‹ Madeleine drame en cinq actesChapitre 67 sur 69 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Lesm&irs, MADELEINE, ANDRÉ.

LAMBERT, avec joie , en regardant George ».

Il ne savait rien 1

VICTOR

Madeleine ! oh ! je suis fou I Lambert, retenant Madeleine qui allait courir d Victor, à demi-voix.

Songei à ce que vous m’avez promis... un seul mot détruirait à l'avance ce qu’on m'a permis de tenter.

La porte se referme derrière Madeleine et André.

GEORGES , à part.

Vivante encore !

VICTOR

C’est bien elle!

LAMBERT

Oui... c’est Madeleine qu’un jugement inique a frappée... Madeleine a qui Dieu a rendu la raison... à qui les hommes vont rendre l'honneur. M me DE FRANCUKVILLE.

Oh ! je ne puis supporter sa vuel

GRORGES.

Éloignez-vous !

Lambert, la retenant du geste seulement

Demeurez, madame... votre témoignage pourra venir en aide à la défense.

VICTOR

Madeleine devant moi ! Madeleine que j’ai tant pleurée... et c’est elle qu'on veut que j’accuse... (Il reprend le dossier et regurde s’il est bien possible que ce soit Madeleine qu'il ait d accuser. Oh! c’est impossible! si vous l'avez amenée ici,' monsieur Lambert, c’est qu’elle peut se justifier.. madeleine , tombant à gmoux.

Oh! je suis innocente, Victor! innocente!...

victor, la relevant.

Et cette fois tu n’es pas en délire... et cette fois

tu me donneras les preuves de cette innocence... à laquelle mon cœur croit déjà...

lambrrt, se plaçant entre Victor et Madeleine , qu'il relève.

Monsieur de Franchcvilie, Madeleine est accusée... elle est devant son juge et prête à répondre.

VICTOR

Son juge, moi!

LAMBERT

Voulez-vous laisser à un autre la noble missi". u d’arracher Madeleine a l'infamie qui l’enveio; ; encore? voulez-vous donc qu'une autre \ni\ • la vôtre la proclame innocente et martyre?

Non... non... monsieur Lambert!... vous avez raison! cette tâche, qui m'épouvantait, je l’accepte à présent! le ciel me donnera la force de la remplir.

Lambert, à Georges.

Et vous, monsieur, acceptez-vous aussi?

GEORGES . à part.

Hésiter maintenant serait une faute. [Haut.) Monsieur Lambert, en combattant l’amour de celte infortunée... j’ai bien involontairement causé son malheur, et je trouve dans cette pensée un motif de plus pour me vouer à sa défense.

M 10 * DR FRANCHBVII.LB, bai.

Quoi ! vous oserez... •

GEORGES , bas.

Silence, madame.

victor , à part.

O mon coeur! ne bas pas si vite: ô mi raison 1 ne m’abandonne pas! Haut t après s être assis.) Madeleine! ainsi que l'a dit monsieur Lambert, ne voyez plus en moi qu’un juge... et avant de paraître devant le tribunal , répondez à ce juge comme vous répondriez à Dieu!... ( ,>/oment de silence.) 11 y a deux ans, quand je vous interrogeais avec des prières et des larmes... votre raison était perdue.. .Mon fils est mort, me disiezvous... mort... notre pauvre enfant!...

11 s'arrête pour étouffer un sanglot. Madeleine fait un mouvement et va répoudre, le Curé lui saisit vivement la main.

LAMBERT, bas.

Madeleine! soyez prudente 1

victor, continuant.

Dans votre délire, vous parliez de meurtre... Mais vos paroles vagues et insensées n’expliquaient rien... ne précisaient rien... aujourd’hui, si vous avez bravé l’arrêt qui vous a frappée par contumace... si vous venez vous remettre en présence des magistrats, c’est que vous avez une lumière nouvelle à faire briller à leurs yeux... Si vous venez leur dire: «Je suis innocente, » c’est que vous pouvez aujourd’hui leur en donner la preuve... Parlez, Madeleine, parlez... votre juge et votre avocat vous écoutent.

LAMBERT, bas, à Madeleine.

Du courage, ma fille; cette épreuve sera la dernière.

GEORGES , à part.

One va-t-elle dire?

MADAME DE FRANCHKV1LLB, à part.

Je tremble.

madelruvb, qui a rassemblé ses forces.

Le soir de votre arrivée... certaine, d’après ce que m’avait dit André, que vous m'aimirz toujours, je résolus d’aller au château; je voulais mettre notre fils sous votre protection, notre fils dont ce soir-là même on devait me séparer... Arrivée au milieu du sentier des Bruyères... J’entends marcher derrière moi... Un homme me suivait... je hâte ma marche... il presse la sienne .. Mon cœur battait d’effroi... bientôt les forces me manquent... Je m’arrête... l'homme qui me suivait s'arrête aussi... Je m* retourne... A la clarté de la lune, je m’aperçois que la figure de cet homme est enveloppée d'une étoffe noire... Je jette un cri d'effroi, et tandis que d’une main il me ferme la bouche... de l'autre il veut m’arracher mon enfant... Alors commence une lutte horrible; le danger m’avait rendu mes forces... j'avais ce courage du désespoir que Dieu donne aux mères; je défendais mon enf.rnt La mante dans la-

quelle il était enveloppé se déchire, un coup violent me renverse... . Je tombai je n’y voyais

plus... je n’entendais plus... Combien de temps suis je restée ainsi, je l’ignore... Quand je revins à moi, j’étais folle...

