MATH CRINS
Tout de suite, monsieur le curé Venez-vous avec moi, André?
ANDRÉ
Non, non, j’ai à causer avec monsieur Lambert. Au revoir, Alalhurinc, au revoir.
LAMBERT
MaümriB» l
MATHURINE
Je suis partie, monsieur, je suis partie.
Elle sort.
Lambert, A André.
Mon ami, je te prie de remettre à demain le récit que tu as à me faire... Tu vois... je vais sortir.
ANDRÉ
Faites excuse, monsieur le curé... Mais tes jambes de Mathurine ne vont pas aussi vile que sa langue, et vous aurez le temps de m’écouter. C’est de ma petite confidence qu’il s'agit, et en m’écoutant c’est peut-être encore une bonne action que voua allez faire. Ce n'est pas de moi qu’il
•'agit.
LAMBERT
Parle ; je t’écoute.
ANDRÉ
Comme je vous le disais tout à l’heure, je ne suis pas arrivé seul au paya.. Si je regrette moins l’amour de Madeleine, c’est que quelqu’un m’aime à présent... si j’ai travaillé si fort depuis deux ans, si je suis heureux d’avoir amassé une petite fortune, c’est que ce travail, cette fortune profileront à quelqu'un...
MADELEINE, à part.
Bon André l il est heureux!... Oh ! je vous en remercie, mon Dieu!...
LAMBERT
Eh bien, mon ami, continue; mais hâte-loi!
ANDRÉ
Oh! vous savez que je ne fais pas de phrases... Mon histoire remonte à deux ans, juste à la nuit de mon départ... Après m’être assuré de l’arrivée de monsieur Victor, je voulus rattraper le temps que j’avais perdu, et pour couper court, je descendis le sentier du Diable, qui e*t abandonné de- ( puis longtemps à cause des éboulements; j'avais tout juste de quoi poser le pied... à droite, la montagne qui est coupée presque à pic; a gauche, le précipice qui n'a pas de fond, à ce qu’on dit; il faisait clair de lune, j’ai bon pied bon œil ; je marchais bravement, en regardant pourtant plus à droite qu’à gauche... tout à coup, à l’endroit où le chemin est le plus enfoncé, à l’endroit où on se trouve à plus de trente pieds audessous du sentier des .Bruyères...
MADELEINE, relevant la titC.
Le sentier des Bruyères 1...
Elle écouta
ANDRÉ
Je vois comme une petite masse blanche suspendue au dessus de I abîme et retenue par une touffe de bruyères... J’ suis pas poltron... mais l’heure, le lieu, ça n’était pas rassurant... Enfin j’approche, je regarde... et qu’est-ce que je vois?... un enfant !
MADELEINE, te l0VOSU.
Un enfant 1
LAMBERT
Mort!
MAGASIN THEATRAL
ANDRÉ
Du tout!... il étaii »i bien enveloppé qu'il ne s’était pas même blessé en roulant jusque-là.
LAMBERT
Mon Dieu !
Madeleine, portant la main à son front.
Mon Dieu !
ANDRÉ
Cet enfant avait dû être jeté là avec intention : je me dis: C'est quelque mauvaise mère qui aura fait ce coup la; alors, rua foi. je pris l’enfant, je l’emportai, je l’ai gardé... et il existe encore, Dieu merci !
Madeleine, sortant de derrière le paravent, qu’elle renverse à moitié.
Il existe !
ANDRE
madeleine, courant à lui.
Tu l’as sauvé, toi!... toi, André!
LAMBERT
Cet enfant était enveloppé d une mante.
Oui.
madeleine, lui montrant le lambeau.
D’une mante semblable a celle-ci?
ANDRÉ
Tout à fait semblable.
madeleine, tombant aux genoux d' A ndré.
C’est lui!... André, c’est mon enfant que tu as sauvé .. Mon enfant, emends-lu bien, mon ami, mon frère?... Sois béni dans le ciel!
Elle l'embrasse.
ANDRÉ
Son enfant !
LAMBERT
Oui, oui, son enfant.
Oùesl-il?... Conduis-moi. que je lo voie, que je l’embrasse!
ANDRÉ
Je crois que je rêve !
Réponds... où est-il?
ANDRÉ
A l’auberge où je suis descendu.
Viens !
Madeleine, je comprends voire bonheur, votre ivresse... mais, je vous en supplie, ne sortez pas d’ici I
Oui, mon père, je vous obéirai... Mais va, va, André!
ANDRÉ
Oh ! tranquillisez-vous, Madeleine; je vais vous I amener, cTenfanl... je vais vous le reudre!
LAMBERT
Hâte- toi I
Vole, cours!
ANDRÉ
Je cours... puis vous me direz, vous m’expliquerez... Oui, oui, Madeleine, je m’en vas... ( A part.) C’était l’enfant de Madeleine... c’est donc pour ça que je lairaais tant ?...
LAMBERT et MADELEINE.
Va, cours, héte-toi.
H sort en courant.