ÉPILOGUE
Cet épilogue fut probablement ajouté par Jacques lorsque son amour eut été agréé par Jane Sommerset et qu'il put espérer s'unir à elle. Dans ce dernier morceau, le poète revient parfois sur ce qu'il a déjà exprimé, et, comme tous les amants heureux, il ne tarit pas sur les qualités de sa bien-aimée. En abrégeant cette partie du poëme, nous ne pensons faire aucun tort à l'illustre prisonnier, et nous n'en détacherons que quelques traits qui pourront intéresser les lecteurs, ou au moins satisfaire leur curiosité.
X. — On me demandera sans doute, dit le poète, quelle nécessité il y avait d'écrire à propos d'un si mince événement. Je répondrai que celui qui, tout à coup, a été élevé du fond de l'enfer à la plus haute félicité céleste, a voulu, dans sa joie, faire un remercîment en six ou sept chants, parce que tout homme n'a l'esprit occupé que de ce qu'il éprouve de fâcheux ou d'agréable. Je ne vous en dirai pas davantage.
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L'une des strophes de cet épilogue , la quinzième, se termine par un vers qui, quelques années après se transforma en une espèce de prophétie. Il paraîtrait que lorsqu'elle fut écrite, les deux amants avaient pris des engagements sérieux pour l'avenir, mais que les geôliers de Jacques voulant irriter la passion du jeune prince, le privait parfois delà vue de sa maîtresse. C'est au moins ce que peuvent faire supposer les sept vers dont voici le sens ■:
XV. — Raconter en détail les circonstances qui ont amené l'adoucissement de mon triste sort, de mes chagrins, ce serait trop long ; j'y renonce, et ainsi je ne puis plus voir cette fleur qui est venue à mon aide avec un cœur si chaud, qu'elle a défendu son homme contre la mort{\).
Je n'omettrai pas non plus un trait charmant. Dans l'excès de la joie qu'il éprouve d'être aimé, l'amant heureux remercie l'Amour, Vénus, Minerve, la Fortune, le rossignol et la colombe porteuse de bonne nouvelle, et jusqu'aux murs du château de Windsor:
(1) And thus this floure I can seye no more, So hertly has unto my help attendit That from the deth man lias deffendit.
XIX. — Murs de ce beau château, s'écrie-t-il, où j'ai été enfermé, où j'ai maigri, je vous remercie ! Béni soit le jour bienheureux, cause de ma captivité ! Et vous aussi, frais et verts berceaux à l'ombre desquels se promenait celle qui devait guérir mon cœur, recevez l'expression de ma reconnaissance I
Après avoir terminé ses actions de grâces par celles qu'il adresse à la belle fleur qui a dissipé tous ses chagrins, le poëte s'adresse à son livre :
XXII. — Va, lui dit-il, petit traité, pauvre d'éloquence, et qui témoignes de la simplicité, de la faiblesse de mon esprit, va et prie le lecteur de supporter patiemment tes défauts.
Enfin la dernière strophe du poëme est un hommage rendu aux deux célèbres poètes anglais prédécesseurs de Jacques d'Ecosse.
XXV. — A Gower et à Chaucer, mes chers maîtres, observateurs des règles de la rhétorique, maîtres en moralité et en éloquence lorsqu'ils vivaient ici, je recommande mon livre en stances de sept vers, et mets les fautes qui s'y trouvent sous la protection bienveillante du ciel.
Amen .
Malgré la bizarrerie de la conception générale et la puérilité de plusieurs détails, cette composition a cependant un mérite rare en tout temps, mais plus
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particulièrement pour l'époque où elle a été écrite. Au lieu d'être purement imaginaire et de ne célébrer que des amours de convention, elle repose suides événements réels et devient l'expression sincère et passionnée d'un sentiment vrai et profond.
Les qualités qui brillent surtout dans les écrits des poëtes galants, tels que Thibaut de Champagne et Charles d'Orléans, sont la facilité, l'élégance du langage, le soin qu'ils ont pris de choisir les mots, d'arrondir les phrases, de leur donner du nombre, et d'éviter les inversions, en un mot de donner au style une limpidité et un agrément qui aident à l'intelligence du lecteur et charment son oreille. Pour les poëtes de cette école, qui remontent à Catulle chez les Latins, et n'ont pas cessé de briller en France depuis Guillaume de Lorris jusqu'au xvm e siècle, le sujet n'a jamais été qu'un accessoire subordonné au style.
