‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 61 sur 79 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

De jour en jour se diffère?

Quoy! pour vous déterminer, Faut-il tant examiner Le mérite et le service?

Prenez un chemin plus court, Et sçachez que le caprice Est la raison de l'amour.

Pourquoy me fuyez-vous, cruelle?

Mes regards auroient-ils causé vostre courroux ? Endurez seulement que je vous trouve belle :

C'est tout ce que je veux de vous.

Pardonnez, mon Iris, à cette humeur chagrine

Qui me rend quelquefois déplaisant à vos yeux

Lorsque moins on se l'imagine,

Mille petits sujets l'excitent en tous lieux.

Quoyque le plus souvent ma crainte soit frivole.

Un regard sans dessein, une simple parole, Un rapport, un mal-entendu, A tout on se laisse surprendre, Et, quand on a l'ame un peu tendre.

Dans le moindre malheur on croit estre perdu.

STANCES

Quand on ayme et qu'on est sage.

On n'est jamais malheureux; On tourne à son avantage Ce qu'on croit le plus fâcheux.

De deux amans en querelle Rien n'est si doux que l'accord :

Un cœur en est plus fidelle Quand il résiste à l'abord.

Une humeur un peu bizarre Sert de ragoust en amour, Et l'absence nous prépare Un agréable retour.

Qu'il vous seroit aisé, dans mon malheur extrême,

De changer mon sort rigoureux!

Dites-moy seulement une fois : « Je vous aime. »

C'est assez pour me rendre heureux.

Ha ! que pour mon amour c'est un mauvais présage Que vous trouviez ce mot si dur à prononcer!

En doit-il coûter davantage

A le dire qu'à le penser?

Que l'on sçait peu, quand on se levé, Tout ce qu'on doit faire le jour!

Tel le commence en pleurs qui bien souvent l'achevé Dans les plaisirs et dans l'amour.

Ce matin j'estois dans la peine,

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