X PREFACE
que de l'œuvre même qu'un éditeur artiste, M. Léon "Willem, aidé de la piété filiale de M. Borel d'Hauterive, le frère de Petrus, remet en lumière en la revêtant d'une forme plus dig'ne de la faire apprécier des bibliophiles.
La première édition de Madame Putiphar date de 1839; elle forme deux volumes in-8 à couverture bleue (Paris, Ollivier, éditeur), avec deux gravures sur bois, reproduites ici : la première, celle du tome I*""", représentant Patrick le volume de J.-J. Rousseau à la main et tenant tête à madame de Pompadour; la seconde (tome II), signée Louis Boulanger, montrant Déborah à genoux, les cheveux en désordre, devant Patrick décharné, à demi nu, un crucifix sur la poitrine. Sur la couverture du livre un cadran d'horloge, sans aiguilles, avec deux os de mort entre-croisés et une larme.
Ce livre, Petrus Borel l'avait écrit loin de Paris, au Baizil, en Champagne, près du château de Montmort, dans im moment de sa vie où il se sentait entraîné vers la production, emporté par la fièvre créatrice. Il avait promis deux ou trois autres romans à Ollivier, son éditeur; il avait composé, à la même époque, un drame en cinq actes, le Comte Alarcos, encore inédit et qu'on pourra publier un jour. La dureté de son éditeur eut facilement raison de cet accès d'espérance et de foi.
Dans une lettre mise aux enchères lors de la vente des autographes appartenant à l'éditeur Renduel, Petrus Borel se plaignait amèrement de l'éditeur qui lui avait acheté cette Madame Putiphar. La lettre est cruelle et vaut la peine d'être citée. Elle montre en quel état se trouvait alors le Lycanthrope. « Je vous écris de mon désert, dit » Petrus Borel. J'ai vendu mes deux volumes de Madame » Putiphar 200 francs à Ollivier et il me refuse le troi- » sième quart (50 francs) quand la totalité de la copie est » achevée. Ma misère est aftreuse : je suis obligé de sortir » de ma caverne du Bas-Baizil pour glaner ma nourriture » dans la campagne. Débarrassez-moi de cet homme. »