ARANJUEZ , LA MANCHE, LE ROI
delà campagne. La jeune reine fit prier les cortès de la laisser partir pour cette résidence : ce voyage était nécessaire à sa santé Ils rejetèrent sa demande. Oh qu'ils durent être tristes les regards qu'en côtoyant le Tage, pour se rendre aux lieux de sa captivité , elle jeta de loin sur les beaux arbres qui s'élèvent ou s'inclinent sur ses ondes tranquilles ! Sous ces ombrages , au bord de ces belles eaux , un instant , peut-être , elle eût oublié les douleurs du trône , et rêvé les murmures et la fraîcheur de ce beau fleuve, l'ornement de sa chère pafne.
L'on trouve des oliviers sur la route. On laisse Valdemauro sur la droite. Du haut d une côte , on aperçoit les détours d'une jolie rivière, le Xarama, qui serpente dans une vallée agréable. À l'horizon de la fumée s'élève au dessus des arbres qui commencent à jaunir. c'est là qu'est Aranjuez.
Le pont qui traverse le Xarama est beau ; il a eu une arche coupée par les Anglais lors de la dernière guerre : on n'a pas encore songé à la réparer... Chaque pas que fait le voyageur dans ce pays lui découvre de nouvelles traces de ce drame sanglant , dont le dénoûment fut si glo-
rieux pour l'Espagnol... Il ne veut pas les effacer Est-ce orgueil, est-ce paresse?
L'on trouve de grandes et belles allées qui -Vous mènent jusqu'à la place de la ville. Nous n'avons rien vu en Espagne qui ressemble à ce site. Voici des bois avec leurs murmures, leur mystère, et tout le charme que leur prête l'automne!
/ Le Tage forme une belle cascade en se précipitant devant une des ailes du château. Elle s'élève à droite avec sa couleur de briques , ses tourelles et son grand toit en ardoises. La façade principale est de l'autre côté. L'on traverse un pont anglais, et l'on se trouve sur la place. Elle est entourée d'arcades élégantes, qui laissent apercevoir dans leurs vides le lointain de jolies montagnes revêtues de verdure. Aranjuez , coupé , comme les bourgs de la Hollande , par de larges rues bordées d'arbres , est sur la gauche.
Le parc est rempli d'allées délicieuses. Ce n'est point la symétrie de Versailles : l'ennuyeuse charmille ne cache rien du désordre de ses bois. Ils se présentent là avec l'obscurité qui accompagne leur profondeur , ici ^avec leurs clairières