CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ
que son caractère d'esprit était tel qu'il en usait ordinairement de la sorte avec les gens doux, et qu'il pliait devait les gens hauts. Cependant je ne changeai jamais de conduite, et j'aimai mieux prendre le parti de souffrir, que de m'écarter en rien du respect que je devais 'a son caractère (1). »
Bossuet n'était pas toujours aussi dur, et M"® Guyon lui rend justice. « Il me disait que si je voulais demeurer dans son diocèse, je lui ferais plaisir; qu'il voulait écrire sur l'intérieur (2), et que Dieu m'avait donné sur cela des lumières très-sûres... Peu de temps avant que je sortisse de Meaux, il témoigna k M. de Paris et k M. l'archevêque de Sens combien il était content et édifié de moi. Il nous prêcha le jour de la Visitation de la Vierge, qui est une des principales fêtes de ce monastère ; il y dit la messe et souhaita que j'y communiasse de sa main. 11 fit au milieu de la messe un sermon étonnant sur l'intérieur. 11 avança des choses beaucoup plus fortes que celles que j'avais avancées. Il dit qu'il n'était pas maître de lui au milieu de ces redoutables mystères; qu'il était obligé de dire la vérité et de ne la point dis-
(i) M. de Meaux lui parla plusieurs fois, la voulant obliger de reconuaitre qu*elle avait tenu les erreurs condamnées par son ordonnance, ce qu'elle refusa toujours de faire. (Notes de Tabbé Fleury.)
Il lui demanda de signer son mandement, et de rétracter les erreurs dont il y faisait mention, en avouant qu'elle ne croyait pas au Verbe incamé. (Ramsay, p. 34.) Voir ci-après la lettre du P. La Combe, 3 juillet 1695, et le certificat des Visitandines. Voir aussi une lettre de Dupuy au marquis de Fénelon, 4 mars 1735. Cette lettre a été insérée par les derniers éditeurs de Fénelon dans la Correspondance.
(2) Bossuet avait en effet Tintention d'écrire sur ce suget un grand ouvrage, dont il n'a donné que la première partie dans son Instruction sur les états d'oraison,
simuler; qu'il Tallait que cet aveu de la vérité fût nécessaire, puisque Dieu le lui faisait faire comme malgré lui. La supérieure le fut saluer après son sermon, et lui demanda comment il pouvait me tourmenter, pensant ce qu'il pensait. Il répondit que ce n'était pas lai, que c'étaient mes ennemis (1). 9
Cepeudant le P. La Combe, par sa résignation et sa piété, s'était fait des prosélytes dans sa prison de Lourdes ; il était en correspondance avec M"' Guyon, et n'gnorait rien de ce qui se passait autour de Paris. Le gouverneur du château fermait les yeux.
Dans une lettre du 25 mai 1695 (2) , La Combe adhère aux articles d'issy. c Ce sont, dit-il, des vérités orthodoxes, qu'il faut absolument sauver, sans y donner aucune atteinte, sous prétexte de théologie mystique. » Mais il pense que ces articles sont parfaitement conciliables avec sa doctrine, bien entendue, et celle de U|me Guyon. La santé du P. La Combe était dès lors altérée : « Je ne puis travailler h aucun ouvrage de l'esprit, dit-il, mais seulement k mes jardins, encore avec un extrême dégoût. »
Le 3 juillet, nouvelle lettre. « 11 faut, dit-il k M"* Guyon, que par toute sorte de souffrances, d'opprobres, de contradictions, vous ressembliez k Jésus-Christ... Mais pour signer ou reconnaître que vous ayez jamais rejeté sa médiation ou nié sa personne divine, c'est ce que vous ne devez jamais faire. 11 n'y a point d'autorité qui ait
(1) Vie de Af«« Chiyon, 3» partie, chap. xix.
(2) Correspondance sur le quiétisme, n9 86.