Charles d'Orléans était né homme de lettres, académicien. Jacques d'Ecosse, au contraire, en véritable enfant de race teutonique, tient à son idée, veut faire passer dans ses vers toutes les nuances du sentiment qu'il a éprouvé, et moins pressé de
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plaire auxautres que de soulager son âme par l'expression complète et hardie de sa passion, il traite la plupartdu temps salangue comme une esclave chargéede rendre sa pensée. C'est au fond, et toute proportion gardée, la manière de Chaucer et de Shakespeare.
Dans le livre du roi, la langue est bien moins perfectionnée que celle de Cliaucer, qui écrivait un demi-siècle avant. Faut-il attribuer cette infériorité à un défaut inhérent au génie de Jacques, ou à l'imperfection du dialecte écossais dont il s'est servi ? C'est ce qu'un Anglais lettré seul pourrait décider.
Nous connaissons Jacques d'Ecosse amant et poëte; mais il y a encore en lui un homme remarquable par ses vertus, par ses talens ; un prince qui, une fois rentré dans ses droits, s'est rendu digne du trône par les efforts qu'il a faits pour rétablir l'ordre et répandre la civilisation dans son pays, dans cette Ecosse, si sauvage encore de son temps, où les grands de son royaume mirent fin à ses nobles entreprises par un lâche assassinat.
Il faut se reporter au temps où Robert III et son fils le duc de Rothsay étant mort*, et Jacques pri-
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sonnicr des Anglais, le duc d'Albany, après avoir brisé par ses crimes les obstacles qui le séparaient du trône, devint régent de l'Ecosse, où il exerçait un pouvoir absolu. On comprend qu'il ne s'empressa guère d'obtenir la délivrance de son neveu Jacques. Mais, malgré l'odieux caractère de cet homme, il faut cependant reconnaître qu'il gouverna l'Ecosse avec fermeté, assez de justice, et fit surtout preuve de sagacité politique.
C'est pendant sa régence qu'eut lieu, en 1415, la bataille d'Azincourt, qui amena aussi à Windsor le prisonnier dont nous avons déjà parlé, Charles d'Orléans. A ce moment Jacques, prisonnier depuis cinq ans, avait atteint sa dix-septième année ; dès que le roi d'Angleterre fut à peu près maître de la France, craignant que pendant son absence les Écossais ne tentassent des incursions et ne fournissent contre lui des troupes auxiliaires à Charles VI, il prit, comme otage à ses côtés, le jeune prince écossais, sous prétexte d'achever son éducation chevaleresque en le conduisant lui-même au milieu des combats.
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A cette époque, l'Ecosse voulait conserver sou indépendance. Décidée à tous les sacrifices pour se défendre, elle continuait d'entretenir avec la France une alliance pour résister à l'Angleterre, leur ennemie commune. A la première invasion de Henri V en France (4415), les Écossais ne vinrent pas au secours de leurs alliés, mais cinq ans après, à la seconde invasion cependant qui amena le traité de Troyes (1421) et mit la couronne de France sur la tète de Henri V, les Écossais, se réveillant tout à coup, pensèrent avec raison que de la soumission de la France à l'Angleterre résulterait nécessairement la perte de leur propre indépendance. Ils envoyèrent donc un corps choisi, de sept mille Écossais, sous le commandement du comte Bucan. Cette petite armée, jointe aux troupes françaises commandées par le maréchal de la Fayette, alla au secours de la ville de Baugé en Poitou, que le duc de Clarence voulait occuper; l'armée anglaise, forte de dix mille hommes, fut mise en pleine déroule, et Clarence qui la commandait resta parmi les morts. Ce fut le premier échec sérieux qu'éprouvèrent les Anglais.
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Cet événement prouva à Henri V qu'en retenant le roi d'Ecosse prisonnier il ne réussirait pas à empêcher ses sujets de secourir vigoureusement leurs alliés français; il changea alors de plan, et fit venir Jacques en France, pour employer son influence sur ses compatriotes à les détacher de l'armée du Dauphin. On dit même que Henri offrit au jeune prince de lui rendre la liberté et son royaume, sous la condition qu'il ordonnerait aux soldats écossais de suivre son étendard. Jacques répondit au roi d'Angleterre : « Je suis votre prisonnier, et comme tel je n'ai nul pouvoir sur mes sujets, de même qu'ils ne sont nullement tenus d'obéir à mon commandement. » La conduite que tint Jacques quelques années après, lorsqu'il rentra dans ses États, rend ce fait vraisemblable et prouve que toutes les précautions prises par les Anglais pour le faire entrer dans leurs intérêts n'avaient abouti qu'à le rattacher plus fortement à ceux de son pays.
