‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 80 sur 152 · CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ

Quand le scandale fut à son comble, le P. de La Motte vint trouver sa sœur; il lui représenta qu'il y avait contre elle des charges terribles, et des rapports à faire frémir. « Dépéchez-vous, lui dit-il, fuyez. » Mais elle : « Si j'ai fait les choses que vous dites, il faut me punir ; si je suis innocente, ce n'est pas en fuyant que je le ferai voir. — Si vous ne faites pas ce que je vous ai dit, repartit le Père, j'en avertirai la famille ; fuirezvous? — Non. » Le P. de La Motte la quitta et courut chez un conseiller au Parlement, qui était membre de la famille et tuteur des enfants Guyon (1). Il ne le trouva pas, mais il parla 'a sa sœur : « Si M"'*" Guyon a fait ce que vous dites, reprit-elle avec indignation, je crois que je l'ai fait moi-même. Quoi ! une femme qui a vécu comme elle a vécu!... Pour ce qui est de la faire fuir, ce n'est pas chose indifférente: la faire fuir, c'est la déclarer coupable. — II faut absolument qu'elle s'enfuie, répliqua le P. de La Motte ; c'est le sentiment de M. l'archevêque. » L'honnête femme répondit qu'il ne fallait rien décider sans son frère ; qu'il irait à l'Archevêché. La Motte, 'a ces mots, demeura interdit ; puis il se retira en disant qu'il était inutile d'aller voir l'archevêque, qu'il irait lui-même. Comme il sortait, jyjme Q^J^yQ^^ entra. Laissons-la parler.

« Le lendemain, le tuteur de mes enfants ayant pris l'heure de M. l'archevêque, y alla. Il y trouva déjà le P. La Motte qui y était allé, pour le prévenir; mais il n'avait pu entrer. Lorsqu'il vit le tuteur de mes enfants,

(1) C'est vraisemblablement François Le Maistre, dont le nom se trouve sur la liste des conseillers au Parlement, en ces années-là. (Voir VÉtat de la Finance.)

conseiller au Paiiemenl, il Ait fort étonné; il pâlit, et puis il rougit ; et enfin, en l'abordant, il le pria de ne point parler à M. l'archevêque; que c'était 'a lui k faire cela, et qu'il le ferait. Le conseiller tint toujours ferme, qu'il voulait parler. Le Père, voyant qu'il ne pouvait l'en empêcher, lui dit : « Mais vous ne vous souvenez donc plus de ce « que ma sœur a fait cet hiver? » (parlant d'une hrouillerie que lui-même avait faite). Le conseiller lui répondit bien honnêtement : « J'oublie tout cela, pour me souvenir que « je suis obligé de la servir dans une affaire de cette na- « turc. » Voyant qu'il ne pouvait rien gagner, il le pria que pour le moins il pût parler le premier 'a M. l'archevêque. Cela lit croire au conseiller qu'il n'allait pas droit. Il lui dit : « Mon Père, si M. l'archevêque vous appelle le « premier, vous y entrerez le premier : sinon, j'y entrece rai. — Mais, monsieur, ajouta-t-il, je dirai que vous êtes « l'a. — Et moi, dit le conseiller, je dirai que vous y êtes. » L'a-dessus, M. l'archevêijue, qui ne savait rien de tout ce démêlé, appelle le conseiller qui lui dit qu'on lui avait fait entendre qu'il y avait des mémoires étranges contre moi, qu'il me connaissait depuis longtemps pour une femme de vertu , et (ju'il répondait de moi corps pour corps; que s'il y avait quelque chose contre moi, c'était 'a lui qu'il fallait s'adresser, et qu'il répondait de tout. M. rarchevê(jue lui dil (|u'il ne savait ce que c'était, qu'il n'avait pas ouï parler de moi, mais bien d'un Père. Sur cela le conseiller dit que le Père La Molle lui avait dit (jue Sa Grandeur me conseillait même de m'cMiliiir. L'archevê(pie dit cpio cela niMait point vrai et qu'il n'avait jamais ouï parler de cela. Sur quoi le conseilliM- lui demanda s'il agn'erait de faire ap|)eler

Page 1