‹ Mademoiselle PourquoiChapitre 4 sur 32 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Une bonne résolution. — M"^ Caprice,

Un jour, M""^ Monval dit à sa fille :

— J'ai accepté pour jeudi l'invitation de jyjme Dei^ville ; je te conduirai aussitôt le déjeuner près de ta petite amie, et j'irai te reprendre à Fheure du dîner, mais c'est à une condition.

— Laquelle, petite mère ?

— C'est que jusque là tu seras très sage et ne retomberas plus dans ce vilain désordre, dont je veux arriver à te corriger.

— Oh ! tu verras, petite mère, tu ne trouveras plus un seul jouet à traîner.

Pendant deux jours, Alice parut, en effet, bien décidée à tenir sa bonne résolution, aussi sa mère n'eut pas une réprimande à lui faire. Le troisième, cette grande sagesse commença à lui peser. Se tenir correcte-

ent à table ; faire attention à ne pas tacher sa robe ; attendre pour parler que l'on vous interroge ; enfin ranger ses jouets chaque fois que l'on a fini de s'en servir ; tout cela devint trop difficile pour notre espiègle, dont la persévérance n'était pas la qualité dominante.

La fillette était même si capricieuse de sa nature, qu'un soir son père, lassé de lui voir chaque jour un nouveau caprice, lui dit en sortant de table :

— Sais-tu, mon enfant, que si ta bonne ne t'avait déjà nommée mademoiselle Pourquoi, je connais un surnom qui te conviendrait parfaitement.

— Lequel ?

— Tu ne devines pas ?

— Non.

— C'est mademoiselle Caprice.

— Ton père a raison, ajouta la maman d'Alice, et je t'apporterai demain un petit livre où tu pourras lire toi-même, car les caractères en sont assez gros, l'histoire d'une petite fille dont certains travers ont beaucoup de ressemblance avec les tiens.

MADEMOISELLE POURQUOL

lyjme ]\fQ2^yal tint parole. Ainsi que l'eussent fait la plupart de mes petites lectrices, Alite regarda d'abord la couverture dorée de son livre, puis toutes les gravures, l'une après l'autre. Avisant ensuite une marque placée par sa mère vers la fin du volume, elle l'ouvrit à cet endroit. Voici ce qu'elle lut : c( Histoire de M^^^ Caprice.

c( Georgette était une petite fille incorrigible, qui, n'écoutant que sa fantaisie, et ne tenant aucun compte des remontrances maternelles, retombait toujours dans son défaut principal. Plutôt que de donner le bon exemple, elle entraînait même son jeune frère Paul, le mettant de moitié dans ses espiègleries. C'est ainsi qu'un matin, à l'heure du déjeuner, on les vit accourir de l'autre bout du jardin.

(( — Hue! la grise! criait Georgette, en poussant devant elle un magnifique chien de montagne, qu'elle avait coiff*é d'une capote rose.

<c La pauvre bète eût bien voulu se débarrasser de cet ornement; mais c'est en vain qu'elle secouait la tète, Paul, à cheval

sur son dos, la retenait par son collier.

(( — Hue !.. en avant ! . . . plus vite ! . . . plus vite !... répétait le petit garçon.

(( Les deux enfants firent ainsi leur entrée triomphale dans la salle à manger. Lorsqu'ils en eurent fait le tour, M. Paul, voyant l'effet qu'il produisait, car tout le monde riait, ne voulut plus descendre de cheval. Sa mère eut de la peine à le persuader que le pauvre chien ne pouvait pourtant pas lui servir de siège pendant tout le repas.

(( A quelques jours de là, la petite capricieuse, qui ne s'occupait plus que de la basse-cour, était parvenue à apprivoiser plusieurs poules ; elles mangeaient dans sa main et la suivaient partout, comme des petits chiens.

(( Tant que cette nouvelle fantaisie so passa dans la cour, dans la cuisine, ou dans les allées du jardin, Georgette ne fut pas réprimandée ; mais bientôt la salle à manger fut envahie. Une après-midi, enfin, que sa mère recevait au salon, M"^ Caprice ne trouva rien de mieux que d'aller au pou-

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MADEMOISELLE POURQUOL

lailler ; suivie bientôt de tout son bataillon :

« — Entrez, mesdames!... cria-t-elle en ouvrant la porte toute grande.

« Les personnes qui étaient en visite rirent d'abord de cette nouvelle espièglerie, puis on essaya de chasser ces visiteuses inattendues. Ce fut difficile; les poules, effrayées, sautaient sur les fauteuils, volaient de tous côtés, en faisant un ramage assourdissant. 11 fallut leur céder la place; mais, lorsque tout le monde fut parti. M""" Caprice fut sérieusement grondée et la servante reçut l'ordre de ne plus la laisser entrer au poulailler.

(( George tte se rejeta alors vers le jardinier. Un matin, comme le père Jérôme plantait les premiers géraniums de la saison, elle obtint qu'il lui en plantât une belle pousse dans un pot rempli de terre de bruyère. Le petit Paul eût bien voulu avoir aussi une fleur à lui.