Quand Jacques fut-il ramené à Londres? Cet événement eut-il lieu avant ou après la mort de Henri V, qui expira àVincennes en 1422? Ce sont des ques-
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tions auxquelles on ne trouve pas de réponse dans les historiens.
Nous voici donc ramenés en Ecosse, où nous allons voir rentrer bientôt Jacques rendu à ses sujets.
A la régence du duc d'Albany avait snccédé celle de son fils Murdac (1423). Celui-ci était aussi faible et négligent que son père avait été astucieux et actif. Non-seulement Murdac était incapable de gouverner l'État, mais il n'avait aucune autorité dans sa famille, et ses fils, méchants et libertins, le traitaient avec mépris et dureté. On prétend même que ce fut un acte d'insolence, exercé contre Murdac par son fils aîné, qui fut l'occasion de la délivrance de Jacques et de son retour en Ecosse. Le régent avait un faucon dressé pour la chasse, dont il faisait un cas particulier. Walter, son fils aîné, le lui avait demandé avec insistance, mais le père avait constamment refusé. Un jour que le régent portait son oiseau sur le poing, Walter renouvela ses iiftportunités, et ayant encore essuyé un refus, il enleva le faucon du bras de son père et lui tordit le cou. Murdac, indigné, dit : « Puisque tu ne veux conserver pour moi
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ni respect ni obéissance, je trouverai bien quelqu'un à qui il faudra que nous obéissions tous deux. » Et, de ce moment, le régent entra en négociation avec les Anglais pour obtenir la liberté de Jacques et le faire remonter sur le trône d'Ecosse.
Ce fut au duc de Glocester, frère du roi Henri V, tuteur du jeune Henri VI, et alors à la tête des affaires de l'Angleterre, que s'adressèrent plusieurs seigneurs écossais pour entamer cette négociation. La passion de Jacques pour Jane Sommerset n'était plus un secret pour personne, et le conseil, que présidait le duc de Glocester, fondait même sur cette circonstance l'espoir de réaliser enfin l'intention qu'avait eue le roi Henri IV, en retenant Jacques prisonnier, de rendre les intérêts de l'Angleterre et de l'Ecosse communs. On pensa donc à Londres qu'une alliance matrimoniale entre le prince écossais et une princesse anglaise établirait des relations pacifiques entfe les deux nations, et que Jacques remis sur son trône, renonçant à son alliance avec la France, cesserait de lui fournir des secours. Le conseil accueillit favorablement les propositions
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laites par les seigneurs écossais, et les conditions du traité furent réglées. La première était que Jacques épouserait une princesse anglaise, clause que le jeune prince ne pouvait manquer d'accepter; la deuxième, qu'il s'engagerait à ne plus envoyer de troupes en France ; la troisième était l'obligation de payer une rançon énorme pour subvenir aux frais causés par son séjour en Angleterre et pour celte excellente éducation au moyen de laquelle on se flattait de l'avoir métamorphosé en un véritable Anglais.
Jacques, satisfaire aucune observation, consentit à tout; il épousa sa bien-aimée Jane, et cette cérémonie accomplie, il partit avec sa femme pour l'Ecosse, où ils furent couronnés au mois de mai 1424.
Ici finit la partie poétique et romanesque de la vie de Jacques I er . Le voilà maintenant époux et roi, mais roi d'un peuple encore sauvage, et à la barbarie duquel se joignaient les vices et les désordres résultats d'un interrègne de vingt ans, pendant lesquels toute espèce d'administration avait été négligée.
La division de l'Ecosse par clans était alors l'exagération du gouvernement féodal établi dans presque
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toute l'Europe. Braves, fiers et sauvages, non-seulement les Ecossais se faisaient des guerres atroces de clan à clan, mais leurs chefs étaient toujours portés à s'insurger contre les princes qui gouvernaient le pays. Le désordre s'était accru dans d'effrayantes proportions depuis la mort de Robert III jusqu'à la fin de la captivité de son fils Jacques. Aussi, quand ce dernier rentra dans son pays, il fallut mettre fin à l'horrible anarchie qui y régnait.
Le soin le plus pressant était de payer à l'Angleterre la rançon promise, et, par l'acquittement d'une partie de cette dette, de rendre à la liberté les enfants de plusieurs grands seigneurs écossais retenus à Londres en otage. Ce rachat était un devoir sacré; le roi fut obligé de lever des impôts, et comme la perception s'en fit par l'intermédiaire des chefs de clans habitués à commettre des exactions et des violences, les population inférieures, sur qui les taxes pesaient, manifestèrent du mécontentement. Jacques, dont le cœur était droit et la volonté ferme, ne recula devant aucun obstacle.
