‹ Mademoiselle de belle-isleChapitre 37 sur 39 · Partie · texte numérisé non relu

Partie

Pour sa terre, où elle est exilée.

MUe DE BELLE-ISLE.

Exilée?

d'aubigny.

M. le duc de Bourbon, en tombant, l'a entraînée dans sa chute... Vousjne demandez là deschoses que vous savez aussi bien que moi...

Mlle DE BELLE-ISLE.

M. le duc de Bourbon n'est plus ministre?

d'aubigny.

Non, Gabrielle, et votre père va être libre.

Mlle DE BELLE-ISLE.

M. le duc de Bourbon n'est plus ministre ?

d'aubigny.

Depuis hier midi.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Sur votre honneur... ce que vous me dites-là, Raoul, est-ce vrai?

d'aubigny.

Que vous importe?

Mlle DE BELLE-ISLE.

Raoul ! je vous demande, sur votre honneur, si M. le duc de Bourbon est ou n'est plus ministre? d'aubigny.

Il ne l'est plus.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Mais je puis tout vous dire alors ; car je suis dégagée de mon serment.

Vous I

Mllc DE BELLE-ISLE.

Oui, moi... Ah ! Raoul! nous sommes sauvés !

D'AUBIGNY

Sauvés !

Mlle DE BELLE-ISLE.

Oui.... cette nuit... Ah! que je suis heureuse !

d'aubigny.

Eh bien! cette nuit...

Mlle DE BELLE-ISLE.

Cette nuit, munie d'une lettre de MmedePrie, je suis partie dans sa voiture. Cette nuit, pendant laquelle tu croyais que je t'avais trompé, malheureux! cette nuit! je l'ai passée dans les bras de mon père, que je n'avais pas vu depuis trois ans, tu le sais... Et si tu en doutes, Raoul... mon père, oui, mon père lui-même te jurera sur ses cheveux blancs que je dis la vérité. d'aubigny.

Taisez-vous! taisez-vous!...

MAGASIN THEATRAL

Mlle DE BELLE-ISLE.

Voilà la cause de mon trouble, voilà pourquoi, pour la première fois, je te pressais de me quitter ; voilà pourquoi, enfin, je n'ai rien pu te dire : c'est que j'avais juré à la marquise, qui m'avait donné cet ordre à l'insu du duc de Bourbon, que, tant que M. le duc de Bourbon serait ministre, je lui garderais ce secret qui pouvait la perdre et causer la mort de mon père. Dix minutes après que vous eûtes quitté cette chambre, j'étais partie... et j'y revenais seulement lorsque vous y êtes entré.

D'AUBIGNY

Oh!

Mlle DE BELLE-ISLE.

Eh bien! vous le voyez, c'est vous qui êtes le coupable, et c'est moi qui suis le juge... car rappelez-vous ce dont vous m'avez accusée ; rappelez-vous ce que vous avez cru ; rappelez-vous les paroles terribles que vous m'avez dites à moi, à votre Gabrielle. Savez-vous que, quand vous avez été parti, lorsque je me suis sentie chancelante, loin de mon père et loin de vous, mon seul et dernier appui, savez-vous que je me suis crue abandonnée de Dieu même, et que je me suis demandé si mieux ne valait pas mourir?

d'aubigny.

Gabrielle! Gabrielle!...

MUc DE BELLE-ISLE.

Oui, car puisque vivante je ne pouvais plus me justifier, peut-être du moins auricz-vous cru ma mort! peut-être vous seriez-vous dit alors : Puisqu'elle est morte parce que je voulais la quitter, elle m'aimait donc, et si elle m'aimait, elle n'avait pu me tromper. Eh bien! maintenant, est-ce vous qui me pardonnez, ou est-ce moi qui vous pardonne? Non, c'est vous qui m'aimez, c'est moi qui vous aime. Oublions le passé, l'avenir est à nous! l'avenir, tout entier renfermé dans deux mots : — Je t'aime toujours ; m'aimes-tu encore ?

Assez, assez ! mais alors , dites-moi, car j'ai eu un instant la tête perdue, et voilà que tout me revient... si vous n'étiez pas ici, si vous étiez à Paris... tout ce qu'a dit cet homme était donc faux, il mentait donc ce duc! c'était donc un infâme ! Ob ! {Il regarde la pendule, qui sonne huit heures et demie.) Et une demi-heure seulement pour le trouver, pour me venger de lui!... Une demi-heure ! rien qu'une demi-heure ! Oh ! mon Dieu! mon Dieu!

Il se précipite vers la porte, Gabrielle l'arrête. M,le DE BELLE-ISLE.

Raoul, je ne vous comprends pas. Je suis là ; je vous dis que je ne suis pas coupable ; je vous le prouve; je vous répète que je vous aime ; et, au lieu de me répondre, vous pensez à cet homme! mais laissez cet homme, méprisez ses calomnies ;

' obtenons la grâce de mon père, ce qui sera facile maintenant, puis quittons Paris et retournons en Bretagne; soyons heureux!

d'aubigny.

Heureux, Gabrielle?... heureux!... oh! vous ne savez pas, à votre tour !... vous ne savez pas!...

Mlle DE BELLE-ISLE.

Quoi donc?

d'aubigny.

Laissez-moi sortir, laissez-moi le retrouver | avant neuf heures.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Vous ne sortirez point, Raoul... Je ne sais pas ce que vous voulez dire , je ne sais pas ce que vous voulez faire... mais vous resterez. Oh! je vous dis, moi, que vous ne passerez pas cette porte. J'appelle, je crie.

d'aubigny.

Oh! mourir, mourir dans un pareil moment, mourir assassiné!... c'est impossible!

Mllc DE BELLE-ISLE.

Mais que dites-vous donc ?

d'aubigny.

Oh! Gabrielle! Gabrielle! viens ici... Dis-moi bien que tu m'aimais, répète-le-moi encore... C'est ma faute, aussi!... je n'aurais pas dû méfiera mes yeux; j'aurais dû douter de moi-même plutôt que de toi! mais je t'ai crue infidèle : j'ai cru qu'il fallait renoncer à toi pour toujours ! hélas ! mon Dieu , si tu m'avais cru infidèle, qu'auraistu fait, toi? tu aurais voulu mourir, n'est-ce pas?... voilà tout! parce que tues une femme, parce que tu es un ange, et que tu n'aurais pas pensé à la vengeance , et que tu serais morte en pardonnant. Mais moi!... oh! moi, j'ai voulu me venger... j'ai été àcet homme, Gabrielle... je ne devrais peut-être pas te dire tout cela! mais je n'ai plus de force. Je l'ai provoqué : nous allions nous bailre.

MUe DE BELLE-ISLE.

Grand Dieu!

D'AUBIGNY

On nous a arrêtés : M. d'Auvray... il nous a fait donner notre parole: il n'y avait plus moyen de nous rencontrer qu'en expliquant devant un tribunal de maréchaux la cause de notre combat ! . . . et cette cause, c'était ton déshonneur, Gabrielle... Tu étais perdue, ou je ne me vengeais pas! alors je lui ai offert de jouer sa vie contre la mienne sur un coup de dés.

Raoul !

d'aubigny.

Il a accepté , car il est brave.

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