‹ Madame veuve Larifla vaudeville en un acte de MM. Labiche et Adolphe CholerChapitre 22 sur 28 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

MADAME LARIFLA, puis GRATTEPAIN \ MADAME LAMFLA, seule.

Pauvre garçon !.. Moi, aussi, je pleure... Dieu ! que c’est bêle !.; D’abord , ça fait perdre du temps... Le plus pressé est de payer ces deux mille francs , qu’il soit tranquille, qu'on ne le tourmente pas... Car enfin, cet argent... c'est pour moi qu'il l'a dépensé.. Ah! c'est bien mal!., maïs c'est bien gentil!.. Voyons, comment mo procurer cette somme ?.. Les prêteurs sont rares par le temps qui court. Tiens ! mon argenterie!.. Mes pensionnaires mangeront dans du Ruolz...

Vite un mot au marchand qui me l'a vendue...

(Elle va s'asseoir A la table de droite et écrit.) grattepain, entrant par le fond. H est à moitié ivre ".

Je ne sais pas coque j'ai... j'ai bu duCollioure... ça me fait ran plan plan ! ran plan plan ! au travers de la têtel... (Apercevant Madame Larifla.) Tiens, voilà la bourgeoise!... j'y ai repensé à la bourgeoise... faut que Je la subjugue... non... sub .. sub... subjugue... voilà un mot difficile... (S'avançant vers Madame Larifla.) Ran plan plan! ran plan plan!... bonjour, la bourgeoise!

madame larifla , se levant , sa lettre it ta main. Monsieur Grallepaln !

GRATTEPAIN.

De Saint-Flour (Cantal) !... Dites donc, fautquo je vous dise quelque chose... je suis... il est bon, votre Collioure.

MADAME LAMFLA, À part.

le m'en aporçois.

GRATTEPAIN.

C'est chaud... c'ost nourrissant... c’est comme si on buvait de la semoule... ran plan plan!.,.

MADAME LAMPLA.

Vous aviez quelque chose à nui dire?

GRATTEPAU).

Oui... quoi donc?... ali! je suis amoureux de vous... voilà!

MADAME LARIFLA

Comment?

GRATTEPALN.

Pour vous, femme suparbe, je suis capable des ’ G. madame L.

Vt

plus grands crasi... sacri... sacri... sacrifices... voilà encore un mot difficile.

MADAME LABIFLA.

Des sacrifices ! vous !

GBATTEPAIN.

Oui, tout!... tout !... ( Apart .) Excepté l'argent.

MADAME LABIFLA, à part.

El8on frère qui m'a recommandé... Ah! Monsieur Grattepain, vous êtes amoureux!..,

GBATTEPAIN,

Elle chuchotto... mais c'est une belle femme.

MADAME LABIFLA, à part.

J-ai idée que je ne vendrai pas mon argenterie.

Réponse, s'il vous plaît.

MADAME LABIFLA.

Plalt-il?

GBATTEPAIN.

J ai de l'amour... réponse, s'il vous plaît.

MADAME LABIFLA.

Mais c’est une plaisanterie, Monsieur Gradepain. Je mo connais... et je n'ai pas la prétention d inspirer une passion aussi soudaiue...

GBATTEPAIN.

Oh ! si ! si !.. Vous avez une si jolie peau !... (// se rapproche de Madame Larifla et trébuche : elle passe vivement à gauche ',) et puis vous êtes une femme d ordre... une femme rangée... Vous n aimez pas les plaisirs, les spectacles...

MADAME LABIFLA.

Permettez...

GBATTEPIN,

Air de Jenny t ouvrière.

J' vous offrirai de brillantes toilettes...

Vous m’ répondrez : j'ai bien assez d'appas.

J' voudrai vous m'ner au théâtr', dans les fêtes,

Vous me direz.-, que vous n' ies aimez pas.

Rufin. I' dimanch'... c'est le jour desgoguettes!

Pourvous prom'ner... j' vous offrirai... mon bras 1

Quand on est seul, l'argent que l'on rassemble. C'est déjà I' bonheur... (bis.)

Quand ou est deux, pour se priver ensemble.

C'est encor bien meilleur! (bit.)

MADAME LABIFLA.

Ah ! cc sera bien agréable!

GBATTEPAIN.

Oh ! oui ! Et vous, en échange de tant de soins, vous me mijoterez, vous me ferez des petits travaux d'aiguille... avec vos jolies mains... Tenez, vous me ferez un tricot.

MADAME LABIFLA.

Comment ?

GBATTEPAIN.

A Saint-Klonr, quand on aune quoiqu'un , on lui fait un tricot.

' Madame L. G.

MADAME LABIFLA.

Ah t'a I me prenez-vous pour uno tricoteuse?

GBATTEPAIN.

Oh! voilà un mot piquant! vous êles piquante! elle est piquante' ran plan plan !...

MADAME LABIFLA, à part.

Attends, attends , je vas fan donner, du piquant. (Haut.) Vous me disiez tout à l'heure que vous étiez capable des plus grands sacrifices...

Ah ! vous le dites bien, vous... c'est difficile...

MADAME LABIFLA.

Eh bien ! je vaisvousen demander une preuve.

GBATTEPAIN.

Parlez ï faut-il fendre du bois, monter de l'eau, faire des commissions ?

MADAME LABIFLA.

Vous allez trouver cela bien étrange, pour une ma iresse d bétel... mais j'ai la passion des tableaux.

GBATTEPAIN.

Dimanche prochain je vous mènerai au Muséum... (Riant.) Je parle latin !..

MADAME LABIFLA.

Hier, j’ai vu dans latelier de M. Marcel une sainte Cécile... c’est quelq ue chose de raviseani... les yeux surtout... Vous devriez acheter ça, vous qui aimez les arts I

GBATTEPAIN.

Moi!., j'aime les arts?..

MADAME LABIFLA.

Oh ! mon petit monsieur Grattepain... jo vous en prie. ..

GBATTEPAIN.

Ah! câline I.. (A part.) J'ai envie do l'embrasser!

MADAME LABIFLA.

Après ça, vous trouverez peut-être que c'est un peu cher... on parle de deux mille francs...

GBATTEPAIN.

Il n'en faut pas!

MADAME LABIFLA.

Dame! une sainte Cécile.

GBATTEPAIN.

Vous ne pourriez pas aimer une autre sainte... une sainte Aglaé...de cinquante à cinquante-cinq sous ?.. avec le cadre.

MADAME LABIFLA.

Comment! vous me refusez?

GBATTEPAIN.

Très parfaitement bien!.. Crrrr!..

MADAME LABIFLA, à part.

Allons, je n'ai plus qu'à faire partir ma lettre.

GBATTEPAIN.

Dites donc, j'aime mieux vous embrasser... Oh ! laisse /.-moi vous embrasser! (U s'approche.)

MADAME LABIFLA.

Par exemple ! no m'approchez pas. .. je vous déleste... Tenez, vous ne serez jamais qu'un ladre et un avare ! (Elle sort par le fond.)

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