La plupart des grands de son royaume étaient de
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véritables brigands; ils s'élançaient do leurs châteaux connue des oiseaux de proie, pour détrousser et même tuer les passants. Dans leurs accès de cupidité, ils faisaient subir les plus affreux traitements à leurs vassaux pour en obtenir ce qu'ils désiraient. Jacques voulut mettre un terme à ces brigandages et fit des exemples terribles. Une anecdote curieuse apprendra comment les hommes se gouvernaient entre eux, en Ecosse, vers le milieu du xv e siècle. Un chef de clan, du comté de Ross, nommé Macdonald, ayant pillé une pauvre veuve, cette femme, dans l'excès de son désespoir, s'écria « qu'elle irait demender justice au roi, qu'elle irait même à pied, jusqu'à Edimbourg s'il le fallait. — Le voyage est bien long, lui dit son bourreau, il faut que je te fasse ferrer. » En effet, sur l'ordre de Macdonald, un forgeron, ayant été appelé, cloua des souliers aux pieds de la veuve comme on ferre un cheval. Malgré cet horrible traitement, la courageuse femme se pansa, guérit, et, demeurée ferme dans sa résolution, alla à Edimbourg, se jeta aux pieds du roi et lui apprit comment elle avait été Irai-
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tée. Jacques, indigné, donna ordre aussitôt de poursuivre Macdonald. Arrêté avec douze de ses complices, le roi fit clouer des semelles de fer à leurs pieds et, après avoir été exposés dans cet état pendant trois jours, ils furent mis à mort.
En exerçant ces rigueurs nécessaires, Jacques dut repasser plus d'une fois dans sa mémoire le temps de sa captivité, qui fut effectivement le plus heureux de sa vie, alors qu'il voyait Jane badinant avec son lévrier, qu'il priait le rossignol de récréer sa maîtresse, et que, bénissant sa prison, il s'écriait : « Murs de Windsor, où j'ai été enfermé, où j'ai maigri, je vous remercie !!! »
3Iais il fallait être roi, et, tout en étant juste, se montrer aussi dur que les coupables. Au milieu des excès et des violences qui se commettaient alors en Ecosse dans toutes les classes, l'administration brutale et sanguinaire de la justice n'était que le contrepoids nécessaire opposé à la dissolution et à la férocité des mœurs; et ce ne fut que par une sévérité inexorable que Jacques I e ' parvint à établir un certain ordre dans son royaume. 11 forma d'abord une
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commission d'hommes intègres chargés de connaître des abus commis dans ses Etats, puis imposa des lois justes auxquelles tous ses sujets durent obéir indistinctement. Les plaintes qu'ils avaient à former les uns contre les autres furent portées devant des tribunaux chargés d'entendre les parties et de juger leurs différends. Des règlements pleins de sagesse fixèrent les droits de chacun de ceux qui exerçaient le commerce tant intérieur qu'extérieur ; et, pour mettre fin aux abus, aux vols même qui se commettaient dans les transactions journalières, il établit l'égalité des poids et des mesures.
De grands désordres s'étaient introduits dans les études ecclésiastiques; Jacques, guidé tout à la fois par la justesse de son esprit et l'excellente instruction qu'il avait reçue pendant sa captivité, dirigea luimême les améliorations qu'il fit apporter dans le régime des séminaires.
De toutes les plaies qui rongeaient l'Ecosse, la plus profonde, et par conséquent la plus difficile à guérir, était causée par la paresse, la débauche cl L'ivrognerie dégénérées en habitude dans tous les
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rangs de la société. Pour déraciner ces vices, le roi donna d'abord l'exemple d'une conduite irréprochable comme père de famille, fit régner la plus grande simplicité sur sa table et dans ses vêtements. Après avoir exigé que toutes les personnes dont il était entouré se conformassent en ce point à ses ordres, il rendit de sévères ordonnances pour mettre un frein à la débauche et aux habitudes de luxe que les Ecossais avaient contractées. Enfin, pour combattre la paresse et l'amour illicite du gain que les guerres intestines avaient en quelque sorte fait passer dans les mœurs, il fit venir des Flandres des ouvriers de toute espèce pour remettre l'industrie et les fabriques en vigueur, et donner aux classes pauvres les moyens d'apprendre à travailler et à gagner honorablement leur vie.
