‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 78 sur 152 · CHAPITRE VIII. — PREMIERE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — PREMIERE CAPTIVITÉ

questionné, dit l'abbé de la Bletterie, plusieurs personnages qui se souviennent distinctement de l'avoir vue, lorsqu'elle demeurait dans le cloître Notre-Dame. Ce qu'on m'a dit de sa vie est édifiant. Elle assistait jour et nuit aux offices de la cathédrale, au plus fort de l'hiver, et aux dépens de sa santé. Elle faisait subsister un grand nombre de pauvres par ses aumônes (1). »

Le P. La Combe, retiré chez les Barnabites, se mit a prêcher. Les prédicateurs ne manquaient point dans la capitale. Bossuet n'y parlait plus, Massillon ne s'annonçait pas encore ; mais Flécliier y déployait son beau langage et ses périodes harmonieuses, le P. Giroust jetait ses derniers feux. Cheminais donnait des espérances qu'une mort prématurée vint ravir, Bourdaloue les dominait tous. Au-dessous d'eux, des talents estimables encore : le P. Ménestrier, le P. Gaillard, le P. de La Rue, Jésuites; La Tour, La Roche, Hubert et Thorentier, de l'Oratoire ; Boileau l'académicien, avec son air de paysan et son langage de petit maitre ; Dubourg, qui taisait a la fois des comédies et des sermons; l'Auvergnat Faydit, trop libre en chaire, et qu'il fallut bannir; Séraphin, plus adroit, plein d'égards pour tout ce qui sentait la Bastille, et n'ayant de rigueurs que pour les gens inolfcnsifs, comme les médecins et les chanoines ; bon homme au fond, qui mangeait et buvait largement, pour mieux prêcher la pénitence, et dévora, pendant un carême, plus de cent pistoles à l'archevêque de Paris. Baùin était l'orateur préféré des boutiquiers et des confréries ; on le payait en marchan-

(l) La. Bletterie, Lettres à un ami. l^f lettre.

dises : les marchands de vin étaient taxés a vingt-cinq bouteilles ; les pâtissiers, a dix tourtes ; les chapeliers en étaient pour deux castors. Anselme, au contraire, eut quelque temps la spécialité des brillants auditoires. Il vit un jour jusqu'à vingt-six évêques autour de sa chaire, à un panégyrique de saint Bernard. Pas un de ceux qui étaient alors à Paris ne se fût permis d'y manquer, remarque l'abbé Legendre : Anselme était précepteur du marquis d'Antin, fils de M'"' de Montespan. Puis venaient les orateurs populaires, qui s'agitaient, suaient, tempêtaient et déchiraient leurs surplis, devant un auditoire ébahi, (jui prenait cela pour de l'éloquence (1).

Le frère ,de M'"' Guyon, le P. de La Mothe, se mêlait aussi de prêcher. Il s'exerçait dans le genre ennuyeux, et débitait des sermons secs et ternes, d'un ton désagréable, avec un air béat. Il n'en était pas moins arrivé, par le crédit de ses amis, aux premières chaires de la capitale ; mais personne ne Fallait entendre, sauf ses pénitents, qui voulaient lui plaire, et quelques dévotes, a qui tout est bon. II trouva cependant un panégyriste: on en trouve toujours.

De La Motte après lui gouverna la province.

Prédicateur célèbre et grand religieux,

Supérieur souvent si sage en divers lieux

Sçait toujours les devoirs qu'il faut rendre à son prince (2).

(1) Mémoires de l'abbé Legendre, d'après un mss. authentique. Paris, 1863, p. 12 sq. ; Mém. de Saint-Simon, publiés pour la première fois, etc., 1829, t. I, p. 353.

(2) Paris on deseriplion de celte grande ville par un certain nombre d'cpigranimes de quatre vers cliacune^ par M. de Marolles. abbé de Yilleloin, 1G77.

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