CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ
riscr son livre (1). Il me demanda ensuite. J'y allai. Il me dit, fort en colère : « Avez-vous signé ce que je vous « ai donné? » Je lui dis : « Monseigneur, il y a certains ter- « mes qui m'empêchent de le pouvoir faire. Si vous agréez « de les ôter, adn que je ne blesse pas ma conscience, il « n'y arien que je ne voulusse faire pour vous obéir. » Sur cela il entra dans un fort grand emportement, m'appelant Lucifer, orgueilleuse, pleine de présomption, qui ne veut point avouer d'être coupable d'erreur, mais qu'il me le ferait bien faire ; qu'il viendrait disputer contre moi, en présence de témoins, et qu'il m'accablerait et me perdrait. Sur cela je lui répondis avec beaucoup de respect et de douceur : « Monseigneur, je crois que je « suis pleine d'orgueil et de présomption, puisque vous « le dites, et je vous prie même de demander a Dieu qu'il « m'humilie ; mais mon cœur est droit, et Dieu sait bien « que si je ne craignais pas plus de lui déplaire qu'aux « hommes, je ferais pour me mettre en repos ce que vous « me demandez. Agréez-vous que je vous donne un mo- « dèle de ce que je puis signer? — Eh bien! après? je « ne le verrai point; mais je le ferai voir a mes amis... » Ensuite, sans que je dise rien, il recommença mon orgueil et ma présomption, disant qu'il rendrait publiques les folies de ma vie (2)... Je lui dis : « Monseigneur, « vous savez que je ne vous ai donné cela i\ue par excès « de bonne foi et de conliance, et sous le sceau de la « confession (3). »
(1) U s*agit ici de V Instruction sur les états d'oraison.
(2) C'est ce qu il fit plus tard dans sa Relation du qtiiétistne.
(3) Lettre inédite du M»* Guyon au duc de Chovrcusc, 11 juin 1G95 (Biss. de Saint-Sulpice.)
Le 6 juillet, Bossuet vint pour la dernière fois aux Visitandines, et présenta k M*""" Guyon un nouvel acte de soumission k son ordonnance et k cçlle de M. de Noailles. Cet acte est daté du 1*' juillet. On y lit : « Je déclare néanmoins, avec tout respect et sans préjudice de la présente soumission et déclaration, que je n'ai jamais eu intention de rien avancer qui fût contraire k la foi et k Tesprit de TÉglise catholique, apostolique et romaine, k laquelle j'ai toujours été et serai soumise, aidant Dieu, jusqu'au dernier soupir. Ce que je ne dis pas pour me chercher une excuse, mais dans l'obligation où je crois être de déclarer en simplicité mes intentions. Je déclare en outre que je n'ai jamais eu aucun commerce avec Molinos, ni avec aucun qui en ait eu avec lui ; que je ne me souviens pas d'avoir lu le livre de Malaval ; que jç n'ai pas lu le livre intitulé : Analysis^ qui est en latin (3), ni celui de Molinos, que longtemps après avoir écrit mes deux petits livres et en passant; et je regarde lesdits livres comme bien et légitimement censurés.
« Fait au monastère de la Visitation de Meaux, le 1" juillet 1695.
« J.-M.-B. DE La Motte-Guyon. »
Le même jour, M"**' Guyon signa la déclaration suivante : « Je supplie ledit seigneur évéque de Meaux, qui a bien voulu me recevoir dans son diocèse de Meaux, et dans un si saint monastère, de recevoir pareillement la déclaration sincère que je lui Tais, sur le serment que je
(1) C'est Y Analyse de Voraison mentale du P. La Combe.