Jacques réussit assez bien à régulariser les habitudes et à adoucir les mœurs du peuple proprement dit, mais il ne fut pas aussi heureux dans une entreprise plus difficile, qu'il regardait cependant avec raison comme la plus importante pour la pacification et le bien-être de son royaume, celle de diminuer
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le pouvoir des chefs de clans. Chacun d'eux gouvernait ses domaines en véritable monarque, faisant constamment la guerre à ses voisins et allant souvent jusqu'à attaquer le roi lui-même. Soutenu par son amour inflexible de la justice, Jacques, pour consolider les institutions au moyen desquelles il avait comprimé les vices des classes inférieures, attaqua le mal à sa racine et déploya une sévérité extraordinaire envers les plus hauts personnages du pays. Un assez grand nombre d'entre eux furent traduits en justice, et comme on les reconnut coupables d'exactions et de meurtres, le roi ratifia les sentences qui les condamnaient à mort et ordonnaient la confiscation de leurs biens.
Les nobles ne manquèrent pas de jeter feu et flamme à ce sujet. Pour le malheur de Jacques il fut en ce moment forcé de lever des taxes précisément pour faire face aux dépenses qu'occasionnaient les frais de la justice et des autres institutions destinées à maintenir l'autorité du trône. Le peuple écossais était pauvre, et avait d'ailleurs perdu pendant la régence l'habitude de payer régulièrement des impôts. Les
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nouvelles taxes l'indisposèrent, et les nobles, profitant de ce mécontentement populaire, désignèrent à leurs vassaux le roi Jacques comme un homme avare et cruel.
A ce levain de discorde intérieure se joignirent bientôt des difficultés venant du dehors. Jacques poursuivait toujours son but de rendre l'Ecosse indépendante de l'Angleterre. Malgré les promesses qu'on lui avait extorquées à Londres, il entretenait des relations amicales avec la France. Non-seulement il ne rappela pas les troupes écossaises au service de Charles VII, mais il envoya de nouveaux renforts à ce prince que Jeanne d'Arc avait fait couronner à Reims ; il ne craignit même pas d'irriter le ministère anglais en accordant sa fille Marguerite en mariage au Dauphin de France. Aussitôt entra en Ecosse une armée anglaise qui fit d'abord beaucoup de dégâts, sous la conduite du comte de Northumberland, mais qui bientôt après fut battue à Popperden par Guillaume de Douglas, et obligée de se retirer. Doublement irrités de celte défaite et du mariage projeté de la princesse Marguerite avec le prince français, les
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Anglais envoyèrent une flotte sur les cotes pour enlever la jeune fiancée; mais plus heureuse que son père, elle échappa au danger. Le bâtiment qui la portait, ayant fait le tour de l'Ecosse, évita l'escadre anglaise et aborda heureusement à la Rochelle, d'où la princesse fut conduite à Tours. C'est là qu'elle épousa le Dauphin, qui devint roi sous le nom de Louis XI.
Cette jeune Marguerite, qui mourut cinq ans après son mariage, avait sans doute été élevée dans le goût des lettres par son père ; c'est elle qui, rencontrant le secrétaire de Charles VII, son beau-père, le poète Alain Chartier, endormi, « baisa » disait-elle aux courtisans qui souriaient de son action, « non pas l'homme mais la bouche qui avait prononcé tant de belles choses! »
Mais c'est en vain que nous cherchons à retourner vers la poésie; en revenant à Jacques roi, nous retombons dans les embarras ^H'im règne glorieux, mais pénible, qui devait se terminer d'une manière tragique. Malgré son désir, Jacques ne put acquitter envers les Anglais le prix eiilier de sa rançon; ses
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revenus avaient été tellement amoindris par le faste et les désordres des régents, et la pauvreté du peuple rendait la levée de taxes si difficile, qu'il ne put jamais payer aux Anglais que le tiersàpeine desadette. Continuellement harcelé par l'Angleterre, qui réclamait la rançon à main arméo, et par la noblesse écossaise, fière, turbulente, divisée d'intérêts, et profondément irritée des sévérités que l'on exerçait contre elle, Jacques était sans cesse en proie à une activité fiévreuse. Les grands, toujours en querelle entre eux, s'accordaient cependant en un point, celui de se défaire d'un maître dont le gouvernement ferme leur avait ôté cette indépendance criminelle dont ils avaient tant abusé. Leur haine devint telle, qu'ils tramèrent contre le roi une conjuration, dont l'un des plus puissants, sir Robert Graham, fut l'instigateur et le chef. Retenu assez longtemps en prison pour quelques-uns de ses méfaits, cet homme, à la fois ambitieux et cruel, portait une haine profonde au roi. Pour assurer le succès de son projet, il enrôla un assez grand nombre de montagnards pour l'aider, leur disait-il, à enlever une femme. Cette première
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précaution prise, il s'assura ensuite de la coopération du comte d'Athol, oncle de Jacques, en lui promettant de proclamer sir Robert Stuart, son fils, roi d'Ecosse, lorsque leur prejet serait accompli. Ces préparatifs, ces conciliabules avaient lieu dans les montagnes, d'où Graliam eut la hardiesse d'envoyer un défi au roi, en lui signifiant que s'il n'y répondait pas, il irait le tuer. La tête de Graliam fut mise à prix; mais, retranché dans le haut pays, on ne pouvait l'atteindre ; il y attendit le moment propice pour satisfaire sa vengeance.
