SCÈNE ITT
I Madeleine est appuyée sur le liras *le Marianne; M. Lambert va au-devant d’elle, il la prend par la main.
LAMBKRT. M ADKLKINE, MARIANNE.
M VDF.I.FIN8, avec joie.
Monsieur le curé!
LAMBERT
11 me semble, mon enfant, que vous avez poussé un peu loin votre promenade.
M AliRI.KI.NR,
Oh 1 non, monsieur le curé, je suis forte à présent. Je savais vous trouver ici, et ça me fait tant de bien de vous voir, de vous entendre:
lambrrt , lui serrant la main avec bonté.
Chère Madeleine !
Dieu seul sait tout ce que vous avez eu pour moi d'indulgence et de bonté...
LAMBERT
Ma mission ici-bas n’est elle pas de secourir et de pardonner? {Madeleine pleure.) Eh bien, pourquoi pleurez- vous?
C'est qu’à tant de bienfaits je ne puis répondre que par des larmes.
MARIANNE
Monsieur le curé, je vous en conjure, dites-lui que malgré son malhcui il faut qu’elle se fasse une raison... Tant que vous êtes auprès d'elle , ça va bien; mai* quand vous nous quittez, elle retombe dans une tristesse qui sera remarquée, bien sûr.. et tout le monde n'a pas vol' charité, monsieur le curé.
Votre tante a raison , Madeleine; il faut redoubler de prudence et de précaution. Le monde, vous le savez, est impitoyable pour celle qui a failli... Déjà même le >oupçon vous environne.... II ne faudrait que le plus faible indice pour que la vérité tout entière fût connue.
Eh bien! monsieur le curé, je courberai le front; je subirai comme une expiation ce qu’il plaira a Dieu de m’envoyer d'amertume et de uouleur.
LAMBKRT.
Non. ma fille... gardez dans votre cœur le souvenir (le la faute que vous avez commise, mais ne donner pas d’armes à la malveillance — Songez enfin que votre honneur est aussi l’honneur de votre famille ; hélas', à cet honneur il faut encore faire un douloureux sacrifice!
Parlez... je suis prèle.
LAMBERT
11 faut, pour quelque temps du moins, vous séparer de votre enfant.
Gel!
MARIANNE
Oui, monsieur le curé a raison ; cela est nécessaire, indispensable!
Mais, monsieur, cet enfant... c'est la seule joie, la seule consolation qui me restent,.... Tout l’amour que j’avais au cœur, c’est * que je l’ai reporté... Toute ma vie à prése- ins son regard!... Dans les soins, dans les -.nsers que je lui prodigue à chaque instant du jour... Oh ! que le mépris et la haine me frappent, j'aurai force et courage pour les supporter... Mais me séparer de mon enfant, monsieur, c'est impossible.
LAMBERT
Ma pauvre Madeleine, je comprends que votre cœur se révolte à cette pensée... Mais ce n’est pas la prudence seule qui The fait vous imposer cette cruelle séparation : voulez-vous, par exagération de tendresse, vous exposer à perdre cet enfant que vous aimez tant?
Le perdre!
LAMBERT
Vous ne pourriez, sans compromettre à la fois et ses jours et les vôtres, lui prodiguer plus longtemps vos soins maternels... Le médecin l'a formellement déclaré a votre tante et a moi.
Il y a danger pour la vie de mon fils !... Ob ! je n’hésite plus... parlez, que faut-il faire?
LAMBERT
J’ai eu soin de prévenir une brave et digne paysanne qui habite une chaumière isolée sur la route peu fréquentée qui conduit a Sainte-Croix. Je lui ai dit toute la vérité; nous pouvons compter sur la discrétion la plu* absolue de sa part. Ainsi donc , ce soir à neuf heures, pour plus de sûreté, je viendrai vous prendre ; nous porterons votre enfant chez celle bonne paysanne qui en aura le plus grand soin, soyez-en certaine. (Tirant un papier du parement de ta manche.) Tenez, voici son nom... Sa demeure n'est pas éloignée d’ici Allez avec Marianne la pré-
venir de se tenir prèle et de vous attendre ce soir. ( Madeleine est tombée dans une profonde rêverie, sa tête s'est penchée sur sa poitrine ; elle semble écouter machinalement ce que lui dit monsieur Lambert. Le curé s'en aperçoit , et la considère tm instant en silence, puis il lui prend la main pour la faire sortir de l'espèce de torpeur dans laquelle elle est plongée ' Lh bien ! Madeleine, vous ne répondez pas... qu'avez-vous?
Madeleine, sortant de sa rêverie.
Moi... rien.... vous avez raison.... Oui, il faut nous h&ter, il faut aller tout de suite chez cette femme qui, plus heureuse que moi, pourra don-
ner à mon fils la vie et la santé .... Venez vite, raa bonne tante, venez!
Elle saisit la main de sa tante et l'cntralne rapidement par la route que le Curé lui a indiquée.