‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 57 sur 152 · CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE

(lue l'àme les abandonne, et qu'elle rentre en elle-même, pour s'attacher a Dieu.

M""' Guyon a une telle confiance dans relïicacité de sa doctrine, (ju'elle est persuadée qu'il n'y aurait plus de péchés sur la terre, si Ton y enseignait le Moyen court. « La cause, dit-elle, pour laquelle on réussit si peu a réformer les hommes, c'est (|ue l'on s'y prend par le dehors. On applique le remède au corps, et le mal est au cœur. » Mais, si l'on entrait résolument dans les voies intérieures, « si les curés avaient le zèle d'instruire de cette ] sorte leurs paroissiens, les bergers, en gardant leurs troupeaux, auraient l'esprit des anciens anachorètes ; les laboureurs, en conduisant le soc de la charrue, s'entretiendraient heureusement avec Dieu ; et les manœuvres, qui se consument de travail, en recueilleraient des Iruits éternels (2). »

Le malheur est (pie Ion veut faire des oraisons étudiées ; et pour les vouloir trop ajuster, on les rend impossibles. « Allez, pauvres enfants, parler a votre Père céleste, avec votre langage naturel ; (juchpie barbare et grossier (pi'il soit, il ne lest point potii- lui. Vu père aime mieux un discours que ramoui- et le respect met en désordre, parce (pi'il voit que cela part du cœur, qu'une harangue sèche et stérile. » On a voulu apprendre à aimer avec méthode ; erreur. « On n'apprend jamais mieux a aimer Dieu cpien l'aimant. En ce métier, souvent les plus grossiers deviennent les |)lus habiles, parce qu'ils y vont plus simplement et plus cordiale-

(1) Moijen court, chap. xxii. ^^

inenl. L'esprit de Dieu n'a pas besoin de nos ajustements; il prend, quand il lui plait, des bergers pour en faire des prophètes (1). »

Le Moyen coûtât se propagea avec une rapidité prodigieuse. Cinq éditions furent épuisées en (juelques mois. Celle de Lyon (1688) est précédée d'une approbation élogicuse de l'abbé Terrasson, « syndic général du clergé de Lyon et lieutenant en l'officialité métropolitaine. » « Il paraît, y est-il dit, que la personne qui a composé ce livre est parfaitement instruite de l'exercice heureux et nécessaire de l'oraison ; elle en sait tous les secrets et tous les mystères ; elle en a goûté la douceur. »

Bossuet lui-même, tout opposé qu'il est, en certains points, a la doctrine du Moyen court, ne peut s'empêcher de dire que c'est « un livre séduisant, répandu j)ar tout le royaume et au-delà (2). »

Le traité des Torrents spirituels renferme la partie la plus élevée de la doctrine de M™*" Guyon. Elle y réduit en théorie les observations qu'elle a faites sur elle-même, et qui se trouvent racontées dans sa vie. Voici comment elle a été amenée a écrire ce livre singulier, le plus original (prelle ait fait.

Pendant une retraite qu'elle faisait aux Ursulines de Thonon, sous la direction du P. La Combe, elle fut fra|»pée de cette pensée que Dieu voulait se servir d'elle pour conduire les autres a la |)orlection de la vie mystique, en leur monlianl le chemin par où elle avait passé la première. Alors, dit-elle, « il me vint un si fort moii-

(1) Moyen court, chap. xxiii.

(2) Rèmtion sur le quiôtisme^ section iv*, 19.

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