SCÈNE IX
LAMBERT, puis MADELEINE.
LAMBERT
La joie d’André, à la pensée du bonheur de j Madeleine, me déchirait l’âme... et je n’ai pris eu le courage de lui dire l'affreuse vérité... Madc leine! .... ô mon Dieu! pirdonnez-moi, car j’ai douté parfois de votre souveraine justice!... ; Madeleine ne méritait pas sa destinée, et aujourd’hui... lotit à l'heure... i! me semblait que la preuve de son innocence allait m'être donné;»!... Oui... dans les regard». . dans les accents de la baronne de Franchcville... il y avait plus que de la douleur... il y avait un remords. . « Vous ne savez pas tout, disait-elle... Madeleine .. • Puis, à la vue de monsieur Georges, sa voix s’est glacée, son front a pâli!... Georges... depuis la disparition de Madeleine, il n’a plus quitté la baronne; parti avee elle, il est revenu avec elle D’où peut donc naître l'empire qu’il exerce sur sa parente?... Pourquoi cette terreur qu’elle ; n'a pu mnUriser à son approche?... ( II va s’asseoir dans le grand fauteuil, à gauche.) Entre madame de Franchcville et cet homme, il y a un secret!. un crime, peut-être!... Ab! je reverrai la baronne!.. Je lui arracherai cet aveu | qui allait s’échapper de ses lèvres. . Mais ret aveu tardif ne réparera rien! .. Oh! je blasphème. Seigneur! si Madeleine est innocente* vous avez I veillé sur elle, . cor vous êtes bon et miséricordieux , Seigneur!... {En achevant ces mots, il a pris sur la cheminée un livre de prières 711'»/ ouvre. — A ce moment, une femme, couverte de bail- | Ions, s’arrête à la porte. Elle parait accablée de I fatigue A la rue du Curé, elle fait un dernier effort pour arriver jusqu'à lui. Elle approche et tombe à genoux en silence. Lambert l'apercevant et quittant son livre ) Mon entant, je ne suis pas riche; mais le peu que j'ai est aux pou vres. {Il lui donne une pièce de monnaie quelle laisse tomber à terre , et sans rien dire , elle prend la main du Curé et l embrasse en pleurant amèrement.) Pourquoi pleurez-vous? pourquoi baisez-vous ma main ? que voulez-vous de moi?
■ adrlkink, relevant sa tête.
Votre bénédiction avant de mourir.
lambrrt, jetant un crt et se levant.
Madeleine ! Madeleine i ci dans quel état, grand Dieu !... (Il la relève.) C’est bien elle! elle expirante de fatigue, de besoin peut-être !... Mettezvous là, mon enfant, mettez-vous la !... (Il la fait asseoir dans son fauteuil.) Oh! ne parlez pas avant d’avoir repris quelque force. Tenez... ( Il prend sur la chefninée un verre et un flacon) tenez, ceci vous ranimera. {Il lui en verse quelques gouttes.) Madeleine ! si quelqu'un l’avait reconnue l... (Il court fermer la portedufon
puis celle de l office. Revenant.) 11 ne faut pas qu'on vous voie.
Ces précautions sont inutiles... Je suis venue me livrer a mes juges... Rien ne m'attache plus à la vie, et je suis lasse de souffrir.
Madeleine, ne désespérez pas, mon enfant; les décret* de la Providence sont impénétrables! .. C’est la main de Dieu, peut-être, qui vous ramène ici au jour et à l'heure où un rayon de lumière brille à mes veux!...
Un seul espoir nie restait, et cet espoir je ne l ai plus.
LAMBERT
Quel était-il ?
Dans la retraite où vous m'aviez cachée, près delà vieilieet bonne parente aux soins de laquelle vous m’aviez confiée, une pensée m’était veuue : mon enfant existait! on lavait arraché de mes hras pour l’exposer, le perdre; mais on n’avait pu avoir l’horrible courage de l’égorger!... Cette pensée était devenue incessante. Le jour, la nuit, une voix secrète inc dirait î Va, cherche et tu retrouveras ton enfant. Je crus que cette voix était celle de Dieu, et je partis; je partis, n’emportant avec moi que le lambeau de ma mante, lambeau qui pouvait devenir un indice. Travaillant aujourd’hui. in^udianl demain, je parcourus toute U province. Deux fois, la tâche dépassant mes forces, je tombai malade., deux fois les portez d un hôpital s'ouvrirent pour moi!... Mais avee ma raison mon courage était revenu... J'nllais, cherchant, interrogeant, visitant tous les hospices d’enfants trouvés.’... Près de deux années s’écoulèrent ainsi... Alors le désespoir s'empara de moi; je compris que cet avertissement céleste n avait été qu'un accès de délire et que mon enfant était mort!... Dès re moment, la vie n’était plus pour moi qu'un insupportable fardeau. Mais avant de la quitter, j’ai voulu revoir le pays où je suis née, où je fus si heureuse, où j'ai tant souffert!... ht puis une dernière espérance m'a soutenue, vous revoir, tomber à vos genoux et baigner une dernière fois de mes larmes cette main qui avait béni mou enfant.
LAMBERT
Et cette main vous protégera, pauvre merel... Un pressentiment me dit que vous touchez au terme de votre douloureuse épreuve.
MATBUH1NK, en dehors .
Là ! le veut a encore fermé la porte!
LAMBERT
Mathurincl
AMuié, au dehors.
Attends, Mathurine, attends, je vas t’ouvrir.
La voix d’André I
LAMBERT
Oui, André est de retour depuis une heure à peine.
André avec vous, mon seul ami dans ce monde.
Oh ! je veux le voirl
Lambert.
Je vous en supplie, Madeleine, différez, différez encore de vous montrer a luil sa joie, son amitié trahiraient peut-être votre retour, et jusqu’à demain il faut que nul ne vohs soupçonne ici. * Madeleine, encore ce sacrifice, il le faut. Mais où vous cacher? cette chambre n’a pas d’autre issue. mathurink, en dehors.
Eh bien?
andré, au dehors.
Je ne peux pa* en venir a bout.
Lambert, courant au paravent.
Je vais les renvoyer; placez-vous là.
Vous le voulez?
LAMBERT
Je vous eu prie.
il fait asseoir Madeleine dan* 1« fauteuil et déploi* le paravent autour d'elle, de façon à la cacher aux yeux des personnages qui sont en scèue ; après, il va ouvrir.
vMivmvwv«wwwvwwv»ww>v WWH ' u wwwwvww