‹ Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence; d'après le écrits originaux et des documents inéditsChapitre 92 sur 152 · CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. - PREMIÈRE CAPTIVITÉ

quelle manière il fut répondu. Et l'archevêque, qui a dans les mains les procès-verbaux de son officiai et les pièces de la procédure, Tarchevèque se tait honteusement, dans une affaire où son honneur est à ce point compromis ; il se taira toujours. Ces pièces où se trouve, si elle est (juelque part, la justification de sa conduite, il ne les montrera jamais (1); il finira par les faire disparaître. M. de Noailles, son successeur, qui avait un si grand intérêt à recueillir et a utiliser ces choses, ne trouva rien ; et Bossuet le déclara solennellement a rassemblée du clergé de France : « Feu Monseigneur l'archevêque de Paris l'avait mise dans un monastère, où il avait fait contre elle quelques procédures, dont il ne reste aucun vestige (2). »

C'est ainsi que se trouve confirmé, dans ses traits principaux, le récit de M"" Guyon.

Quant aux circonstances, les unes se rattachent d'une manière évidente aux faits constatés ; d'autres sont attestées, nous l'avons vu, par les contemporains, ou j)ar le cardinal de Bausset, qui ne cite pas ses auteurs. Il en reste pour lesquelles nous sommes réduits au témoignage de M""' Guyon : on ne trouve rien pour les appuyer; on ne trouve rien (pii les contredise. Or la vérité

(1) Le conseiller fut dans une étrange surprise ; il demanda à voir cela et mes interrogations. M. rarchevèque lui dit que c'était une chose qui ne se verrait jamais {Vie de M^^ Guyon, 3^ partie, p. 70.) M. l'archevêque m'a dit qu'il m'enverrait ce qui a été fait, et ne m'a rien envoyé du tout. (Bosiuet, lettre à l'évèque de Mirepoix, 3 janvier 1695.) Les pièces de celte procédure n'ont jamais été connues. (Bausset, Hist. de Fén., liv. ii, chap. xi.) «

(2) Proccs-verbaux des assemblées du clerjé de France, assemblée de 1700.

indiscutable du fond, jointe [à l'exactitude des détails sur tous les points qu'il est possible de contrôler, ne permet-elle pas de conclure à la sincérité (bi reste?

Il y a mieux. Les mémoires où elle avait raconté ces choses, M"'" Guyon les remit à Bossuet. Bossuet en a usé et abusé contre elle (i) ; son attention a particulièrement porté sur les incidents de l'époque où nous sommes, puisqu'il a cherché à se procurer les procédures de l'archevêque de Paris (2) ; les informations d'ailleurs lui étaient faciles : le P. de La Motte, M"'' de Miramion, les Visitandines, qui ne demandent qu'à parler, vivaient encore ; le docteur Pirot, mêlé a toute cette affaire, était le théologien, l'ami de Bossuet; M"'" de Maintenon, qui savait tout, n'avait alors aucun secret pour lui. Cela étant, comment supposer que M'"° Guyon eût conlié cet écrit à Bossuet, si elle y eût mêlé des mensonges ; et que Bossuet, s'il en avait découvert, n'en eût pas dit un mot, même par allusion, dans sa Relation du quié- Hsme?

Enlin, à la demande de Bossuet, les mémoires furent communiqués aux commissaires d'Issy. Un d'eux , M. Tronson, s'attacha particulièrement h la vérification des faits. On est embarrassé sur la doctrine ; mais que M"" Guyon soit convaincue de mensonge, elle est jugée (5). M. Tronson s'adresse donc 'a l'évêque de Genève et, par dcl'a les Alpes, au marquis de Pruney, pour contrôler le récit des mémoires. On ne lui répond pas ;

(1) Voir sa Relation du quiétisvie, ci-après, chap. xvii.

(2) Lettre à M. de La Brouc, évêque de Mirepoix, 3 janvier 1695.

(3) Voir ci-après, chap. xi.

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