Jacques assiégeait vivement la ville de Roxburg, défendue par les Anglais, lorsque les bruits de la conjuration étant parvenus aux oreilles de Jane, cette tendre épouse se hâta de prévenir le roi des dangers qu'il courait, afin qu'il levât le siège de Roxburg cl rentrât à Edimbourg. Le jour de Noël approchait, et Jacques l'avait choisi pour donner une fête dans la ville de Perth. En se rendant dans cette ville, il rencontra une vieille montagnarde, qui avait la réputation de prédire l'avenir. Placée près du bac sur lequel Jacques devait passer pour continuer son voyage,
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cette femme, des qu'elle l'aperçut, s'écria : « Milord roi, si vous passez cette rivière, vous ne reviendrez pas vivant. » A ces paroles le roi, qui avait lu quelque part qu'un roi serait tué en Ecosse cette annéelà, ne put se défendre d'une certaine émotion ; mais bientôt tournant la chose en plaisanterie et s'adressant à un seigneur auquel il avait donné le surnom de roi d'Amour: « Eh bien, sir Alexandre, lui dit-il, la prophétie annonce pour cette année la mort d'un roi ; il faut qu'elle concerne l'un de nous deux, car nous sommes les seuls rois en ce pays. » Puis Jacques et sa suite continuèrent gaiement leur route vers Perth.
Arrivé dans cette ville, il y fut reçu par la fidèle Jane, impatiente de le revoir dans ce moment où les bruits sinistres de conjuration devenaient de plus en plus alarmants. Le roi, avec la reine et les dames de sa suite, se logea dans le couvent des moines noirs, car il ne se trouvait dans la ville ni château, ni hôtel convenable pour les recevoir. La cour, après y avoir célébré la fête de Noël, continua de séjournera Perth pendant plus d'un mois. La garde du roi, quoique
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très-peu nombreuse, n'avait pu, faute de place, être logée auprès du roi, elle était dispersée chez les habitants de la ville.
Avertis de ces détails par leurs espions, Grabam, le comte d'Athol et les autres conjurés, se rendirent secrètement aux environs de Perth,et prirent toutes les précautions qui devaient faciliter l'exécution de leur projet. Ils parvinrent à faire forcer les serrures de l'appartement du roi et à enlever les barreaux destinés à soutenir ses portes. Tandis que l'on rendait ainsi la partie intérieure du monastère accesble, Grahani et d'Athol à la tète de trois cents montagnards se tenaient prêts à escalader les murs du cloître. Tout étant ainsi préparé, le 20 février 1437, Grabam descendit des montagnes où lui et sa troupe se tenaient cachés, et, jetant des planches sur les fossés du monastère, pénétra avec son monde jusqu'au jardin.
