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prit des troupes qui s'y tFouvaient , il désespérait de la cause constitutionnelle.
9 C'est en revenant , continua-t-il , que j'appris aux corlès la d^ection de Baliesteros. Tous furent incrédules , et cependant ils ordonnèrent sur ce fait le plus profond silence, m II a ajouté : « Comme ces gens-là me craignaient beaucoup et voulaient se défaire de moi ( je ne change rien à ses expressions) , ils me nommèrent , dans la séance du 16, général en chef de Texpéditioa de Malaga. Dans l'état où étaient les choses y cette tentative devait être infructueuse : je leur en fis l'observation. Tous se levèrent , en me déclarant , au cas que je refuserais , traître à la constitution. Je voulus leur prouver que je n'étais pas aussi lâche qu'eux^ et persuadé que j'étais du nsauvais succès de la tentative , je m'embarquai, »
Il me parla ensuite de la proclamation qu'il lança en arrivant , et du peu d'effet qu'elle produisît sur les troupes. <« La désertion était effrayante, dit-il ; il me désertait des postes entiers avec leurs commandans. J^ rassemblai les offi* ciers de mon armée ; je leur demandai s'& se
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battraient ; tous rëpondîrent que non... Que faire avec de pareilles gens?... Enfin, sur trente-six officiers- d'état-major que j'avais dans la journée du i8 , il m'en déserta vingt-sept. »
Il attribua cette désertion au mauvais exemple donné par les troupes de Balles teros. « C'est ce misérable, me dit41, qui nous a perdus! » Il ajouta qu'il s'attendait bien à la désertion de Labisbal et de M orillo ; mais que le coup de foudre pour les cortès avait été le traité conclu par'Ballesteros. C'est depuis ce tems, selon lui, qu'ils songaient à traiter.
Dans ce moment , on entendit de grands cris ' sous les fenêtres. Le prisonnier parut inquiet. « C'est le peuple fidèle qui se réjouit, dit l'officier espagnol. Le roi, notre seigneur, est libre. On doit tirer à Madrid les cent un coups de canon qui annonceront cette heureuse nouvelle à Madrid! »
« Le roi est libre! n répéta vivement Riégo en se tournant de mon c^té... c< Est-ce une cajKtulationqui hii ouvre les portes de Cadix? » Nous ne répondîmes rien. Il se remit du trouble que cette nouvelle avait Csiit naître en lui.
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« Dans tous les cas^ aj0uta~t-il ^ en croisant les bras et en baissant la tête, si ce n'est pas
aujourd'hui , ce sera demain Us ne veulent
point se battre! »
Nous ne dimes plus rien. Un soldat chanta dans la chambre voisine. C'était une chanson royaliste faite sur l'air de la Tmgala, Ces sons tragiques reveillèrent chez lui des idées désagréables : des regrets , sans doute , et des remords, peut-être. Sa physionomie se rembrunit; et c'est alors que je vis qu'elle pouvait très^bien aller à un conspirateur. Je l'examinais ; il fit un mouvement d'impatience ; je le saluai , et je sortis... Me blâme qui voudra , mais en passant , je conseillai au chanteur de s'exercer sur un autre air. Une me comprit pas, et continua, sans doute.
Le lendemain , on était inquiet à Madrid. La nouvelle de la délivrance dju roi ne se confirmait pas. Le maréchal avait bien reçu l'annonce de la lettre que sa majesté avait écrite au prince ; mais on ne savait pas si les cortès ne s'étaient pas opposés à l'exécution de ces promesses. On le craignait; et le smr, à quatre heures, le bruit se répandit en effet que le duc d' Angouléme , au
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lieu àt voir arriver sa majesté, avait reçu la visitt de M. Àlava , chargé de nouvelles prep»- BitMHis, L'allégresse réyeillée au brait des cent coups dé canon tirés la veille s'évanouit [»'oniptement, et fit place à l'inquiétude. C'était la seconde fois que Madrid célébrait la déUvrancç de son roi , et c'était la seconde fois qu'il était dupe de sa crédulité. Le soir y la place del Sol était triste ; os s'afBigeait de ce nouveau désappointement , et l'on se promettait bien de ne plus croire aux nouvelles. On ne doutait point du succès de la nc^le entreprise ; mais on cxaignaH les fureurs que ce nouvel effort pouvait déchaîner contre la famille royale. L'énergie du mal , c'est le crime ; el les révolutionnaires de tous pays n'ont point d'autre preuve à dmraer de leur courage.
Rentré chez moi ^ je réfléchissais tristement sur ces nouvelles du jour. Il était huit heures. Au bruit de deux ou trois chevaux arrivés au galop succéda , du côté de la poste ^ une ru*meur qui s'a^firandit , qui courut , qni régna , en cinq minutes, sur tout Madrid. Les portes a'aiHvraient ; les cloches se mettaient en mouvement ;
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#B claquait des mains ; à chaque instant de nouvelles et joyeuses clartés complétaient les lignes de feu qu'une iilmniiiaâdn générale et spontanée traçait le long des rues... La nouvelle , la nouvelle officielle de Tarrivée du roi libre , au port Sainte-Marie , était enfin reçue!
Nous courûmes à la place del Sel. Dans les événemews extraordinaires, c'est le rendez-vous général. L'un des courriers se trouvait au nûlieu de la foule en délire... C'était une répétition des scènes qui accueillirent , à Paris, la notrrelle de la convalescence de Louk XY. Voltaire , dans l'histoire de ce roi , en a fait un tableau charmant : je l'ai retrouvé là tout entier.
Ils disaient que ce courrier av^it , en partant , babë la mam du roi , et tout le monde voulait le lui entendre dire ; et c'était à qui s'en appro^ eherait , à qui toucherait son cheval. Jamais animal ne fut plus caressé : des femmes , folles de }oie, l'embrassaient en pleurant. Il ne pouvait avancer. Son maître cependant avait des dépêches à remettre à l'imprimerie royale. Elle était près de là fort heureusement. Dans un clin d'oeil le. courrier fut enlevé de la selle, et porté de
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mains en mains à la porte où sa monture n'e&t jamais pu parvenir.
Et déjà précédés d'une longue suite de flambeaux , de chanteurs et de danseuses , cinq ou six portraits de Ferdinand s'avançaient en triomphe dans les différentes rues de Madrid. La musique de la garde répétait les airs royalistes sous le balcon de Layuntamunio ; des jeunes gens, parés de Tancien costume castillan , exécutaient , au son du haub^bois et des castagnettes , les danses nationales. Partout on était porté par la foule et assourdi par les pétards, la musique, les cris et le son des cloches.
Je vis un homme, au milieu de la place, ouvrir une belle cage , et rendre la liberté à un petit captif qui , joyeux , s'envola aux applaudissemeus de tout le peuple ravi de cette allusion.
D'autres,, précédés d'une grande lanterne de papier, s'en allaient lentement à quelques portes chanter les prières des morts... C'est toute la vengeance que le peuple, dans cette nuit d'ivresse , tira des Ubéraitx. . .
Je n'entendis pas une seule fois prononcer le nom du prisonnier arrivé la veille : les cœurs
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alors n'avaient plus de place pour la haine. En rentrant k minuit , je vis de loin la prison de Riego. Les rues qui y conduisent étaient sombres .et désertes ; mais, de là on entendait tous ces cris d'amour, ces bmits d'allégresse; lui, sans doute, aussi les entendait. Quelle nuit pour le coupable!