‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 54 sur 152 · CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE

dcpérisscnt ; unie à Dieu, elle est totalement détachée de tout ce qui se trouve autour d'elle ; toute son activité, toute son énergie sont au dedans, rien au dehors : c'est la mort des sens.

Or, se séparer ainsi des sens d'abord, puis de son propre esprit, de sa propre volonté, pour s'abandonner 'a Dieu, c'est le fond même de la vie mystique : « L'abandon est ce qu'il y a de conséquence dans toute la voie. » Il faut donc se convaincre que ce qui nous arrive de moment en moment, arrivant par la volonté de Dieu, est précisément ce qu'il nous faut ; il faut ne vouloir que ce que Dieu a voulu dès son éternité, « être indifférent h toutes choses, soit pour le corps, soit pour l'âme, pour le« biens temporels et éternels ; laisser le passé dans l'oubli, l'avenir 'a la Providence, et donner le présent à Dieu ; nous contenter du moment actuel, qui nous apporte avec soi l'ordre éternel de Dieu sur nous ; ne rien attribuer à la créature de ce qui nous arrive , mais regarder toutes choses en Dieu, et les regarder comme venant infailliblement de sa main, a la réserve de notre propre péché (1). » Soyez donc contents de ce que Dieu vous fera souffrir. « Si vous l'aimez purement, vous ne le chercherez pas moins sur le Calvaire que sui' le Thabor. Il laut l'aimer autant sur le Calvaire, puisque c'est sur le Calvaire ({u'il fait paraître le plus d'amour (1). »

Un peu plus loin, .M""" Giiyon écrit un mot qui est la plus simple expression et comme la lormide de son système mystique : l'anéantissement. « L'âme remonte de

(1) Moyen court, chap. vi.

(2) Moyen court, cliaii. vu.

d02 MADAME GUYON. '

la sorte a Dieu; mais pour cela, il faut ({u'elle se laisse détruire et anéantir par la force de l'amour ; « il laut cesser d'être, alin (pie l'esprit du Verbe soit en nous. » Puis elle elierclie a expli(pier sa pensée par une comparaison qui, au lieu de l'éclairer, l'exagère et la fausse : « Jésus- Ghrisl, dans le saint sacrement de l'autel, est le modèle de la vie mystique. Sitôt (pi'il y vient par la parole du prêtre, il faut (jue la substance du pain lui cède la place, et (ju'il n'en reste que les simples accidents. De même il faut (lue nous cédions notre être à Jésus-Christ, et que nous cessions de vivre, afin qu'il vive en nous (1). ». Ce serait le pur panthéisme; M'"' Guyon va s'expliquer.

L'âme, ainsi arrivée a son terme, n'a plus (ju'a renoncer désormais a toute opération propre, pour laisser agir Dieu. Elle sent le calme s'emparer d'elle ; son oraison n'est plus (pi'un long silence ; Dieu l'embrase d'un amour continu, (pii est comme l'avant-goût de la béatitude éternelle. Mais cet état passif, cet abandon, ce silence, cette quiétude, cet anéantissement mystique, est-ce donc l'inaction absolue, l'anéantissement réel de l'âme? Non. « La créature est si amoureuse de ce (ju'elle fait, quelle croit ne rien faire, si elle ne sent, connaît et distingue son opération. Elle ne voit pas (jue c'est la vitesse de la course (pii l'empêche de voir ses démarches ; et (pie l'opération (le Dieu devenant plus abondante, al)S(»rbe celle de la créature, comme on voit (pie le soleil, a mesure (pi'il s'élève, absoibe peu a peu la lumière des étoiles (l). »

L'action de l'àme, pour être devenue insensible, n'en

(1) Moyen court, chap. xx.

(2) Moyen court, chap. xii.

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