CINQUIÈME ACTE DE MÉDÈE
Gi'Ctvure donnée par le Roy à Mademoiselle Clairon, exécutée d'après le tableau original de M. Carie Vanloo, premier peintre du Roy et Chevalier de son Ordre. Par Laurent Cars et Jacques Beaurarlet, graveurs du Roy.
A Paris, chez Beauvarlet, rue Saint-Jacqties vis-à-vis celle de Malhttrins
C'est la grande estampe, dont le tirage demandait une feuille de papier grand aigle. L'œuvre de Laurent Cars, du Cabinet des Estampes, contient une épreuve avant la lettre. Une autre épreuve avant la lettre, encadrée dans un magnifique cadre sculpté, est conservée au petit foyer de la Comédie-Française.
Le Roi ne faisait pas seulement cadeau à
MADEMOISELLE CLAIROX. 49?
M"^ Clairon d'un cadre de oOOO francs pour son portrait; il ordonnait qu'il fût gravé à ses dépens, et faisait cadeau à l'actrice de la planche et des produits qu'elle devait procurer. Mais c'est toute une histoire que la gravure de ce portrait, où la tête de Médée-Clairon, au dire de Wille, fut effacée et recommencée quatre fois. Dansle principe, ce fut Jardinier, auquel avait été réservée la gravure de la tête, et elle était terminée, lorsqu'un jour — c'est le PhilotecJine français^ qui parle — Clairon rendit visite à l'artiste, guidée par un talon rouge, qui déclarait qu'il manquait à son portrait un certain enjouement, un je ne sais quoi... El la brochure faisait dire par M"* Clairon à Jardinier « qu'ajant tant entendu parler de son mérite et de ses talents, et de son goût pour le beau sexe, elle s'étonnait qu'il ait eu le malheur de la rater ». A quoi Jardinier repartit vivement : « Madame, vous êtes en vérité la première, et je ne me souviens pas d'une pareille catastrophe. » La tragé-
1. Petite brochure sur l'art français des plus rares et des plus instructives. Voici le titre : le Philotechne frcmçais on Piecueil d'éloges et de critiques et d'anecdotes remarquables sur les artistes qui se sont distingués dans ce siècle, par M. R... A La Haye et se trouve chez Durand le neveu, rue Saint- Jacques, 1766. — La brochure dit que le graveur Jardinier" peint en miniature et au pastel, est bon musicien, joue de plusieurs instruments, chante avec autant de goût qu'il danse.
dienne, piquée, retirait la planche à Jardinier.
Le travail de Jardinier effacé, la planche était reprise par Cochin, et mise au point où on la voit dans un certain nombre d'épreuves d'un morceau de la planche, représentant la Clairon jusqu'au genou, le bras droit coupé à la naissance de la main, et la tête seulement recouverte d'un travail d'eau-lorte.
Il y aurait même un graveur inconnu, qui aurait préparé, avant Cochin, ce portrait, car une épreuve d'une pointe très légère, et aux vigueurs non accentuées de ce fragment de gravure, conservé au Cabinet des estampes, porte : Celle-cy est.je crois, celle avant que M. Cochin ri y touchât.
Au fond, Cochin qui n'était qu'un aquafortiste et pas un burineur, et qui était paresseux; et incapable de l'effort que demandait cette gravure, allait trouver, en compagnie de Clairon, Wille, qui raconte ainsi son entrevue avec l'actrice, à la date du 2 février 1763 :
« Le 2, M"" Clairon accompagnée de Cochin vint chez moi. Ils firent, tous deux, tout ce qui est possible pour m'engager à faire le portrait de cette fameuse actrice, dans la grande planche que grave M. Cars, d'après Yanloo... Je me suis défendu longtemps, malgré les discours séduisants et les éloges de l'un et de l'autre. La plan-
che resta chez moi, mais le lendemain j'allai chez M. Cochin, lui représenter qu'il m'était impossible de faire la tête, à cause de ma vue trop courte pour atteindre au haut de cette planche, et le résultat fut que je lui renvoyai la planche, au retour de chez moi. »
Enfin, les Mémoires secrets disent, à la date du 19 août 1764, que tout le monde court après la nouvelle estampe qui coûtait un louis.
Et au mois de mars 1773, à la vente de M"" Clairon, se vendait 900 livres, sous len" 286 : « La planche gravée d'après le tableau de Carie Vanloo, par Cars et Beauvarlet, qui représente >P^ Clairon dans le rôle de Médée, avec une douzaine d'épreuves au plus, qui se trouvent rester de l'impression qui en a été faite ^ »