‹ Madame Mascarille, comédie en 1 acte en vers libresChapitre 1 sur 17 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MASCARILLE, seul.

Il entre par la porte du fond et s’avance sur le devant de la scène.

Chez les Grecs, autrefois, il existait un temple Où, quand l’épouse avait un tort,

Celui de trahir, par exemple,

Le serment fait au sexe fort ;

On jugeait le cas sans scrupule,

Et les juges, à l’unisson,

Déclaraient et sans préambule Que l’époux seul avait raison. —

Il se passait un petit drame,

D’abord, on égorgeait un bœuf,

Puis on brûlait vive la dame,

Et le mari devenait veuf.

La chose était abécédaire,

Tout s’arrangeait en petit comité,

Et de cette simple manière Le scandale était évité.

La simplicité !... vertu rare,

Qu’on pratiquait avec excès,

A fait place à la loi bizarre Que nous apporta le progrès.

2 MADAME MASCAR1LLK

Aujourd'hui, quand un homme épouse une donzelle Féconde en infidélités,

Pour éviter le bruit et surtout la querelle,

Il doit, fermant les yeux, sourire à l'infidèle Et trouver dans son mal encor de bons côtés !... S’il veut crier, on le ridiculise,

II est bon tout au plus à jeter au cachot,

Et son Agathe ou son Orphise,

Sa Clorinde ou sa Cidalise,

A le beau rôle et lui le sot!... —

— Marié depuis six semaines Et tout nouveau dans cet emploi.

Je voudrais m’épargner les peines Qu'on voit foisonner par douzaines,

Sans avoir recours à la loi.

D’autre part, fort peu philosophe Et voulant surtout prévenir Ce que certains appellent... catastrophe Et ce que moi, je ne veux définir.

J’ai résolu, sortant ma défiance

Pour quelques instants de son coin,

D’éprouver d’abord l’innocence De celle en qui j’ai mis ma confiance,

Et cela sans ail r bien loin.

Le ciel m’ayant, dès mon jeune âge,

Doué d’un vif esprit et de quelque talent.

J’ai mis aussitôt ses dons en usage,

Et trouvé sans peine un plan excellent.

Enfin, voici mon stratagème!,.

Sur un parchemin satiné,

Aussi blanc que l’hermine même,

Et de petits amours joufflus enluminé,

J’ai moi-même tourné cette adorable lettre

Qu’à ma femme, eu secret, ce si ir, j’ai fait remettre.

II tire un papier du 8a poche et lit.

« Vous qui vivez en paix dans le sein du bonheur,

« Vous ignorez, hélas! qu’un cœur « Soullre et gémit loin de vos charmes,

« Et que ce cœur timide et pur « Appartient à l’amant obscur « Qui voudrait près de vous pleurer ses chaudes larmes. « Si vous vous laissez attendrir,

« Permettez-lui donc de venir « A l’heure où la nuit protectrice

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