Quant au récit de la scène tragique qui va suivre, il a été fait par un contemporain. Le voici :
« Le soir du 20 février, au coup de l'étrier, le roi se relira avec sa compagnie dans sa chambre à cou-
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cher. Couvert de sa robe de chambre etse tenant devant le feu en conversant avec la reine et ses femmes, son attention fut tout à coup éveillée par un cliquetis d'armes. Toujours sur ses gardes depuis les avertissements qui lui avaient été donnés, et prévoyant quelque danger, il cria aux dames de verrouiller les portes tandis, qu'il s'échapperait par la fenêtre ; mais les barreaux étaient trop serrés pour laisser passer le corps d'un homme, en sorte qu'en désespoir de cause le roi s'arma d'une pincette, s'élança dans une pièce voisine, dont il arracha une planche du parquet pour se glisser dans un petit cabinet souterrain. A peine la planche était retombée que les dames virent paraître Robert Graham suivi des montagnards. En faisant des efforts poulies empêcher de pénétrer dans la chambre du roi, Catherine Douglas eut le bras cassé et la reine ellemême fut blessée. Alors une voix se fit entendre qui disait: « Fi donc! ce n'est qu'une femme; cherchez donc son mari. » Les assassins, ne trouvant pas le roi dans sa chambre à coucher, prirent des directions différentes pour fouiller les lieux voisins. Jacques,
profilant de leur absence, cria aux dames de le lirer du lieu où il était; mais en faisant un effort pour l'aider à en sortir, la courageuse Catherine Douglas tomba elle-même dans l'ouverture du plancher. Pendant la confusion causée par ce dernier accident, l'un des assassins, étant entré dans le cabinet, poussa un cri pour appeler ses compagnons. Aussitôt sir Jean Hall et sou frère, deux des plus ardents conjurés, entrèrent là où était le roi. Mais Jacques, qui était d'une force athlétique, saisit ses deux assaillants et essaya de les étrangler sur le plancher. Il était sur le point de se débarrasser d'eux, lorsque Grahain, s'élançant à leur secours, les dégagea des étreintes du roi. Ce malheureux Graham eut un moment de pitié en voyant l'état où était Jacques, et peu s'en fallut qu'il ne cédât aux prières et aux promesses que le prince lui adressait pour l'attendrir. Pendant quelques secondes le chef des assassins hésita. Mais les autres conjurés, inaccessibles à la pitié, effrayèrent Graham de leurs menaces, se joignirent à lui, et enfin l'infortuné monarque, bien qu'il se défendît comme tin linn, accablé par
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le nombre , tomba mort après avoir reçu seize blessures.
Cet assassinat était horrible, la punition des coupables ne le fut pas moins. Les principaux auteurs du crime, le comte d'Athol, Robert, son neveu, et Graham, qui était leur proche parent, furent condamnés à perdre la vie ; mais de quelle manière ! D'Athol, comme le plus coupable, eut à endurer un supplice qui fut prolongé pendant trois jours. Promené d'abord sur un chariot où de temps en temps on lui donnait l'estrapade, on le plaça le second jour sur un échafaud et on lui mit sur la tête une couronne de fer rouge avec cette inscription : « Le roi des traîtres. » Enfin, lié sur une grille attachée à la queue d'un cheval, on le traîna dans les rues d'Edimbourg, puis on l'éventra pour jeter ses entrailles sur un brasier; enfin, son corps, coupé en plusieurs morceaux, fut réparti entre les principales villes de l'Ecosse. Robert Stuart, neveu d'Athol, en raison de son jeune âge, obtint pour grâce d'être pendu. Quant à Robert Graham, qui avait médité et exécuté le crime, il fut traîné sur une charrette
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par la ville, la main droite attachée à un poteau infamant ; et pendant cette affreuse promenade, des bourreaux lui tenaillèrent le corps avec des fers rouges. Le reste de son supplice fut celui d'Athol.
Semblable au cours des saisons, la vie de Jacques eut quelques beaux jours de printemps, et elle finit par un affreux hiver. Sa délivrance, son union avec l'objet de son unique amour, et l'instant où, rendu à l'Ecosse, il plaça la couronue royale sur la tête de sa bien-aimée Jane, ces trois événements ont fait briller les jours dorés de sa jeunesse. Mais au delà il fallut dire adieu aux rêves d'amour, à la douce poésie, et entrer dans la vie réelle la plus difficile, la plus dure, celle d'un roi, naturellement bon et doux, appelé à devenir le législateur d'un peuple tout à la fois barbare et corrompu. Aussi le malheureux Jacques est-il mort à la peine.
La persévérance avec laquelle, jeune encore, il a résisté à la politique astucieuse des Anglais, rattachement inviolable qu'il conserva pour son pays natal, et les efforts qu'il ne cessa de faire, dès qu'il l'ut remonté sur le trône, pour civiliser l'Ecosse,
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placent ce prince au nombre de ceux qui ont montré une véritable grandeur. Il en est qui ont obtenu une célébrité bien plus grande, mais aucun d'eux peut-être ne mériterait autant que Jacqnes le titre de grand, si on ne l'accordait qu'à ceux qui, enflammés d'un amour sincère pour le bien, ont gouverné selon la justice, et ont eu le rare courage de dédaigner la popularité d'un moment pour préparer le bonheur de leur pays par des institutions sages et des lois justes.