Pendante** récit, le Curé et André n'ont pas quitté Georges des yeux.

andrr, bas, au Curé.

Il n'a pas bougé.

Lambert, bas , en lui montrant la Baronne qui défaille.

Non, mais regarde la baronne.

VICTOR

Kt cet homme. . ce misérable, quel était-il?

Je l'ignore ..

VICTOR

Eh quoi!... nul Indice?...

Sa ligure était voilée... et il n’a pas prononcé u»e parole.

GEORGES, à part.

Bien!... •

Lambert, à Georges.

Eh bien , que pensez-vous de cela , monsieur...

GEORGES

Monsieur Lambert, et vous, Madeleine, pardonnez-moi; je vais en apparence, pauvre enfant, vous accuser un moment... mais ce ne sera, j* I espère, que pour mieux vous défendre. Kst-ce donc là, Madeleine, tout ce que vous avez à nous •pprendre?... Je veux bien ajouter foi a ce que vous dites... mais ce récit est bien étrange...

On vous a pris votre enfant, vous l’affirmez, et vous ne pouvez donner aucun indice... où cher-

chera-t-on le coupable? Les juges qui tous interrogeront diront sans doute: « Tour croire à son existence, il faudrait au moins lui supposer un but; » etquel autre que vous, Madeleine, avait intérêt à faire disparaître votre enfant?

LAMBERT

Je vais vous le dire, monsieur.

Mouvement.

GEORGES

Vous!

Dan» la maison d’arrêt de Toulouse, oïi j’avais atvompaane Madeleine... un homme est venu à moi et s’est jeté a mes pieds, a J'ai commis une » faute, j’en subirai la peine, m’a t-il dit; mais il " est de plus grands coupable, que moi et qui ne » doivent pas non plus rester impunis. » Cet homme, c’est Baptiste Roussel.

Georges, avec effroi.

Baptiste!

ANDhé , d pari.

Ah ! il se trouble !

LAMBERT

Il m'a remis , en présence d’André, ce portefeuille. 1

Georges, à part.

Le mien !

LAMBERT

Donnez cela, ajouta-t-il, aux juges de Madeleinc... ne craignez plus pour elle et priez pour moi.

GEORGES

Ce portefeuille...

LAMBERT

Ouvrez-le, monsieur de Francheville.

VICTOR

Donnez, donnez.

Il ouvre le portefeuille.

Georges, d Lambert.

Monsieur, j'expliquerai le véritable sens des lettres et de l’acte contenus dans ce portefeuille. LAMBBHT.

Pourquoi vous défendre, monsieur? je ne vous accuse pas.

victor, lisant.

« L’acte que vous exigez de moi , Georges , le o voici. Pui&se le châtiment de ce que vous avez » fait ne retomber que sur vous ! Ma fille est souf- » frante ; on dirait que Dieu, dans sa justice,

* veut venger Madeleine.

* Caroline de Francheville n

MADAME DB FRANCHEVILLE , d part.

Crand Dieu!...

GEORGES, bas.

Laissez-moi répondre à tout.

VICTOR

« 15 octobre 1786. »

LAMBERT

Un mois après la disparition de l'enfant de Madeleine.

MADAME DK FRANCHEVILLE, d part .

Je me sens mourir.

MAGASIN THEATRAL

Victor, regardant Georget et madame de Francheville.

O mon Dieu!...

LAMBERT

Lisez l'acte maintenant.

victor, lisant.

« En reconnaissance d'un éminent service à b ' moi rendu par monsieur Georges Landier. mon » parent, je m'engage à lui donner ma main et b à partager avec lui la fortune qui doit me re- « venir à la mort de Victor de Francheville. •

01» ! je comprends tout maintenant !... {Au Curé en désignant Georges.) N'cst-cn pas lui qui a voulu tromper Madeleine... N’est-ce pas Caroline DubHloy, car je ne veui plus l'appeler du nom de mon pcre, n’esl-ce pas celte femme qui repoussait pour moi toute pensée d'alliance, pour mieux s'assurer mon héritage!... Et quand ils ont vu que par mon mariage avec Madeleine tout e-poir leur était enlevé, ils ont voulu l'empêcher à tout prit, ils n'ont pas reculé devant un crime!... Et je t’accusais, toi, pauvre mère!... et on t’a flétrie, condamnée... Oh! relève la tête, noble martyre ! la honte qu'ils t’avaient jetée au front retombera sur cuxl... Je te vengerai, Madeleine, je vengerai ton enfant, car les bourreaux de notre (ils, les voila ! les voilà !

madame de FRA!tciiEviLLE, échappant à Georges,

gui lui a saisi la main et chercha A l'em-

pècher de parler.

Laissez moi! laissez-moi!... Ah ! Victor...

GEORGES

Arrêtez !

MUUME DK FRANCHEVILLE. tombant à genoux entre Victor et Madeleine.

Maudisscz-moi tous les deux, mais ne m’ac-

ciisez pas de meurtre Entraînée, égarée par

cet homme, j’ai consenti à ce qu'il assurât à ma fille la fortune des Francheville... C’est lui, Madeleine, lui qui t’a pris ton enfant... Mais il ne l'a pas tué.

VICTOR

Il existerait?

MADAME DR FR A7ICU RVILLE.

Il ne l'a pas tué, je vous le jure !

LAMBERT

Comment le savez- vous?

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