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de cet écervelé; il faut bien que je repêche ce monsieur , pour vous empêcher de vous noyer avec lui.
Marie se jeta dans les bras de son oncle , et se prit à pleurer.
— Allons , voyons , ne pleurez pas , ou si non je vais pleurer aussi ; calmez-vous, ma chère Marie, ne m'ôtez pas mon sangfroid , j'ai à m'occuper d'affaires ce malin , vous comprenez à merveille que je ne veux pas voir traîner le nom du mari de ma nièce, dans des études d'huissier. Je vais vous laisser avec M. l'abbé, qui ayant appris toutes les sottises de INI. Charles , n'a pas voulu vous abandonner à votre affliction , sans essayer de l'adoucir. Pendant que vous allez causer ensemble , j'agirai, mes chevaux sont mis , je cours chez mon notaire; ne vous inquiétez pas, Marie,
quand vous me verrez de retour pour dîner, tout sera terminé.
Vous dînez avec nous, monsieur l'abbé.
L'abbé Barré accepta; puis le marquis de Polvil sortit et le laissa seul avec Marie. Tous deux restèrent quelques minutes silencieux, mutuellement dans l'attente, sans savoir qui devait commencer la conversation. Ce fut l'abbé Barré qui, voyant l'embarras de la vicomtesse de Baudrimont, s'y décida enfui.
— Il y a bien longtemps, ma chère entant, lui dit-il, que nous ne nous sommes vus. Jamais vous n'étiez ainsi restée près de deux années sans accomplir vos devoirs religieux. Il faut que quelque grand malheur vous soit arrivé. Dites , ma
cbère enfant, vous savez qu'il y a plus de miséricorde dans le Seigneur, que de péchés dans l'humanité; je suis venu aujourd'hui pour vous consoler de toutes vos peines , pour tâcher de guérir toutes les plaies de votre âme;.... n'auriez-vous plus confiance en moi, mon enfant?
— - Oh ! si , monsieur, j'ai confiance en vous; mais j'ai douté, pardonnez-moi ce doute, de la miséricorde de Dieu : et puis , faut-il tout vous dire , j'ai craint de ne pouvoir me repentir de la faute que j'avais commise , ou plutôt j'ai eu peur d'arriver à me repentir. Vous ignorez ce que ma vie a été depuis deux ans, vous, mon père, qui descendiez dans mon cœur, vous que j'y faisais lire; depuis deux ans ce cœur vous est resté fermé ; depuis deux ans , je ne suis pas allée vers vous; mais, aujourd'hui, les chagrins m'accablent, et c'est vous qui
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venez vers moi , vous m'apportez des consolations et vous ignorez la plus grande plaie de mon âme. Ecoutez-moi, mon père, écoutez-moi... Oh ! je suis bien coupable et bien malheureuse.
— Parlez, parlez, mon enfant, ma fille chérie; car moi aussi j'ai reçu de votre père mourant la mission de veiller sur vous, de garder votre cœur des embûches du monde. Et maintenant je reconnais ma faute, j'ai peut-être trop tardé à venir. Parlez, je vous écoute du cœur et des oreilles.
Alors Marie raconta tous les progrès de son amour pour Georges : elle dit son mariage malheureux et l'abandon dans lequel son mari l'avait laissée ; elle dit toutes les tristesses de sa solitude , et comment elle avait retrouvé Georges de Minville, et loutes^ses craintes pour lui pendant les trois
jours de bataille de l'année i83o. Enfin, elle arriva à leur dernière entrevue, et elle avoua les heures qu'ils avaient passées dans la solitude , et pendant le silence et l'ombre de la nuit, à se dire mutuellement leur amour.
— Hélas ! ma fille , vous avez été bien coupable ; mais vous ne l'avez pas été autant que je l'aurais craint : la main de Dieu vous a arrêtée sur le bord de l'abîme.
— Oh! oui , mon père , la main de Dieu et la générosité de Georges, qui n'a pas voulu profiter de ma faiblesse , qui n'a pas voulu me laisser le remords pour souvenir. Car moi, mon père, j'ai été aussi coupable qu'il est possible de l'être ; moi , je me donnais à lui , je consentais à tout ; moi , dans ce moment-là, mon père , je me serais damnée pour sauver Georges ou pour lui
accorder tout le bonheur qui dépend de moi. Pour Georges , mon père, je le sens , j'aurais renoncé à l'estime du monde, à la paix de mon âme.
— Vous aviez donc oublié , ma pauvre enfant , votre jeunesse si pieuse , et vos devoirs et votre Dieu ?
— J'avais tout oublié, mon père; un seul sentiment dominait en moi; je ne pensais qu'à une seule chose au monde, à l'amour que j'avais pour Georges.
— Hélas ! je vous plains ; votre vie a été bien éprouvée. Vous avez été , bien jeune , abandonnée au combat des tentations; mais vous pouvez tout réparer, mon enfant.
Vous pouvez revenir sur un passé qui ne vous laisse point de souillure. Je viens vers vous comme votre père , plus encore que