‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 59 sur 79 · LIVRE CINQUIEME 8l · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME 8l

Et moy, je ne puis plus inspirer de tendresse. L'on se flatte, et l'on croit reparer par les soins

Ce qui nous manque de mérite.

La difficulté nous irrite,

Et l'on n'en espère pas moins;

Mais, bons Dieux! quoy qu'on puisse faire,

Quand on a passé son printemps, C'est une dangereuse et difficile affaire

Que de songer à satisfaire

Un cœur et des yeux de quinze ans.

EPIGRAMME

Ne parlons plus de mariage Margot, je suis déjà chenu Et prest à faire le voyage D'où personne n'est revenu.

« Ne te pleins point, Tircis, de ton sort rigoureux :

N'est-ce pas assez que de plaire?

Peut-estre tu serois encore plus heureux Si Ton se permettoit tout ce qu'on pourroit faire. » Après deux ans entiers de service et d'amour, Voilà dequoy Philis me payoit l'autre jour,

Sans qu'elle osast me rien promettre.

Je pressay, l'on se deffendit ;

Je persistay, l'on s'attendrit,

Et la belle enfin me promit

Ce qu'elle n'osa se permettre.

STANCES

Par mille petits refus Que me fît hier ma belle, Plus que jamais je connus Que je suis bien avec elle.

Sans doute elle déguisoit Sa passion et sa flame, Et m'accordoit en son ame Ce qu'elle me refusoit.

En même temps que sa bouche Me disoit : « Je ne veux pas » , Ses yeux me disoient tout bas :

a Je ne suis pas si farouche. »

Depuis, j'ay sceu de l'Amour

Page 1