ACTE PREMIER H
ROBERT
Vous avez donc fait quelque chose de bien grave?
MONGODIN.
De bien grave, non, mais enfin, je ne peux pas me le dissimuler... j'étais dans mon tort... Ma femme m'avait envoyé chez le marchand de musique acheter des morceaux religieux pour le conc:îrt snirituel qui a lieu ce soir sous son patronage.
ROBERT
Oui... je sais...
MOXGODIN.
Pendant que le marchand faisait son paquet, moi, je regardais l'étalage, sans penser à mal. Il y avait là un tas de chansons de café-concert, j'en prends une machinalement, je la paie et je la mets dans ma poche.
ROBERT
Toujours sans penser à mal.
MOXGODIN.
Bien entendu... et je reviens à la maison... Par malheur, en tirant mon mouchoir... ma femme saute dessus... j'essaye vainement de me disculper... enfin elle m'enferme dans la bibliothèque en me donnant à copier deux cents- circulaires pour l'œuvre qu'elle préside avec tant de tact et de discrétion: l'Œuvre des Rosières inconscientes... Voyons, avouez que j'étais dans mon tort.
ROBERT
Cette chanson est donc bien terrible?
MONGODIN.
La chanson, non... mais l'image!
ROBERT
Ahl il y a?
MONGODIN.
Oui... ça représente une canotière dans un costume... tenez I presque aussi léger que celui de votre Charité.
ROBERT
La charité adopte toute les formes.
MONGODIN.
Et celles-là sont exquises. (Lui montrant la chanson.) Voyez plutôt I... Quelles jambes, hein!
ROBERT
Emma la canotière, mais je connais.
Il fredonne.
Emma la brune, Emma la belle,
Mongodin continue l'air sans paroles.
ROBERT
Tiens, vous savez l'air?
MONGODIN.
On le chante partout; je l'ai retenu...
ROBERT
C'est Bengaline qui a créé ça!
MONGODIN, soupirant.
Oui, c'est Bengaline (lui montrant l'image.) N'estce pas que ça lui ressemble ?
ROBERT
Gomment ? Vous la connaissez donc t
MONGODIN.
Je ne la connais pas, mais je l'ai vue.