CHAPITRE XVIII. — DERNIERES ANNÉES
teurs mêmes qui me sont contraires, pour quelques mots du texte de mon livre, sont pour moi contre M. de Meaux, sur la grande question de la charité, que ce prélat nomme lui-même « le point décisif, le point qui ren- « ferme seul la décision du tout. » Enfin, Topinion bien arrêtée des cardinaux était que les écrits présentés par Fénelon, pour sa défense, contenaient un système parfaitement suivi et parfaitement orthodoxe : la pureté de la foi était éclatante, aussi bien que la pureté des mœurs. Que restait-il à décider? Il restait la question de savoir si le livre, considéré en soi, était irréprochable; en d'autres termes, si le système orthodoxe exposé dans les défenses était bien le même que le système contenu au texte des Maximes des saints.
Oui, disaient Fénelon et ses défenseurs. Renfermonsnous dans le livre lui-même. Un endroit parait-il obscur ? une foule d'autres endroits l'éclaircissent. Croit-on pouvoir en tirer des conséquences dangereuses? elles sont condamnées, dans le livre, plus clairement, plus nettement que partout ailleurs. Est-ce qu'il est possible de tout dire en chacjue endroit ? Quel livre, si Ton s'en tient a des propositions isolées, pourra échapper à la censure ? Ah ! s'écrie Fénelon, en parlant de Bossuet, « s'ils étaient examinés avec toute la rigueur qu'on demande contre toutes mes paroles, ses ouvrages n'auraient pas besoin d'un si long examen. Pour moi, je ne veux point lui faire ce qu'il me fait (1). »
Ainsi, la question se trouvait ramenée à ces termes, 'a la lin de 1698 : expliquera-t-on les endroits douteux
(1) Lettre de Fénelon à M»« de Maintenon, décembre -1698.
l)ai' les cndroils clairs ? « Tout le inonde sait (pic cette règle, si juste et si nécessaire, a été jusquici la règle fondamentale du Saint-Oiïice, dans les examens les plus rigoureux (1); » ou bien, ira-t-on, par politique, chercher au livre des Maximes des propositions isolées susceptibles d'un mauvais sens, afin d'avoir de quoi condamner, conformément aux volontés de la cour de France?
Après avoir si vaillamment lutté contre l'audace de ses accusateurs, Fénelon eut a combattre la faiblesse de ses juges. Quand ce fut fait, il se tut, et attendit avec résignation et docilité le jugement du Pape.
Les cardinaux, après des discussions animées qui ne durèrent pas moins de trente-sept séances, s'accordèrent a trouver trente-trois propositions répréhensibles dans le livre de Fénelon. Il fallut condamner. Le Pape ne s'y résigna qu'avec douleur. Il voulut, par tous les moyens, adoucir le jugement dans sa forme, et retarda tant qu'il put. Les trois évéques, plus impatients que jamais, tirent signer au roi un mémoire foudroyant 'a l'adresse de la cour de Rome. Quand le mémoire arriva, tout était terminé. Le Pape venait de condamner, par un bref (2), vingt-trois propositions du livre des 3Iaxnnes. Il les condamnait comme « téméraires, scandaleuses, offensives des oreilles pieuses, et mêmes erronées, respectivement. » La doctrine condamnée, dit le cardinal de liausset, peut se réduire a deux points (5).
1° Il est des âmes tellement embrasées de l'amour de
(1) LeUre de Fénelon au nonce, 6 décembre 1698.
(2) 12 mars 1099.
(3) V. aussi le P. d'Avrigny, Mcinoires, t. IV, p. 135.