire et signer. Mais comme elle était trop malade pour le (aire, il lui dit de

(1) Voir sa lettre au duc de Chcvrcuse, mars 1695, Correspondance sur le quiétisme, n« 74.

(2) Vie de A/«« Guyon, 3« partie, chap. xviii.

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