‹ Mademoiselle ClaironChapitre 19 sur 70 · HÉRACLIUS · texte numérisé non relu

HÉRACLIUS

9 — — L'Orphelin DE LA Chine.

29 — — Manlius

2 mars — LOrphelindela Chine.

11 — — Ariane

14 — — héraclius

tévner 9 fois.

mars 3 fois.

A ce relevé des représentations à la Comédie-Française, qu'a l'obligeance de me communiquer M. Monval, il a bien voulu joindre le relevé des représentations à la cour.

M"^ Clairon a joué 18 fois à la cour, dans l'année théâtrale 175o-17o6, 1 fois à Fontainebleau (6"= voyage) et 9 fois k Versailles (5", 12«, 14e et 160 voyages de la première série;.jc,9Cj lie, 17e et 24o de la 2^ série).

Fontainebleau, 9 octobre 17o3, L'Orphelin de l.i Chine. Versailles, 6 novembre — Bajazet.

— 4 décembre — Héraclius.

— Il — — Didon.

— 18 — — Ariane.

— 22 janvier 1756, L'Orphelin delà Chine.

— 5 février — Manlius.

— 12 — — Electre.

— 4 mars — Inès de Castro.

— 1" avril — Iphigenie en Aulide.

— Quoi ! c'est [vous . monsieur le Maréchal I Eh, bon Dieu ! quelle belle dame, ou quelle pressante alTaire vous fait donc sortir si matin ?

Je suis monté en carrosse, à neuf heures... Je viens du fond du Marais... J'ai besoin de vous. Je donne ce soir un spectacle à la duchesse de Grammont, elle amènera sa société... son frère

i. Ce morceau, intitulé, dans les Mémoires de JM"" Clairon, /// Robe ou la visite de M. le maréchal R... (Richelieu), est si bien troussé, il donne, sur une note si vraie, le ton de familiarité princière de la grande dame avec la comédienne, que je rini])rime tel qu'il est, sauf quelques très légères suppressions. Puis, je l'avoue, je retrouve, dans ce petit morceau de littérature, tout à fait la manière de conter de Diderot, et avec les bonnes relations qui existaient entre la tragédienne et l'eucyclopédiste, et l'intimité de Mei'ster dans la maison de Clairon et dans la maison de Diderot, il n'y aurait rien d'étonnant, qu'au plaisir éprouvé par l'écrivain au récit de cette visite, faite par M"e Clairon ou même par Meister, il ait été moi'du du désir d'en faire vivre le récit, en sa prose vive, alerte, et si joliment dialoguée.

viendra; je sais qu'il vous aime, que vous êtes fort bien dans cette cour : je viens vous prier d'orner nfia fête!

— Vous me dites des choses de l'autre monde... Il n'y a pas quatre jours, vous étiez comme des chiens enragés... Quelle est donc la cause de cette étonnante révolution ?

— Oh! je n'ai pas le temps de vous conter tout cela, j'ai trop d'affaires. On doit se rassembler à cinq heures et demie, pour commencer le spectacle à six heures. Je voudrais bien que vous puissiez venir avant, j'ai promis d'arrêter la feuille des gratifications ! Comme vous connaissez mieux que moi, ceux qui en méritent, vous me ferez cette distribution, et ce soir, vous emporterez la feuille, que LaFerté fera copier pendant le spectacle.

— Je suis désolée, monsieur le maréchal... il est hors de mon pouvoir de sortir aujourd'hui.

— Pourquoi donc?

— Je suis malade.

— Cela n'est pas vrai, vous avez le meilleur visage possible.

— Il est pourtant très vrai que je souffre beaucoup, et j'ai d'ailleurs des études pressées.

— Mauvaises raisons... Je sais qu'on ne prépare rien de nouveau... C'ept à votre maudit

146 MADEMOISELLE CLAIROxN,

amour que vous voulez donuer votre Journée.

— Valbelle n'est point à Paris.

— Eh bien ! c'est donc quelque autre.

— Yous m'impatientez; mais pourquoi vouloir que j'aille à votre spectacle?

— Premièrement cela vous amusera. On donne deux opéras comiques charmants, chantés par la petite Necelle!... Et vous causerez avec M. de Choiseul, que vous ne haïssez point.

— Bah! sa sœur y sera.

— Il est près de midi ; au nom de Dieu, venez, ou je me brouille avec vous.

— Puisqu'il faut vous dire la vérité, je n'ai point de robe.

— Vous badinez?

— Hélas, non !

— Vous avez la plus belle garde-robe possible.

— Je ne l'ai plus, le peu de recette que nous faisons m'a forcée à vendre la plus grande partie de mes robes et de mes bijoux, et tout le reste est en gage ; je n'ai pas un vêtement avec lequel j'osasse me montrer, surtout dans une fête.

— D'honneur?

— D'honneur.

— Vive l'amour, c'est une belle chose. Quoi! pas même une robe noire.

— Une robe noire? Si fait!

— Ah! je respire... vous pouvez tuer un de vos parents, sans que personne s'en doute.

— J'en convions, mais je n'ai point de compagne.

— Prenez M"* d'Epinay^.. Elle est avertie, elle viendra vous prendre à quatre heures.

— J'irai.

— Parole ?

— Je vous le promets.

— En vérité, vous êtes charmante. A tantôt.

A peine placée, M"* Clairon voyait arriver la duchesse de Grammont, conduite par le maréchal de Richelieu, M. le duc de Choiseul donnant la main à la duchesse de Lauraguais, et le duc de Gontaut à la duchesse d'Egmont. En passant, la duchesse de Grammont fit : Ah! voilà Mademoiselle Clairon ! de sa formidable voix, de cette voix qui fit croire à la comédienne que la duchesse était d'une colère horrible delà voir là, — ce qui lui donna la migraine.

1. Pierrette-Hélène Pinet, dite d'Épinay, maîtresse de l'acteur Mole, qui l'épousa en 1769, et qui se trouvait sans doute, dans le moment, la maîtresse du marquis de Val belle, le frère de l'amant de Clairon.

Le spectacle fini, M"*" Clairon montait dans ic cabinet du maréchal, où elle trouvait sur le bureau tous les papiers, dont elle avait besoin, et se mettait à travailler, entendant la conversation du salon d'à côté, parles portes du cabinet, toutes grandes ouvertes. A la fin, s'impatientant de ne pas voir finir la séance, elle venait de temps en temps regarder à la porte, si on ne s'e n allait pas. M'"' la duchesse s'aperçut de ce manège, etayant appris parle maréchal de Richelieu que c'était M"*' Clairon, entrain d'arrêter les gratifications, dit : Je serai bien aise de la voir; faites-la venir.

M^"^ DE CiRAMMONT.

Je suis bien aise de vous voir. Pourquoi n'éliez-vous pas avec nous?

Je ne me flattais pas, madame, du bonheur d'être désirée ; votre ordre seul pouvait me donner l'idée de me présenter.

Page 1