‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 122 sur 152 · CHAPITRE XII. — SECONDE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — SECONDE CAPTIVITÉ

furent recherchés au point qu'il n'y en eut pas la moitié pour tous ceux qui eussent voulu les avoir (1). »

Pendant que Ton cherchait M™^ Guyon pour la mettre a Vincennes, l'évêque de Chartres poursuivait le ^uiétisme a Saint-Cyr. Il entra dans toutes les chaml)res, visita toutes les cassettes, emporta tous les Moyen court, les Torrents, les imprimés, les manuscrits qu'il y put saisir. M""" de La Maisonfort eût voulu conserver au moins les écrits de Fénelon ; M'"" de Maintenon lui enjoignit de les livrer (2). Quelques mois après, Godet des Marais revint à Saint-Cyr et y publia une longue et remarquable ordonnance (5), où il condamna, avec des qualifications sévères, un grand nombre de propositions empruntées aux livres de M"'^ Guyon. A partir de ce moment, il s'unit étroitement avec l'archevêque de Paris et Bossuet, pour arrêter les progrès du quiétisme.

Les confiscations, les menaces, une surveillance attentive produisent le silence, mais ne convainquent pas. On crut donc qu'il était à propos de faire a Sainl-Cvr des conférences spirituelles. Bossuet s'en chargea, et ^[mc ^jg Maintenon voulut y assister. La première conférence eut lieu le 5 février 1696. Bossuet y parla contre l'indifférence pour le salut éternel. Cha([ue dame de

(1) Annales de la cour et de la ville pour les années 1691 et 1698, p. 339. (Bibl. nat.)

(2) Lettre du G août 1695.

(3) 21 novembre 1695. Bossuet l'a mise à la fin de son Instruction sur les étals d'oraison.

Sainl-Loiiis eut, après l'entretien, la liherlé de venir proposer ses doutes au prélat ; il répondit a chacune avec clarté, solidité, et aussi avec cette bonté qui lui était si naturelle, quand tout allait selon ses désirs. Le 7 mars, Bossuet expliqua en quoi consiste Toraison passive. C'est alors que M'"" de La Maisonfort, ébranlée, inquiète, craignit que Fénelon n'eût poussé trop loin les choses de la vie intérieure. Elle se décida a consulter Bossuet, et confia son dessein a M""^ de Maintenon, qui l'approuva. « M™"^ de La Maisonlort proposa donc à M. de Meaux, dans plusieurs cahiers, ses difficultés et ses doutes, le priant de mettre ses réponses a la marge qu'elle avait laissée exprès (1). » « On est étonné, dit le cardinal de Bausset, de voir, d'un côté la finesse, l'esprit, la subtilité, la délicatesse d'expressions avec laquelle une. simple religieuse analyse des matières si abstraites ; et de l'autre, la clarté, la simplicité et la force de raisonnement qu'un homme d'un rang et d'un génie aussi élevé que Bossuet daigne employer, dans une circonstance où tout autre que lui se serait peut-être borné a parler le langage de l'autorité (2). » Il est vrai que, dans celte curieuse correspondance, Bossuet se montre plein de condescendance et de charité, tel qu'on voudrait le retrouver toujours (5). »

Au dos d'une lettre de Bossuet, datée du 5 mai 1696, M'"^' de La Maisonfort a écrit ces paroles : « Ce fut par

(1) P11ELIPPEA.UX, Relaliou, 1'" partie, p. 183.

(2) Histoire de Fénelon, liv. ii, chap. xxxiv.

(3) Cette correspondance , reproduite en partie par Phelippeaux, p. 18'J-198, a été publiée intégralement pour la première fois par l'abbé Ciosselin, en 1828. il Ta depuis insérée dans ses différentes éditions des Œuvres de Fénelon.

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