SCÈNE VI
Les Mêmes, ANDRÉ.
Ici on voit entrer André. 11 est tout couver» de poussière,
il tient un bâton à la main, ses vêtements indiquent
qu’il vi**nt de faire un long voyagp à pi*d. 11 s’arrête
au fond sans être aperçu et il écoute.
LAMBERT
Que voulez-vous dire, monsieur?
GEORGES
Votre attachement pour M.ideleiqp, votre pitié pour son infortune vous égaient et tous fout entrevoir la possibilité de la réunir un jourà V ictor; je vous l’ai dit, monsieur, et je vous le répète, Victor de Francheville est marié.
andrê, jetant à terre son bâton et son chapeau, et venant se placer entre eux.
Et moi je dis que vous mentez, mou beau monsieur.
GEORGES et LAMBERT.
André!
ANDRE
Monsieur de Francheville est garçon, et un honnête garçon quou trompait à Taris, tandis qu’on trompait Madeleine ici.
le curé . regardant Georges.
Ah! monsieur!
andré . au Curé.
Je savais que vous aviez écrit à monsieur Victor, et voyant que vous ne receviez pas de réponse, voyant Madeleine si mal que vous en désespériez... sans rien dire n personne, j’ai pris tout de suite ma résolution, je me suis décidé à aller trouver monsieur Victor et je l’ai vu.
GEORGES
Vous avez osé...
MAGASIN THÊATRAL.
âRDli
Je me mis gêné pour ça... Je me doutais bien qu’il y avait quelque chose de louche, j'ai voulu «avoir à quoi m’en tenir... On intercepte une lettre, mais un homme, ça ne peut pas s’escamoter, j D’ailleurs, à Paris corame ici j’ai pris mes pré- , cautions... je ne suis pas entré dans I hôiel où il | pouvait se trouver des espions, j’ai attendu mon- j sieur de Francheville dans la rue et je lui ai dit 1 toute la vérité.
GEORGES
Comment?
Je lui ai dit que Madeleine était malheureuse, 1 malade, mourante à cause de son abandon. Alors [ il m’a répondu qu’il n’avait jamais songé a ce riche mariage dont on a tant parlé ici ; il m’a dit qu’il avait écrit à Madeleine, et que sans doute ou était parvenu à intercepter scs lettres comme on a intercepté la vôtre, monsieur le curé. Il a ajouté qu’il aimait Madeleine, qu’il l’aimerait toujours : que j’avais bien fait d’êire venu l’informer de tout ce qui sc passait; enfin, ii m’a engagé, en attendant son arrivée, à retourner bien vite rassurer Madeleine; il voulait même me dentier de l’argent; car, disait-il, tu n’arriveras jamais assez vite. Mais je n’ai rien accepté, je suis revenu comme j’étais parti, à pied, d’un vrai j train de poste. Ob ! on marche ferme, voyez-vous, 1 quand c’est le cœur qui fait aller les jambes.
Lambert, lut serrant la main.
Bien, très-bien, André l ( A Georges. ) Qu’aveivous encore à me dire, monsieur?
GEORGBS.
J’ai à vous dire que Victor se laisse égarer par : one passion insensée... Croyez-vous qu’il puisse ’ devenir l’époux de Madelciuei Jamais sa famille ti haut placée ne consentirait à une telle mésal- ; fiance; alors ce mariage se ferait donc au mépris de sa volonté. Songez-y, monsieur, puisque vous i vous intéressez à Madeleine, vous ne rallumerez | pas dans son cœur un fatal espoir; je dirai plus, il est prudent, indispensable même que Victor et Madeleine ne se voient plus, et c’est sur vous que je compte pour atteindre ce but. Je ne parle plus de la proposition que je vous ai faite tout à l'heure... Mais que Madeleine s'éloigne, qu'elle quitte ce pays où elle ne peut plus être heureuse; qu'elle choisisse la retraite qu elle voudra, et je j vous jure que les bontés de madame de Fraucheville assureront à jamais sou avenir. andré, à part.
Mielleux, va...
LAMBERT
Hélas I monsieur, Madeleine était digne d'*m 1 meilleur sort; je vois avec désespoir que pour nettreun terme à son malheur, il faudrait, comme vous le dites, apporter le trouble dans une noble famille, et de toute l’élévation de son âme, Madeleine refuserait de recourir à un semblable moyen. ! Aussi, pour ne point ajouter encore a un chagrin !
déjà trop violent, je lui tairai tout ce que vient de nous dire André, tout ce qu'il a fuit pour elle dans son généreux dévouemeut.
ANDRÉ
Comment, monsieur le curé!
LAMBERT
Oui, mon garçon, il ne faut pas lui parler de ton voyage à Paris.
ANDRÉ
Cependant...
LAMBERT. *
C’est moi qui t'en supplie.
andré, tristement.
Je me tairai, monsieur le curé, je me tairai. Lambert, d Georges.
Dés demain je parlerai à Madeleine; j’espère li décider à partir; je la conduirai dans le sein de ma famille, qui l’adoptera, et là, tout lui sera pardonné. car je dirai tout ce quelle a souffert. gbokgf.s, s'inclinant.
J’emporte votre promesse, monsieur; je vais la transmettre à madame de Francheville, qui, soyez en certain, s’empressera de sc joindre à vous pour assurer à Madeleine une existence calme et heureuse.
Georges salue respectueusement le Curé, celui-ci lui rend froidement son salut. André fait un mouvement de colère et d’ioipaticnce. Georges s’éloigne.