‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 43 sur 152 · CHAPITRE V. — LA VIE ERRANTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA VIE ERRANTE

petit endroit, si pauvre et si solitaire. Je m'y trouvais plus heureuse que les souverains, » tant Tindépendance a de charmes.

M'"' Guyon ne jouit pas longtemps de la paix qu'elle croyait avoir enfin trouvée. La malveillance s'acharna après elle; Gex la persécuta plus que jamais. M. d'Aranthon finit par l'inviter a quitter son diocèse, et en chassa le P. La Combe. L'évêque de Verceil, l'ayant su, manda aussitôt le P. La Combe, pour en faire son théologal et son conseil. En même temps, la marquise de Pruney écrivait a M'"' Guyon pour lui offrir un asile auprès d'elle, et elle obtenait une lettre de cachet qui obligeait le P. La Combe a venir passer quelques jours à Turin. Il fut donc convenu que M"'' Guyon se rendrait a Turin, chez la marquise, que le P. La Combe l'y conduirait, et irait ensuite à Verceil.

La Combe, avant de partir, écrivit une longue lettre à l'évêque de Genève. Il lui représentait la perte que faisait son diocèse dans la personne de cette femme admirable, « que Dieu avait ôtée 'a la France, pour la donner à notre pauvre Savoie, capable d'embaumer tous nos monastères de l'amour de Dieu. » Puis, faisant allusion a ce qui s'était passé entre l'évêcpie et lui, au sujet des Nouvelles-Catholiques : « Vous le savez, dit-il, je n'avais changé ni de mœurs, ni de doctrine, quoique M""" Guyon eût quitté les Nouvelles-Catholiques; et cependant, avant cela, j'étais propre 'a diriger toutes les comninnaut(''S, et après, je n'ai plus été capable d'en diriger aucune (1). »

(1) Éclaircissements sur la vie de M. tVAranthon, p. 3i.

Voulant garder toutes les bienséances et fermer la houclie il ses persécuteurs, M"'*" Guyon prit, avec le Père La Combe, un autre religieux et un garçon qu'elle avait amené de f'rance. Les trois bommes allaient à cheval ; M"'^ Guyon, sa lille et sa servante suivaient en litière. On n'évita rien ; les calomnies recommencèrent, et c'est le propre frère de M"''' Guyon, le P. de la Motte, qui les répandait dans Paris. Il ne pardonnait point à sa sœur de ne lui avoir pas assuré, quand elle se défit de ses biens, une pension qu'il attendait d'elle.

« On s'est imaginé, dit M"'*" Guyon, parlant du P. La Combe et d'elle-même , que notre amitié était naturelle. Combien de fois nous disions-nous que si l'union était naturelle, nous ne l'aurions pas conservée un moment, parmi tant de croix ! » Elle décrit, en différents endroits de ses mémoires, les caractères de cette amitié mystique, qui n'avait rien de sensible, et que rien ne pouvait détruire, ni altérer.

Pendant qu'elle était malade à Thonon, M'""" Guyon éprouva auprès du P. La Combe qu'il y a, pour converser, un autre moyen que la parole, et que les communications des âmes peuvent se faire en silence, comme se fout les communications et les opérat'ons de Dieu. « Ce fut, dit-elle, un pays tout nouveau pour lui et pour moi, mais si divin que je ne le puis exprimer... Nous passions dos benres dans ce silence, toujours communicatif, sans nous dire une parole... Il me fut donné de me communiquer de cette sorte a d'autres bonnes âmes, mais avec cette différence que pour les autres, je ne faisais cpio leur communi(|uer la grâce dont elles se remplissaient auprès de moi, dans ce silence sa-

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