CHAPITRE VII, — LE QUIÉTISME
dure jusqu'à ce qu'il soit révoqué. Ni les actes ordinaires de la vie humaine, ni le sommeil, ni les fautes légères ne l'interrompent : il n'est détruit que par les gros péchés. « Il suit de Ta que notre oraison doit ressemhler 'a celle qui se fait au ciel, où, comme l'enseigne saint Thomas, ce n'est qu'un acte continu de contemplation et d'amour. Cette manière de prier avec un parfait ahandon est un paradis sur la terre. »
On voit la conséquence. Si la suhstitution de l'action de Dieu à l'action de l'âme conduit, comme on le voit chez les Guérinets, à l'irresponsahilité personnelle, cette irresponsabilité est naturellement bornée au temps de l'oraison, au temps de l'union de l'âme 'a Dieu. Mais si l'acte d'abandon est continu et l'union permanente, s'il n'y a plus d'interruption dans l'inaction de l'âme et dans l'action de Dieu, l'irresponsabilité devient également permanente : quoi que l'on fasse, on ne peut plus pécher.
Il est vrai que Falconi n'a point tiré cette terrible conséquence; il cherche même a y échapper. L'âme plongée en Dieu n'y perd point, selon lui, sa personnalité; elle s'enfonce en Dieu, elle s'y perd, pour ainsi dire, « comme un poisson dans la mer. »
Dans cet état, elle n'est point oisive ; seulement elle croit l'être; elle n'a pas conscience de ses actes. Enlin, Falconi admet qu'une faute grave peut faire déchoir l'âme de son état mystique, et interrompre l'acte d'abandon. L'âme peut donc pécher.
Ainsi, le mysticisme de Falconi n'est point immoral, dans les limites où l'a renfermé son auteur. Mais il n'échappe a l'immoralité que par l'inconséquence. On a
beau dire (jue l'âme agit ; si elle n'a pas conscience de ses actes, quelle place reste-t-il 'a la responsabilité?
La théorie de Falconi fut reprise et développée, en France, par Malaval, et en Italie par Molinos. Le livre de Malaval parut en 1G70. 11 a pour titre : Pratique facile pour élever l'âme à la contemplation.
Molinos est autrement célèbre. C'était un prêtre espagnol, du diocèse de Sarragosse. Il appartenait a une famille considérable, et qui possédait de grands biens. Aussi n'avait-il d'autre ambition, (piand il entra dans les ordres, que de se dévouer au service de l'Eglise; il ne rechercha point les bénéfices, et n'en eut jamais. La renommé de sainte Thérèse l'engagea k étudier la théologie mystique. Il y fit en peu de temps de grands progrès, et vint a Rome. C'est Ta qu'il publia, en 1G75, la Guide spirituelle pour dégager l'âme des objets sensibles et la conduire à la contemplation parfaite et à la paix intérieure.
Ce livre était appelé à faire un grand bruit dans l'Eglise ; nous l'analyserons rapidement, dans ce qu'il a d'essentiel.
Il y a deux manières d'aller a Dieu : l'une par la réllcxion et le raisonnement, l'autre par le recueillement et la foi. On donne le nom de méditation à la première, et de contemplation a la seconde.
La méditation est pour ceux qui commencent, la contemplation pour ceux qui sont plus avancés. Chacune a son temps. On néglige les moyens, dès que la liu est obtenue: « Ainsi l'àme qui, après les fatigues de la