CHAPITRE VIII. - PREMIERE CAPTIVITÉ
Bussy ne se découragea pas : il la lit enlever. Un malin (7 août 1648) que la jeune dame, partie d'Issy avec sa belle-mère, se rendait au mont Valérien pour y faire ses dévotions, vingt cavaliers armés arrêtèrent son carrosse, et malgré ses pleurs, ses cris, sa résistance, ils l'emmenèrent à toute vitesse en Bourgogne, au château de Launai, où demeurait Bussy. On lui servit a manger ; elle n'avait rien pris depuis quarante heures : « Non, dit-elle, la mort ou la liberté. » Et voyant deux pistolets oubliés sur une table, elle s'en saisit et les tint près d'elle, pour recevoir le comte de Bussy-Rabutin. Dès qu'il parut: « Je jure, s'écria t-clle, devant le Dieu vivant, mon créateur et le vôtre, que je ne vous épouserai jamais. » Bussy, qui n'avait pas une mince idée de son mérite, avait amoureusement caressé la pensée d'un plus doux accueil : « On m'avait dit que c'était un mouton, » balbutia-t-jl. Voyant qu'il n'y avait rien à faire, il la mit en liberté.
M"''' de Miramion, de retour a Paris, voulut à "plusieurs reprises se faire religieuse. Ses directeurs, qui étaient des hommes de bon sens, réussirent à l'en empêcher ; n'avait-elle pas autre chose à faire, avec sa fortune et son cœur? Elle reste libre ; elle est partout; partout elle répand ses bienfaits, son ardeur, son or et son ame : aux Enfants-Trouvés, a Sainte-Pélagie, à l'Hôpital, aux Missions ; chez les grands, pour recueillir ; chez les pauvres, pour donner; dans sa maison du quai de la Tonrnelle, au milieu de ces bonnes fdles, qui font avec elle une sorte de communauté laïque, sans uniforme, sans vœux, sans orgueil, sans autre règle que l'Evangile, et dont la dévotion est d'agir, de se sacri-
lier tout le jour, de panser les plaies, de distribuer des remèdes, de chercher ceux qu'on abandonne : les petits enfants, pour les instruire; les jeunes lilles, pour les sauver par le travail, et les pauvres gens pour les nourrir. Ils arrivaient là par centaines, bien accueillis, jamais contents, se plaignant, munnurant : on ne servait pas assez vite, on ne leur donnait pas assez. Les pauvres fdles s'excusaient, tâchaient de mieux faire, pleuraient quelquefois et perdaient courage : « Mes filles, criait alors M"'" de Miramion, laissez-les dire, et servez-les toujours. »
Le soir venu, la sainte femme, accablée de fatigues et de sommeil, avait parfois des scrupules : elle n'avait pas eu le temps de penser à Dieu. Mais elle avait, pour se rassurer et rassurer ses fdles, une admirable parole : « Nous aurons, pour contempler, réternité tout entière; cette vie est faite pour le travail. »
Paris était dans l'admiration. Les plus grandes et les plus illustres familles, les Pontchartrain, les Caumartin, les Nesmond, les Lamoignon s'associaient a elle pour faire le bien; c'est par ses mains (pie le roi faisait passer ses aumônes.
M""' de Miramion était fort connue au couvent desVisitandines. C'est là qu'elle s'était retirée après la mort de son mari, avec l'intention d'y prendre le voile. Elle y lit élever sa lille, et plus tard elle fit au couvent un don de dix mille écus, pour être mise au nombre des bienfaitrices, et avoir le droit d'y venir souvent.
Elle y vint au moment où l'on ne parlait (pie de M'"*" Guyon et de ses malheurs. Elle arrivait fort j)réve-