Les mots en italique sont en français dans l'original
comme chat et chien. Nous avons toujours gardé les dehors, et au delà; nous ne nous sommes jamais disputés..,. »
Des mois passèrent, puis des années, sans amener une franche réconciliation. La « cabale » continuait à exciter Monsieur, et le roi laissait faire. Assurément, ce n'était pas des conditions de bonheur pour Madame, l'éternelle vaincue de ce conflit inégal. Elle s'en serait pourtant tirée, s'il n'y avait pas eu Mme de Maintenon. Liselotte était capable de surmonter les chagrins provenant du chevalier de Lorraine, de retrouver le lendemain d'une insolence son bon rire et son « cœur gai ». Il n'en était pas de même des peines oîi elle s'imaginait voir la main de Mme de Maintenon ; celles-là étaient trop pesantes pour les pouvoir porter, car le roi y était toujours mêlé. « On m'a pris mon cœur gai », disait-elle en 1689. Le rire revenait toujours plus ou moins, parce qu'elle riait comme un autre respire; le cœur restait lourd. La princesse Liselotte devenait une personne gémissante, voyant de la persécution partout, et incapable de se contenir devant l'ascension de sa rivale vers la toute-puissance.
Françoise d'Aubigné, née en 1635 dans une prison, veuve en 1660 du cul-de-jatte Scarron et restée très pauvre, avait accepté en 1670 d'élever les enfants de Louis XIV et de Mme de Montespan. Le roi l'avait d'abord trouvée insupportable, puis il s'y était fait, puis ce fut quelque chose de plus; quand Mme Scarron, au bout de quatre ans, fut
payée de ses bons soins par la terre et le nom de Maintenon ', pas n'était besoin d'être grand clerc pour deviner que ce n'était qu'une entrée en matière. Quelques mois plus tard, elle était» triomphante - », et Mme de Montespan avait à se défendre contre cette gouvernante qui lui devait tout, et qui osait sommer le roi de rompre avec elle, appelant cela, dans son ingratitude orgueilleuse, « servir Dieu » et « parler en chrétienne ^ ». Madame avait assisté à ce duel, qui fut violent, fertile en scènes terribles, et qui se termina au printemps de 1679 par la défaite de la favorite, tombée au rang de simple spectatrice, après avoir joué si longtemps le premier rôle.
A l'époque où le ménage de Monsieur se disloqua, Mme de Maintenon avait déjà « tout pouvoir auprès du roi * ». Il n'était question toutefois que d'amitié et de confiance. La reine vivait encore, et la nouvelle amie avait quarante-sept ans; vertueuse ou non, on ne devient pas la maîtresse d'un grand prince à quarante-sept ans, pour peu qu'on ait de l'esprit, et Mme de Maintenon n'en manquait pas. Sans compter que ce n'était pas une passionnée; elle était incapable d'un coup de folie. Il ne faudrait pas se figurer Louis XIV abîmé à ce point dans le respect qu'elle lui inspirait, qu'il ne lui ait jamais proposé de mal faire; mais il fut toujours éconduit,
1. L'acte d'achat de la terre et seigneurie de Maintenon est du 27 décembre 1664. Quelques semaines plus tard, le roi l'appela en public « Madame de Maintenon, » et ce fut chose faite.