ACTE PREMIER
CLORINDE
Monsieur, j'ai acheté dernièrement le château des Ardoises... Vous le savez peut-être?
MONGODIN.
Oui, madame... oui, je sais cela!...
CLORINDE
J'ai acheté ce château, où j'ai l'intention de vivre désormais. Or, vous possédez, paraît-il, un terrain qui touche à ma propriété et qu'il me plairait d'avoir pour m'agrandir... Voulez-vous me vendre ce terrain?
MONGODIN.
Vous vendre, à vous... mais madame...
CLORINDE
Gela supprimerait bien des diffieultés qui peuvent s'élever entre nous... Ainsi, le mur mitoyen...
MONGODIN.
Ahl oui, le murl
CLORINDE
Il tombe en ruine.
MONGODIN.
Ah ! en ruine !
CLORINDE
Parfaitement, ma pièce d'eau est tout près de là... Je m'y baigne quelquefois dans la journée.... Et je me suis dit souvent, qu'à travers les brèches, on pourrait...
MONGODIN.
Oh! par un seul endroit... Et encore, il faut monter sur une grosse pierre...
GLORINDE.
Comment le savez-vous?
MONGODIN.
Je ne sais pas... je suppose... (soupirant.) Enfin, si vous le voulez... on fera réparer le mur.
GLORINDE.
Je préférerais le reculer... Voyons! ce terrain ne vous sert à rien ; moi, il mo serait très agréable de l'avoir... C'est une question de prix à débattre... Cocbien en voulez-vous?
MONGODIN, à part.
Oh! ce regard! (Haut.) Madame, écoutez-moi!... Si ça dépendait de moi seul, je ne vous vendrais pas ce terrain... je vous l'offrirais... D'abord, comme vous dites, parce qu'il ne nous sert à rien, ensuite parce que ça vous ferait plaisir.
GLORINDE.
Ah! monsieur Mongodin, on ne m'avait pas trompée en me parlant de votre galanterie.
MONGODIN.
Ah! on vous a parlé! (a part.) Qui est-ce qui a bien pu lui parler de ça? (Haut.) Malheureusement il n'y a pas que moi... il y a ma femme.
GLORINDE.
Madame Mongodin! Eh bien! mais, c'est à vous de la décider... vous êtes le maître, je suppose?
MONGODIN.
Moi?... Oh I oui... Il est évident que si j'exigeais... mais je ne poux pas.