Son règne n'a duré que treize ans ; mais durant ce peu d'années les progrès que Jacques a fait faire à la civilisation en Ecosse sont immenses. Outre les bienfaits des institutions politiques, civiles et morales qu'il a fondées, ce généreux prince, par son talent de poëte et de musicien, a contribué à adoucir les mœurs et les habitudes des populations qu'il gouvernait. Quoique constamment entraîné dans le tourbillon orageux des affaires publiques, des guerres avec les Anglais, et des révoltes toujours plus menaçantes de la noblesse de son pays, Jacques, naturellement bon, aimable et gai, composait les paroles
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et la musique de chansons destinées à égayer les foyers domestiques et dont la tradition s'est conservée, dit-on, jusqu'à ce jour dans les montagnes de l'Ecosse.
Outre le Livre du Roi (King's Quair), que nous avons essayé de faire connaître en partie, il reste de Jacques I er d'Ecosse une sorte de poème intitulé : Christs Kirk of the Green (l'Église du Christ de Green), composition qui peut donner une idée du style des chansons dont nous parlions tout à l'heure. > Le roi-pocte s'est plu à y retracer avec gaieté les passe -temps et les plaisirs des paysans écossais. Mais cette pièce de poésie, pleine d'allusions aux mœurs et aux plainsanteries écossaises de mode dans la première moitié du xv e siècle, ne nous a pas permis d'en traduire même de simples fragments, et il est à regretter que Waltcr Scott, si curieux des antiquités de son pays, ne nous en ait pas donné une paraphrase en anglais moderne.
Ce Solon et cet Orphée de l'Ecosse, arraché des bras de son père à l'âge de onze ans, captif des Anglais pendant vingt années et roi durant les treize
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dernières de sa vie, est mort lâchement assassiné à quarante quatre ans, ayant eu de la noble JanedeSommerset, outre Marguerite, morte Dauphine en France, deux enfants jumeaux qui ont à peine vécu, et un fils qui lui succéda immédiatement sous le nom de Jacques II.
On connaît maintenant Jacques I" comme homme, pocte et législateur. Une reste pins qu'à déterminer la place qu'il doit occuper parmi les écrivains anglais du \\- siècle (car le dialecte écossais ne s'éloigne pas assez de la langue anglaise pour en faire un idiome particulier), et enfin d'établir une comparaison entre les talents des deux prisonniers de Windsor, Charles duc d'Orléans et Jacques I er d'Ecosse.
Par les citations de quelques-unes des poésies du prisonnier d'Azincourt, on a pu reconnaître que leur principal mérite est plus particulièrement dans la pureté et dans l'élégance du style que dans l'éclat des images et dans la profondeur des pensées. Le génie et le talent de Jacques étaient d'une tout autre nature. Quoique l'instruction qu'il reçut à Windsor semble avoir été plus sérieusement classique que celle
jacques i e ' d'écosse. o17
donnée au prince français par sa mère, Valcntinc de Milan, le prince écossais, d'un caractère plus passionné, d'une imagination plus vive et plus variée, s'est habituellement affranchi des modèles anciens, et a imprimé plus d'originalité à ses compositions, plus de force et de profondeur à ses pensées. C'est par là, selon nous, qu'il peut être considéré comme supérieur à Charles; mais si on les compare comme écrivains, la palme est due à ce dernier.
En ma qualité de Français, je me serais abstenu d'émettre cette dernière opinion, si je n'avais pu la justifier par des preuves. Dans le premier des Contes de Canterbury, composés par Geoffroy Chaucer, celui qui est imité de la Théséide de Boecace, deux jeunes amis, enfermés dans la même prison, aperçoivent de la fenêtre une jeune beauté dont ils deviennent également amoureux fous. C'est une situation analogue à celle de Jacques voyant du haut de la tour de Windsor Jane de Sommersct jouant avec son lévrier; aussi le prince, qui avait certainement lu l'épisode du conte de Chaucer, l'a— t— imité ; or, cette imitation rend également sensible la véritable
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originalité de l'Écossais cl l'infériorité de son style comparé à celui de Chaucer. Dans le Livre du Roi, la langue est souvent bien rude, et les idées et les images, présentées sous forme de sentences isolées, donnent aux phrases quelque chose de haletant qui en rend parfois la lecture pénible. En outre, les phrases et les expressions souvent trop vagues jettent sur les pensées une obscurité qui force le lecteur à en deviner le sens plutôt par ce qui précède et ce qui suit queparletexte même.Cepcndant, malgré ces imperfections, il s'exhale de ce Litre du Roi un parfum d'amour si sincère et si délicat, la passion y est exprimée avec tant de force et de naïveté, que si le maître, G. Chaucer, eût vécu assez longtemps pour donner des leçons de langage et de versification à son royal élève, il l'aurait félicité avant tout des dons précieux de poète qu'il avait reçus du ciel.