‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 62 sur 152 · CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - LA DOCTRINE

s'y plaisait, (jifelle s'y admirait, qu'elle s^airaait ellemême; voyant, dis-je, cela, et qu'elle cessait quelquefois de le regarder, afin de se regarder elle-même, et qu'elle diminuait l'amour ([u'elle avait pour lui, 'a force de se tro[) aimer, la dépouille et fait disparaître toutes ses beautés et ses richesses (1). » Et en cela, il procède par degrés. Il lui ôte d'abord ses ornements, c'est-adire les faveurs divines. L'épouse, au début, souffre de cette rigueur; puis elle s'y résigne, elle s'ajuste dans ses vêtements et se trouve encore belle. C'est alors que Dieu lui enlève sa beauté : la vertu, qui est la beauté de l'âme.

 parler exactement, ce n'est pas sa vertu, c'est le sentiment, la conscience de s3 vertu que l'âme perd dans ce terrible état. Elle se voit dans l'impuissance de faire aucun bien ; elle croit qu'elle devient impatiente, superbe ; que ses sens, qu'elle tenait assujettis, vont se révolter ; elle ne voit plus en soi que faiblesse et corruption, en Dieu que mépris et colère ; et volontiers elle s'écrierait avec Job : « Qui me donnera que je me cache dans l'enfer, jusqu'à ce que la colère de Dieu soit passée (2)? » Mais il ne faut pas croire, dit AP" Guyon, qu'ici, ni dans la suite, Dieu permette que cette âme tombe dans aucun péché réel. « Ce qui fait sa douleur si épouvantable, c'est qu'elle est comme accablée de la pureté de Dieu. » Dieu la presse ainsi pour la puriiler de ses défauts, comme une éponge que l'on pressure, pour en faire sortir toutes les impuretés qu'elle recèle.

Le torrent tombe d'abîme en abîme et de précipice

(1) Les Torrents, ctiap. vu.

(2) Job, XIV, 13.

en précipice jusqu'à ce qu'il arrive a l'abîme de la mer. L'âme aussi voit tomber une a une toutes ses vertus ; puis, dépouillée, délaissée, méconnue, elle expire enfin dans les bras de l'amour. Dans cet état de mort mysti- (jue, elle n'a plus ni peine, ni plaisir; elle ne fait plus ni bien, ni mal : il lui semble qu'elle a tout perdu, jusqu'à Dieu même, et pour toujours.

Mais au milieu de ces cendres est un germe d'immortalité. Peu à peu il se développe, les cendres se raniment, « et c'est ce qui fait le dernier degré, (jui est le commencement de la vie divine et véritablement intérieure; qui enferme des degrés sans nombre, et où l'on avance toujours inlîniment, de même que ce torrent peut toujours avancer dans la mer, et en prendre tant plus les qualités que plus il y séjourne. »

Cette vie nouvelle ressemble à une extase qui dure toujours. L'âme, ^absorbée en Dieu, y jouit désormais d'une paix profonde, que rien ne saurait plus troubler, ni le monde, ni l'enfer. Tout ce qui est sur la terre, tout ce qui est au ciel, toutes les créatures se sont évanouies ; l'âme ne voit plus que Dieu, sans rien distinguer en Dieu même, sinon qu'il est, qu'elle vit en lui et qu'il vit en elle, qu'elle est transformée en Dieu, pour ainsi dire, et parfaite de la perfection de Dieu même. Aussi est-elle ptengée dans une joie immense, (ju'elle ne sent plus, à cause de son ravissement.

C'est Dieu (pii vit en elle, qui opère en elle et par elle. Voilà pourquoi elle se maintient dans une souveraine indilfénMice. Tout lui est égal ; elle n'a plus à penser, à cboisir, à vouloir ; mais elle se laisse aller, comme un instrument, à ce qui la pousse, ou l'entraine; elle fait

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