(( — Tu ne saurais pas la soigner, lui dit sa sœur ; et pour le consoler tout à fait, elle lui promit qu'ils seraient de moitié lorsque le géranium aurait des fleurs.

« Mais la pauvre plante ne devait pas pousser tranquille; vingt fois par jour, les enfants venaient voir si les feuilles grandissaient, ou si les petits boutons roses se montraient. On bêchait, on arrosait, peine inutile; rien n'apparaissait.

(c- — Paul, dit un jour M'^^ Caprice, je crois que cette eau est trop froide ; le jardinier a dit que pour les géraniums il fallait de la chaleur ; un peu d'eau chaude ne ferait pas mal.

(( — Tu as raison, fît le petit garçon, je vais aller en demander à Mariette.

<( Quelques minutes plus tard, il apportait en effet un plein bol d'eau chaude, qui fut versée jusqu'à la dernière goutte sur la fleur. Comme, le lendemain, elle baissait la tête :

(c — Je vois ce que c'est, fît Georgette d'un air important, la chaleur ne suffît pas, il faut aussi lui donner des forces. Tu vas voir, j'ai une idée.

(( Courant vers la salle à manger, la fîllette revint bientôt avec un flacon de vin de quinquina.

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u — Voici ce qu'il y a de plus fortifiant, le médecin Fa dit l'autre jour à maman, dit-elle en versant le précieux liquide.

(c — Oui, mais il a ajouté, observa Paul, qu'il ne fallait pas manquer d'en prendre un petit verre tous les matins.

a — Eh bien, nous recommencerons demain, conclut Georgette.

« Tranquilles désormais sur le sort de leur plante, les deux enfants rentrèrent à la maison. Le lendemain, hélas ! le pauvre géranium, brûlé, desséché, penchait tristement sa tige vers la terre. Cet essai malheureux fît oublier à M^^^ Caprice son goût pour le jardiuage, mais elle n'était jamais en peine d'espiègleries. Un jour, l'idée lui vint d'un nouveau divertissement. Il y avait encore réception chez ses parents; assise près de la fenêtre de sa chambre, Georgette, plutôt que d'étudier sa leçon, regardait arriver les belles dames dans leurs élégantes toilettes.

(( — Sais-tu, dit-elle tout à coup à son frère, pourquoi les petites filles ne mettent pas des crinolines pour faire bouffer

leurs robes ? ce serait bien plus joli.

« — C'est sans doute parce qu'elles sont trop petites, répondit l'enfant.

a — Eh bien, je veux aussi en avoir une, fit l'espiègle, tu vas voir.

(( Pliant alors une serviette, elle l'attacha sous sa robe ; puis, ne trouvant pas ce bourrelet suffisant, Georgette assujettit son cerceau, à grand renfort d'épingles, au bord de son jupon. Elle ressemblait ainsi à l'une de ces cloches que l'on met sur les melons pour les faire mûrir. Avisant ensuite un chapeau garni de plumes et un mantelet, oublié par sa mère, notre lutin vint devant l'armoire à glace, et se trouva tellement satisfaite de sa transformation, que l'idée lui vint de descendre au salon dans cet équipage.

a — Et moi? demanda Paul, je voudrais bien avoir l'air d'un beau monsieur ; que faut-il faire pour me déguiser ?

(( — Viens dans la chambre de papa, nous trouverons tout ce qu'il nous faut, fit la sœur.

(( Bientôt, en eff'et, afi*ublé d'un habit

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dont la queue balayait le tapis, et coiffé d'un chapeau à haute forme, l'enfant n'était plus reconnaissable. Cependant, il manquait encore quelque chose à son déguisement.

(c — Viens, dit tout à coup Georgette, et surtout ne bouge pas. Armée d'un petit pinceau trempé dans l'encrier., elle fit à Paul une superbe paire de moustaches.

« — Bravo ! s'écria le petit garçon, je suis un homme maintenant, nous pouvons descendre.

(( Quelques instants après, les deux lutins, ouvrant la porte du salon, annonçaient eux-mêmes :

(( — M. et M"^' Caprice!

(( Ce fut d'abord un éclat de rire général; mais, le soir, au dîner, le frère et la sœur ne riaient plus. Privés de dessert, leur papa les gronda si fort, qu'ils n'eurent pas envie de jouer une autre fois au monsieur et à la dame.

(c Quelques semaines plus tard, les parents de Georgette, lassés de ses espiègleries et de sa paresse, la mirent dans un

pensionnat où elle parvint, non sans peine, à se corriger. »

— Que penses-tu de cette histoire? demanda la maman d'Alice, qui rentrait comme la fillette en terminait la lecture.

— Je l'ai trouvée très amusante.

— Sans doute, M'^*" Caprice a des idées originales, mais as-tu remarqué la conclusion de tout ceci ? C'est la seule raisonnable à mon avis, et je t'engage à la méditer.

Alice ne répondit rien.

Ainsi qu'on va le voir, tous ces avertissements passaient le plus souvent inaperçus.

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