‹ Madame Swetchine: Journal de sa conversion; médiations et prièresChapitre 7 sur 63 · XV1IL · texte numérisé non relu

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Ce monde pour les idées et les intérêts, est une navigation au long cours : océan, vaisseau, pilote, écueils et abîmes, tout s'y trouve, hormis un port.

Le prêtre et le médecin sont placés au centre

des deux natures qui se partagent cet univers. La tâche de l'un, est de porter remède aux maux visibles et corporels; la vocation de l'autre, est de faire reconquérir à l'âme sa pureté primitive, de l'élever à ses destinées invisibles. A tous deux sont remis le glaive qui retranche et l'huile du Samaritain. Dieu dit au médecin du corps : Mets en œuvre ton intelligence et elle te soumettra la nature. Il dit au médecin de l'âme : Soumets ton intelligence, et ta puissance sera la mienne.

L'homme est capable de tout, même de faire le bien, de s'élancer vers la vérité, d'y toucher; mais jamais à lui seul de s'y maintenir.

Quand la philosophie veut nous détacher du monde et de ses vains plaisirs , elle ne nous parle que de la mort ; quand la religion veut affranchir notre âme du joug des passions, elle ne nous parle que de la vie; c'est par l'attrait et le désir qu'elle agit sur nous, comme la philosophie par le désenchantement et la tristesse ; d'une part les ténèbres du néant, de l'autre les clartés de l'immortalité.

L'économie de ce monde représente la perfection dans l'imperfection. L'imparfait et l'incomplet une fois admis comme essence, on voit partout les plus admirables prodiges de compensation et de secours.

Je n'ai compris la nature que par Dieu , le naturel que par le surnaturel.

Pour se tranquilliser sur l'incrédule, on voudrait que son ignorance des choses de Dieu fût encore plus complète ; presque toujours il en fait trop pour que son indifférence s'explique d'une manière qui rassure, et qu'il ne paraisse pas coupable de ne pas chercher du moins à en apprendre davantage.

Je ne voudrais voir l'Église, dans ses rapports avec l'État, ni amie, ni ennemie, ni auxiliaire, mais conservant toute sa liberté, afin de multiplier

soit les témoignages d'une bienveillance volontaire, soit ceux d'une consciencieuse résistance.

Les hommes sont plus inintelligents que pervers, et les méchants sont encore plus aveugles que méchants.

Jamais l'état de notre âme ne se révèle plus sûrement à nous que par la nature de ses besoins et de ses aspirations.

Dans ce siècle, où l'on ne parle que de tolérance, on ne l'accorde cependant tout entière qu'à l'impiété.

Trois choses constituent toute religion : son dogme, son culte et sa discipline. Ni une chose de moins, ni une chose de plus.

DtJ CHRISTIANISME. 133

La religion catholique satisfait tous les besoins de l'esprit , le besoin de croire comme celui de penser.

Combien elle est faite pour nous , une religion qui absout l'ignorance !

D'officieux défenseurs voudraient sans cesse entourer la religion de mesures prohibitives , mais son essence écarte ces timides et lâches tendances.

Ce qui prouve que notre cœur n'est fait que pour Dieu, c'est que nul être n'est digne de cet amour immense, infini, exclusif, souverain, que pourtant il porte en lui-même, fl est logique de conclure que ce que tout homme possède et ce que nul homme ne mérite, appartient à Dieu.

Il faut combattre pour l'éternité avec les armes du temps.

La chair est née esclave et lame libre.

A mesure que l'on découvre plus de mystères dans son cœur, la religion nous offre des révélations nouvelles ; elle porte son flambeau partout où il y a des ténèbres.

La religion peut se passer de la science, parce que divine par son essence, elle est indépendante et au-dessus de toute chose humaine ; mais ce qui lui sied le mieux après la vertu, c'est la science.

La proximité empêche de voir comme la distance ; il en est ainsi des grands événements. La

main de Dieu est visible sur les choses humaines, mais cette main même projette une ombre qui nous cache ce qu'elle accomplit.

Il n'y a rien de si simple , de si universel que de se tromper. C'est pourquoi Dieu a établi une autorité dans son Eglise , afin que l'erreur de l'individu ne nuisît ni à lui-même, ni aux masses.

Le temps est une vraie fiction , un rideau derrière lequel veille l'éternité : les heures que lui compte le soleil s'évanouiront sans laisser de trace , et le butin recueilli par le temps dans sa course à travers les mondes, franchira seul les limites de l'infini.

La religion marche longtemps de conserve avec la philosophie , mais elle laisse celle-ci à mi-chemin pour pénétrer dans des régions qui ne sont connues que d'elle.

Quel est le crime des anciens sages . crime puni par leur chute dans l'idolâtrie? C'est de n'avoir pas rendu grâce à Dieu à cause des connaissances qu'il leur avait données, et de s'être arrêtés à leurs pensées, comme si celles-ci fussent venues d'euxmêmes.

Deux choses frappent également, savoir combien les idées primordiales sont en petit nombre, et combien ces idées , en petit nombre , sont universelles.

Tout ce qui épure nos sentiments les fortifie.

Y a-t-il de petites choses , dans celles qui ressortent d'un devoir et qui n'ont rien de commun avec les petitesses de l'âme? Les infiniment petits peuvent très-aisément porter le signe de la grandeur.

Nos idées sont comme les vignes, ces flexibles lianes qui demandent un appui pour se charger de fleurs et de fruits.

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